POLITIQUE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > POLITIQUE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Elections fédérales 2011: le crépuscule des miliciens

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 23.12.2010 à 11:05

Machiavel y voyait une résurgence du citoyen-soldat romain, l’idéal républicain incarné. Le Suisse trait sa vache le matin, assume quelque tâche publique dans la journée et si nécessaire court aux frontières avec son arme pour défendre sa patrie. En 2011, cette noble image du système de milice risque de souffrir. Et pas seulement parce qu’une initiative populaire, soumise au peuple le 13 février, veut cadenasser les armes à l’arsenal.
C’est désormais un passage obligé aux lendemains des votations gagnées par l’UDC, que de dénoncer la disparité des moyens qui ont déterminé le résultat. L’UDC dispose de plus d’argent. L’UDC mène campagne de manière plus professionnelle. Le professionnel, c’est l’inverse de l’amateur, une personnalité toute dédiée à son activité, convoquant les meilleures compétences pour parvenir aux buts qui lui ont été assignés. L’UDC est professionnelle. Les autres partis, fidèles à la tradition suisse, ne le sont pas. De doux amateurs, de tendres idéalistes, des rêveurs presque irresponsables tant ils croient encore qu’un scrutin se gagne parce qu’un comité interpartis a organisé une conférence de presse à Berne deux mois avant l’échéance.

Professionnel. Dans la classe politique suisse, le mot est tabou comme de plus en plus d’autres, d’ailleurs, qui dérangent les repères commodes et séculaires. Comme si notre pays n’était pas assez solide pour supporter quelque mythique vaisselle cassée…
Le premier pilier du système de milice, l’armée, s’effondre, minée par l’absence de vision et les contradictions de qui a pour mission d’assurer la sécurité du pays. Mais le deuxième pilier, l’engagement dévot et dévoué à la gestion de la chose publique, ne va plus de soi. On s’en est aperçu au plus bas de l’échelle institutionnelle: les petites communes manquent de volontaires. Mais à l’autre bout, on peine à s’avouer les carences. Les parlementaires de milice s’imposent difficilement dans les débats. En termes d’influence, ils sont dépassés par les députés, de plus en plus nombreux, qui peuvent se consacrer 100% à leur charge. Qui sont ces faux miliciens, vrais professionnels de la politique? Nombre d’anciens ministres cantonaux «à la retraite», des représentants de syndicats ou d’associations faîtières, et quelques objecteurs du système de milice, qui assènent la preuve par l’acte, en ne vivant que de leurs indemnités parlementaires.
Le professionnalisme des uns et l’amateurisme des autres provoquent dans le jeu démocratique de graves distorsions de concurrence, qui mettent en danger la cohésion et les équilibres de la Suisse, ce royaume des minorités respectées.
Le monde est devenu plus complexe – et ce n’est pas qu’une lapalissade. Sa gestion, mais surtout l’anticipation des contrariétés, commande de mobiliser les meilleures énergies. Car, enfin, si l’économie absorbe à plein temps les talents, pourquoi la politique devrait-elle fonctionner avec des intermittents? L’exigence de résultat et de qualité n’est-elle pas la même? La critique sur la médiocrité des politiques n’est-elle pas gratuite si on ne leur offre pas d’efficientes conditions de travail?
Mais surtout, c’est la présente situation politique qui condamne l’amateurisme et plaide pour davantage de réalisme, de lucidité et de concentration sur l’objectif. Gangrenée depuis bientôt vingt ans par le blochérisme, la Suisse a besoin d’être extraite de ses blocages. Et seuls des parlementaires courageux, totalement investis dans leur mission, parviendront à sortir de la polarisation stérile que le parti le plus nanti a imposée.
Car, tout se passe comme si la fragmentation de l’offre politique (six partis prétendent non sans légitimité à occuper sept sièges) condamnait la Suisse a de médiocres visions, et à de miteux enjeux électoraux. Quand le but est de grappiller 1 ou 2% de plus, comment voulez-vous que l’avenir soit audacieux?

L’abondance de formations politiques génère le chacun pour soi et nourrit l’illusion qu’un clan peut avoir raison tout seul alors que le système suisse, que personne n’a eu jusqu’ici ni la force ni la vision assez claire de changer, repose sur la collaboration. L’hyperconcurrence torpille les institutions.
On pourrait assister ainsi en 2011 à ce résultat grotesque après une législature qui ne nous a pourtant pas épargné les épisodes ubuesques: les quatre partis qui labourent au centre (PLR, PDC, PBD et Verts libéraux) pourraient progresser en voix mais perdre des sièges et renforcer la polarisation en faveur de l’UDC et du PS.
Il y aurait pourtant un moyen de conjurer cette perspective: pratiquer l’apparentement généralisé entre ces quatre sensibilités dans tous les cantons. Ainsi les voix récoltées par les uns sans obtenir un siège profiteraient aux autres, plutôt que de se perdre et de favoriser les extrêmes. L’apparentement généralisé est une astuce électorale prévue par le législateur pour encourager la collaboration entre forces politiques voisines, il anticipe en quelque sorte sur le travail parlementaire. L’apparentement suppose une plateforme électorale commune et peut aussi déboucher, après les élections, sur la création d’un groupe parlementaire commun. Rêvons deux minutes: avec cette astuce de campagne, les quatre partis formeraient de loin le plus gros groupe des Chambres, 105 voix, dont 76 au National et 29 aux Etats. De quoi changer la musique de la politique suisse. De quoi laisser l’UDC à son conservatisme castrateur et obliger la gauche à plus d’esprit constructif.

Que le centre ressuscite ou pas lors des prochaines élections, il aura le dernier mot. Entre l’UDC et la gauche, il lui incombera de jouer les arbitres. Et les défis à résoudre l’entraîneront naturellement à chercher la collaboration avec la gauche. Le potentiel des compromis avec l’UDC est en effet tari. L’impératif d’orthodoxie budgétaire a tant vidé les caisses que le problème No 1 de la Suisse s’énonce avec une simplicité aveuglante: comment financer le développement ou l’entretien optimalisé des transports, du système éducatif, des assurances sociales… Sans compter la politique étrangère: comment avancer avec un parti qui en récuse l’existence même?
Le crépuscule des miliciens n’est pas que la fin d’un mythe, il laisse présager l’émergence d’un nouveau leadership, l’aube d’ambitions délicieusement plus stimulantes.



Dossier 'Armée suisse'
Armée. «Ueli Maurer déteste les militaires romands...» (16.11.2011)
Cyberguerre. André Kudelski : "L’armée doit former des cyberdéfenseurs" (20.04.2011)
Menaces. André Blattman : "La guerre en Europe est possible" (13.04.2011)
Egypte. Egypte : La tâche pharaonique de l'armée (16.02.2011)
Histoire. Charles de Gaulle : ce Suisse qui s’ignorait (26.01.2011)
Interview : Dominique Andrey, chef des Forces terrestres. "La Suisse n’a pas de stratégie claire pour sa sécurité" (06.10.2010)
Vintage. Du vécu en bandoulière (01.09.2010)
Grâce et Disgrâce. La noble obligation de servir (07.07.2010)
Crise libyenne. L'armée a toujours des plans (23.06.2010)
Histoire. Les accords secrets entre Guisan et la France (16.06.2010)
Ueli Maurer brouille encore plus les pistes sur l'avenir de l'armée (11.05.2010)



Les autres articles de 'Grâce et disgrâce' :
 
Nouvelles géométries et vraies impasses

Au terme de la session, le Parti socialiste s’en est réjoui. La gauche minoritaire s’est découvert de nouveaux alliés pour faire passer ses propositions, telle la taxation des bonus de... [suite]

22.03.2012 11:13:00 - Par Chantal Tauxe (Grâce et disgrâce)

Vaud: les risques du second tour

Il n’y a jamais eu de vraie majorité de gauche au Conseil d’Etat vaudois. Depuis 1946, treize socialistes y ont été élus, trois Verts et un popiste. L’épisode de 1996... [suite]

15.03.2012 13:09:00 - Par Chantal Tauxe (Grâce et disgrâce)

Place financière: de nouvelles capitulations

C’est un épisode peu souligné de l’histoire nationale: longtemps la Suisse a vécu de capitulations. Non, elle ne rendait pas les armes. Les cantons de l’ancienne Confédération mettaient à disposition... [suite]

07.03.2012 23:40:00 - Par Chantal Tauxe (Grâce et disgrâce)

La responsabilité des pairs de Mark Muller

L’affaire Mark Muller est d’abord une défaillance personnelle. Mais cela n’exonère pas de leur responsabilité dans le fiasco final ses collègues et son parti - pourtant si doté en avocats... [suite]

01.03.2012 22:34:00 - Par Chantal Tauxe (Grâce et disgrâce)

Voir les autres articles de ce blog
 
Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


POLITIQUE
Le CICR dénonce une dégradation de la situation humanitaire en RDC
Un garçonnet de RDC arrive dans un camp de réfugiés au Rwanda (archives) Keystone
La situation humanitaire se dégrade dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a affirmé vendredi le CICR. Selon...
POLITIQUE
Les milieux économiques rejettent en bloc l'initiative de l'ASIN
Une affiche appelant à voter
L'économie est résolument contre l'initiative de l'ASIN "Accords internationaux, la parole au peuple!". Qu'il s'agisse de grandes entreprises ou de...
POLITIQUE
Sécurité: les Suisses font davantage confiance à leurs autorités
Des policiers à Lausanne (image symbolique/archives) Keystone
Les Suisses restent sceptiques sur l'évolution du monde. Mais ils sont optimistes pour l'avenir de leur pays et font de...
POLITIQUE
Renfort de police à Tel-Aviv après des manifestations anti-immigrés
Des manifestants ont défilé à Tel-Aviv contre les immigrants clandestins africains (archives) Keystone
La police israélienne a déployé vendredi des renforts dans le quartier défavorisé de Ha Tikva dans le sud de Tel-Aviv....
POLITIQUE
Réseaux de soins: Alain Berset estime les économies à un milliard
Les réseaux de soins soumis au peuple le 17 juin permettront d'économiser un milliard de francs, selon le ministre en...