La Chaux-de-Fonds, haut lieu de la culture en Suisse? Les résidents de l’arc lémanique sont tentés de sourire. Pourtant, Marie-Thérèse Bonadonna, la déléguée culturelle du Club 44, l’affirme sans rougir. Depuis qu’elle en gère la programmation, le salon qui réunit intellectuels, artistes et politiciens de tous bords refait parler de lui. Institution privée en 1944, le club avait vu passer Sartre, Mendès France ou encore Bouvier, avant de devenir association à but non lucratif et de connaître une période plus austère. Aujourd’hui, ce sont les villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle, le canton de Neuchâtel ainsi que la Loterie romande qui assurent les deux tiers du budget, le reste étant complété par les cotisations des membres, la billetterie, la location des locaux et d’autres sponsors.
Grâce à un carnet d’adresses fourni et à un long passé dans le monde de la culture, la trentenaire fraîchement mariée fait venir de nombreuses personnalités à La Chaux-de-Fonds. Notamment l’historien Tzvetan Todorov, le philosophe André Comte-Sponville, ou encore les féministes ukrainiennes. Le griot burkinabé Hassane Kassi Kouyaté y fera halte le 25 janvier prochain.
Marie-Thérèse Bonadonna a fait du Club 44 le nouveau salon culturel dont on parle en Suisse romande. Satisfaite, elle sourit, une main sur son ventre arrondi par un bébé prévu pour février.
Ses refuges
LA NATURE Marie-Thérèse aime les balades en montagne, par exemple dans la région de Piora au Tessin, ou nager dans le lac de Neuchâtel.
LA CULTURE Elle craque pour les arts plastiques et vivants. Sa dernière exposition, à Berlin, les peintures expressionnistes d’Emil Nolde, années 30.
LA LECTURE Son auteur du moment est Marie-Hélène Lafon, dont elle lit l’ouvrage Les derniers Indiens.
Ses amis médias
MANUELA SALVI «Elle a une intelligence du cœur qui pétille et met du soleil dans ce qu’elle fait», c’est par cette phrase dense que Manuela Salvi, animatrice des émissions Haute Définition, Les petits matins et l’ancien Café philo à la RSR, exprime toute son affection pour la Chauxde Fonnière. «Et on a l’italianité comme point commun» ajoute-t-elle. Marie-Thérèse Bonadonna résume: «On se comprend vite et bien, il y a entre nous une chimie très réelle.» Invitée dans l’émission Les petits matins de 5 h à 6 h, elle confie: «Si ce n’était pas pour Manuela, je n’aurais pas eu le courage de venir.»
OLIVIER KOHLER C’est par le journaliste de la TSR que le Club 44 a pu accueillir les féministes ukrainiennes, l’intellectuel Jean Ziegler ou encore le journaliste irakien Mountazer al-Zaïdi, connu pour son lancer de chaussure sur George W. Bush lors d’une conférence de presse en 2008. «C’est un Chaux-de-Fonnier, il a envie qu’il se passe des choses dans cette ville, et me propose des invités.»
Ses inspirateurs
OMAR PORRAS «Ah, Marie-Thérèse! C’est une grande amie. On a vécu une aventure théâtrale extraordinaire avec elle», soupire le metteur en scène et comédien en évoquant les cinq ans où l’actuelle déléguée culturelle du Club 44 s’occupait d’attirer programmateurs et public au Teatro Malandro. «Chaque fois qu’elle s’apprêtait à nous donner de bonnes nouvelles, elle en était émue aux larmes», se souvient Omar Porras. «Il est une sorte de maître à l’école de la vie, dit Marie-Thérèse Bonadonna sur son compte. Professionnellement, il m’a appris à me fier à mon intuition. C’est ce que je fais pour la programmation au Club 44, on y reconnaît comme un profil, une marque de fabrique.»
CHRISTOPHE GALLAZ Marie-Thérèse qualifie l’essayiste et journaliste de «cérébral qui a des connaissances pointues et une grande sensibilité dans sa vision des choses et des gens» et voit en lui une «belle personne».
Sa famille
FRANCO BONADONNA «Mon père a beaucoup travaillé pour nous offrir la possibilité de faire des études universitaires.» Sicilien immigré en Valais dans les années 60, Franco Bonadonna est «content et fier» que sa fille s’épanouisse dans la culture. «J’admire son parcours et lui suis très reconnaissante», ajoute Marie-Thérèse.
LORENZO BONOLI Son mari, philosophe de formation, qu’elle a connu pendant des études en lettres à l’Unil, travaille à l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle.
MARIE-CHRISTINE CASSAZ «On passe des heures au téléphone» sourit Marie-Thérèse, parlant de sa grande sœur restée en Valais. «On est très proches, malgré la distance.»
Son cercle professionnel
JEAN-PIERRE VEYA En charge de la Culture pour la ville de La Chauxde-Fonds, le représentant du POP est un «bon interlocuteur et ambassadeur» et est «à l’écoute». Marie-Thérèse Bonadonna a confiance en lui pour maintenir la subvention annuelle de la ville au Club 44: «Il comprend bien comment nous fonctionnons, nous avons un dialogue constructif.»
MARINA NUÑEZ-GUYE «C’est ma moitié, confie Marie-Thérèse à propos de sa collègue, administratrice du Club 44. On est très complémentaires, elle comble mes faiblesses et vice-versa. Elle est très bien organisée, rationnelle, perfectionniste, et moi j’ai un côté plus brouillon, mais créatif.»
LADA UMSTÄTTER «Intelligente et malicieuse, peut-être parce qu’elle a grandi à l’ère soviétique», confie Marie-Thérèse Bonadonna à propos de la conservatrice du Musée des beaux-arts de La Chauxde-Fonds. «Nous avons des affinités dans le travail, nous essayons de rendre la culture plus accessible à la ville.» Elles se tiennent au courant de leurs activités et s’échangent volontiers quelques contacts.
PASCAL VANDENBERGHE Le directeur général de Payot a «un incroyable carnet d’adresses, il me met en contact avec beaucoup d’auteurs», comme Marie Laberge ou Jean Ziegler. «Son amour sincère du livre le pousse à organiser beaucoup d’événements littéraires», continue Marie-Thérèse Bonadonna. De son côté, Pascal Vandenberghe aime beaucoup collaborer avec Marie-Thérèse: «On a le même état d’esprit d’ouverture, dit-il. Elle a donné un nouveau souffle au Club 44, elle est très ouverte aux nouvelles propositions.»
DELPHINE DE CANDOLLE Mar ie-Thérès e Bonadonna parle de «coup de foudre intellectuel et humain» pour la directrice de la Société de lecture de Genève, avec qui elle collabore, et qu’elle qualifie «de marraine, d’ange bienveillant». L’essayiste Pascal Bruckner et le journaliste et auteur Pierre Assouline sont passés par la Société de lecture et le Club 44 lors de leur visite en Suisse. Delphine de Candolle ne tarit pas d’éloges non plus: «Marie-Thérèse est extrêmement vive d’esprit, battante, pétillante, elle est très aimée et très professionnelle», dit-elle de sa consœur chaux-de-fonnière, «je l’apprécie énormément».
| Dossier 'Canton de Neuchâtel' | | |
Tags: Marie-Thérèse Bonadonna, La Tchaux, Chaux-de-Fonds, Club 44,
|