Le suspense monte encore d’un cran avec un nouveau duel Clinton-Obama, en Pennsylvanie, le mardi 22 avril. Rarement les élections américaines n’ont suscité autant d’attentes et de curiosités. Parce qu’elles mettent en scène des protagonistes d’exception. Parce que, de l’issue de cette bataille, dépendront, après l’ère bushiste, de nouvelles relations avec le reste de la planète. Parce que cette campagne coïncide avec la crise des «subprimes» et une remise en cause du modèle américain (lire l’interview de l’ancien secrétaire d’Etat au Trésor Lawrence Summers en page 70).
Peut-être la chute du dollar augure-t-elle une évolution des rapports de force économiques. Sans doute l’arrivée d’un(e) démocrate à la Maison-Blanche contribuera-t-elle à réchauffer le lien transatlantique. On espère aussi qu’Obama, métis aux appartenances diverses, puisse œuvrer à réconcilier l’Amérique avec elle-même, mais aussi à désamorcer ce qu’on a appelé le choc des civilisations. Voilà pour les changements.
Et puis, il y a ce qui constitue les traits essentiels de la société américaine. Les invariables, qu’il ne faut pas oublier. Comme ce rapport très particulier des Américains à la religion, observé chez tous les candidats, qu’ils soient démocrates ou républicains. Héritier de Martin Luther King, pasteur visionnaire dans son combat pour la déségrégation, mais aussi de Kennedy, Barack Obama assume cet impératif. Et ses discours aux accents parfois bibliques nous rappellent ce qui le distinguera toujours d’un politicien européen.
Cette culture américaine (ou plutôt cette civilisation), son caractère messianique, cette obsession du Bien et du Mal peuvent être porteurs de toutes les dérives. La guerre contre Saddam, l’enlisement en Irak, l’expansion du terrorisme, l’instabilité accrue au Moyen-Orient... Mais ce trait explique aussi la capacité des Etats-Unis à se relever sans cesse, à rebondir, à se dépasser... et à rattraper ceux qui les auraient distancés.
Il fallait entendre, l’autre soir, à Lausanne, Al Gore, prix Nobel, parler du réchauffement climatique avant de recevoir son titre de docteur honoris causa de l’EPFL: sa croisade joue sans doute sur la corde expiatoire, ses effets de manche peuvent irriter. Mais Al Gore n’est pas seulement un prophète d’une possible apocalypse. Il est surtout un écologiste engagé de longue date. Et un homme d’affaires avisé. Il sait expliquer à ses concitoyens combien la lutte contre le changement climatique peut être créatrice d’emplois et de richesses.
De Wall Street à la Silicon Valley, après la vogue de l’informatique et des biotechnologies, ce sont maintenant des milliards qui sont investis dans les technologies vertes. Des lois environnementales audacieuses sont votées dans plusieurs Etats, comme en Californie. Quel que soit, au final, le nouveau locataire de la Maison-Blanche, les Etats-Unis se profilent déjà comme le leader mondial du développement durable. Thank you Al!
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