Elie Barnavi: "Israël s’enferme dans une cage"
Historien israélien et défenseur d’une «pax americana» au Proche-Orient, Elie Barnavi déchiffre ici l’impasse où se trouve Israël. Et il répond au philosophe Régis Debray.
L’historien Elie Barnavi est cet «ami israélien» auquel le philosophe Régis Debray vient d’adresser son dernier livre en forme de lettre ouverte. Essai désenchanté polémique et sans tabou, A un ami israélien dénonce l’incapacité d’Israël à sortir de son être colonial pour arriver à la paix avec les Palestiniens. Et c’est une réplique à un ouvrage d’Elie Barnavi publié l’an dernier, Aujourd’hui ou peut-être jamais (André Versaille éditeur), dans lequel ce sioniste de gauche fait le pari d’une «paix américaine au Proche-Orient» pour sortir de l’impasse. Le livre de Régis Debray contient aussi une réponse d’Elie Barnavi qui prolonge ici le débat à la lumière de l’actualité récente.
Régis Debray ironise en se demandant pourquoi un historien comme vous «cède à la magie Star Ac du glamour providentiel» en espérant que le président Obama impose la pax americana dans le conflit israélo-palestinen. Seriez-vous victime de l’«obamania»?
Dans mon ouvrage auquel le sien répond, j’avais écrit qu’il est déplaisant, pour l’historien et pour le démocrate que je suis, de placer tous ses espoirs dans un homme providentiel. Mais le problème n’est pas là. Il s’agit plutôt de lire la carte géopolitique de manière froide et rationnelle et de se demander quelles forces sont aujourd’hui capables de sortir le Proche-Orient de l’ornière, étant entendu que les Palestiniens et les Israéliens sont incapables d’y parvenir seuls comme je pense l’avoir démontré. Il m’apparaît évident que seuls les Américains peuvent le faire. Et ils semblent l’avoir compris. Ce n’est donc pas un vœu pieux. Je ne dis pas qu’ils le feront nécessairement, mais ils en ont les moyens. Régis Debray, lui, dit qu’ils ne le feront jamais. On verra bien. L’avantage de ce genre de discussions, c’est que la réalité des faits se charge de les vider de leur contenu.
Vous reconnaissez toutefois que, jusqu’ici, l’administration Obama s’est montrée plutôt «erratique». Comment l’expliquez-vous?
Sa politique obéit à des contraintes contradictoires. D’un côté, l’administration fait une analyse correcte de la situation et parvient à la conclusion que cela ne peut plus durer, que la situation au Proche-Orient exerce une influence trop délétère sur la politique globale. Mais, d’un autre côté, elle se heurte aux contraintes de politique intérieure: le Congrès qui est largement hostile à un changement significatif de cette politique au Proche-Orient. C’est ce qui explique les erreurs commises par l’administration Obama durant la première année de son mandat, même si le cap me paraît clair. Chaque crise, du genre de celle que nous vivons, devrait pousser les Américains à agir avec davantage de détermination. C’est du moins mon espoir.
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