Page n°2
|
Le dramatique arraisonnement de la flottille en route vers Gaza pourrait donc contribuer à faire avancer le scénario de la pax americana?
Cela pousse à tirer l’inévitable conclusion qu’on ne peut pas laisser les parties en conflit se débrouiller toutes seules. Plus Israël adopte une posture inconfortable, en s’enfermant dans une cage, plus il invite par son comportement à l’intervention de la communauté internationale. Il peut donc y avoir un côté positif à cette malheureuse affaire de la flottille qui a déjà permis l’allégement significatif du blocus de Gaza. Mais il ne faut pas la surestimer non plus. Ce qui compte, c’est plutôt une accumulation de gaffes, de faux pas ou de bavures qui rend la politique israélienne extrêmement fragile en la privant de ses alliés. Les Etats-Unis peuvent arriver ainsi en dernier recours, comme les seuls capables de défendre les intérêts véritables de l’Etat d’Israël et la paix dans la région.
Parmi les risques stratégiques qu’Israël fait courir aux Etats-Unis, il y a celui d’une intervention militaire israélienne contre l’Iran. Cette hypothèse est crédible?
Crédible? Oui. Possible? Certainement. Probable? Je n’en sais rien. L’équation est extraordinairement complexe. Il est d’abord évident que le train de sanctions imposées par l’ONU ne sera pas suffisant pour amener les Iraniens à abandonner une stratégie arrêtée depuis longtemps. Et il me paraît non moins évident que les Américains ne choisiront pas l’option militaire: on persiste à dire qu’elle est toujours sur la table, mais elle ne l’est plus que de manière théorique. Alors, que fera Israël face au risque que les Iraniens, à court ou moyen terme, se dotent de l’arme atomique? Bien malin qui saurait vous le dire aujourd’hui. Dans un plateau de la balance, il y a les dangers de l’Iran nucléarisé avec lequel Israël estime ne pas pouvoir vivre. Dans l’autre, il y a l’inconvénient tout aussi grave de se lancer seul dans une aventure militaire et politique qui recèle des dangers énormes. Tout ce que je sais, c’est que, pour Israël, l’option militaire est sur la table de manière beaucoup plus ferme que pour les Américains.
Vous estimez que l’opinion publique israélienne serait prête à payer le prix d’une paix imposée par les Américains?
L’opinion israélienne est prête à tout, les enquêtes le montrent: on sait qu’une forte majorité des Israéliens, de 60 à 70% d’entre eux, est prête à faire la paix selon les paramètres que nous connaissons tous depuis Camp David, Taba, Genève, etc. Mais la question n’est pas de savoir ce que l’opinion publique veut ou ne veut pas. Comme dans toute démocratie, elle a besoin d’une direction claire et de choix cohérents: le vrai problème est celui du leadership. Or, c’est cela qui nous manque: l’opinion publique israélienne est confuse parce que le pays est mal gouverné par une coalition médiocre, chaotique, anarchique, incapable de décider quoi que ce soit ou qui ne prend jamais les bonnes décisions. Le drame des démocraties modernes, c’est de considérer que l’opinion publique puisse éclairer la lanterne des politiques qui rampent alors derrière les sondages. En Israël, nous payons un prix très élevé pour cette impuissance du politique à formuler des choix clairs.
Tags: Elie Barnavi, Israël, "pax americana", Régis Debray,
|