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Ollivier Pourriol Eloge du mauvais geste
Edition: Nil
Nb pages: 160
Morale du football
«Eloge du mauvais geste» d’Ollivier Pourriol dissèque des scandales fameux, du coup de boule de Zidane à la main de Dieu de Maradona.

Au café du commerce de tous les salons du monde, ils furent vus de chacun, et commentés sans cesse. La 107e minute de France-Italie 2006, basculement de la tête en avant de Zinedine Zidane: le coup de boule suicidaire à Materazzi. Ou le saut de Maradona dans l’air, 51e minute d’Argentine-Angleterre 1986: l’ange de Dieu s’envole, puisque c’est Lui que le petit Diego évoquera ensuite pour ricaner de cette main assumée. Il y eut l’autre main, baladeuse, sacrificielle, celle de Thierry Henry qui s’en alla au charbon voler la qualification vers l’Afrique du Sud aux Irlandais. Le coup de pied à un supporter de Cantona. Et la baston de l’Allemand Schumacher, gardienmâton de ses buts devant Battiston en 1982. Enfin la joie obscène de Platini, buteur exultant, lors de la finale de la Coupe d’Europe 85 au stade du Heysel: 39 morts ne l’applaudissaient déjà plus.

A hauteur d’hommes. Ollivier Pourriol, agrégé de philo, amoureux du football, essayiste et romancier de 38 ans, revient sur ces six instants de folie. Il ne cherche, c’est son talent, ni à les juger vraiment ni surtout à les justifier. Le football participe comme tous les sports d’un opium, et il le sait. Il sait qu’une part des thuriféraires du ballon rond s’entête à y projeter des rêves anciens déguisés en fantasmes contemporains: cela mène à y espérer le dernier lieu d’une pureté, d’une morale à deux balles, d’une justice offerte aux foules en glorieuse incertitude ou épopée. D’autres au contraire y devinent, y soulignent tout aussi bêtement une métaphore de la vulgarité, refermant sur des joueursenfants la mâchoire acérée du commerce et de la mondialisation télévisée. Pourriol prend habilement la contre-allée, et il raconte les pétages de plomb à leur seule aune vraie: à hauteur d’hommes.

Zidane. Un homme d’honneur. Un mourant, dix minutes encore et sa carrière se serait terminée, banalement. Un homme qui veut, à cet instant terrible d’une finale de Coupe du monde, rappeler qu’il en est un. Et qui accomplit son coup de boule comme un geste de pro. Souplesse, force, les appuis en place, surprise et duplicité: ne pas éclater le visage de l’insultant, mais frapper au cœur, faire mourir et mourir donc, s’en aller, fondu au noir dans le linceul du corridor des vestiaires.

Maradona. Un homme en guerre. Le gaucho maquisard des surfaces de réparation: elle mérite son nom, pour lui, ce jour-là. Parce que les Malouines et les soldats, qu’en face il y a le gardien Shilton, plus grand, trop grand, trop Anglais. La balle qui vient, Shilton n’aura pas de problème à la boxer au loin, Diego le sait. Dieu ou le Diable pousse alors sa main. Dieu, le Diable, ça fait trop pour l’arbitre qui ne voit rien. But. Quelques minutes plus tard, Maradona en mettra un deuxième, solo, slalom, vertige, la vérité d’une carrière: l’un des plus grands goals de tous les temps.

Incisif et lyrique. Platini. Devenir un homme. C’est comme cela qu’il l’a raconté. Jusque-là il était un joueur, c’est-à-dire un gosse. Là, il y a du sang frais. Des morts écrasés, déchirés, asphyxiés, mais un match quand même, parce que c’est comme cela, c’est délirant mais c’est ainsi que ça s’est passé. Un penalty imaginaire qu’il marque et il court, saute, il hurle, Platoche. Il dira que c’était la rage. Il dira que c’était la honte explosant. Que c’était toute cette tension, cette colère. Il dira, à Marguerite Duras, qu’il s’est transformé en homme à l’instant de cette tragédie-là.

On pourrait continuer avec les autres. Ce très réussi Eloge du mauvais geste développe en un style incisif qui n’exclut pas le lyrisme l’idée d’un football dont la beauté se nourrit de l’ombre portée des projecteurs, donc de coups de théâtre. Cela dénote un sens aigu du drame humain, en ces stades-scènes où parfois des héros sont déchus. Tout amoureux du football aura sans doute sur l’instant commenté ces six actions comme intolérables. Mais aura aussi gardé au cœur les six héros de cette geste: on n’est bien trahi que par ceux que l’on aime absolument. Ollivier Pourriol doit collectionner depuis longtemps les étiquettes Panini.?
CHRISTOPHE PASSER
LA BEAUTÉ DU FOOTBALL SE NOURRIT DE L’OMBRE PORTÉE DES PROJECTEURS.


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