En attendant 2011: hommage aux électeurs inconnus
La Suisse n’aime pas se comparer. Un chiffre ternit sa réputation de paradis de la démocratie: le taux de participation aux élections fédérales, 48% en 2007, même pas un Suisse sur deux. Une performance médiocre par rapport aux législatives dans les pays voisins: 84% en France, 78% en Italie, 70% en Allemagne.Qu’en sera-t-il en octobre 2011? La Suisse, qui souffre d’un grave problème de gouvernance, saura-t-elle motiver plus de citoyens à statuer sur son destin? Les partis ne parviennent plus à s’entendre sur des réformes aussi essentielles que l’avenir énergétique, l’âge de la retraite, le financement du système de santé, la qualité du réseau de transports, etc. Ils ont besoin d’être départagés clairement. Les solutions qu’ils préconisent nécessitent de la légitimité démocratique, mais comme le cercle des décideurs n’est pas au complet, le risque est grand de voir les mêmes électeurs qu’en 2007 élire les mêmes forces qu’en 2007 et rééditer ainsi les mêmes blocages dommageables pour toute la communauté.L’abstentionniste, jouons sur les mots, est le grand absent du paysage politique suisse. Personne n’en parle. Le non-votant boudeur est laissé à son insignifiance. Les grands partis, qui se disputent des miettes de gâteau électoral, pour mieux justifier leur prétention à gouverner, dédaignent cette tourte voisine, qui pourtant recèle la solution à tous leurs problèmes de poids.Qui sont les abstinents de la vie politique? Plutôt des jeunes, des femmes, des Romands ou des personnes au niveau de formation peu élevé. Des gens dont il ne paraît pas impossible d’attirer l’attention. Comment leur donner le goût du vote? Certainement pas en utilisant la panoplie habituelle... Chaque candidat au Parlement – ils sont désormais plus de 3000 – devraient se donner pour objectif de convaincre personnellement 100 abstentionnistes. Non pas en bombardant l’indifférent de divers courriers comminatoires, mais en lui parlant, en essayant de comprendre ses réticences, et surtout en tentant de lui faire partager sa propre passion pour la chose politique. Les jeunes des partis se chargeront de convaincre leurs pairs, les sections féminines de faire mentir la tradition (en 1971, l’arrivée des femmes dans le corps électoral a fait chuter la participation de 10 points), et tous les militants mobiliseront leurs réseaux.Il faut insister. L’honneur d’être représenté au Parlement n’est pas vain. Le système suisse offre une liberté de choix inouïe et infinie. Les électeurs peuvent modifier les listes, désigner leurs candidats préférés sans faire référence à un parti, ou voter pour leur chouchou deux fois. Déjà un électeur sur deux livre une liste panachée, comme on appelle joliment cet exercice de choix pointilleux. Là où le Britannique doit choisir son camp sans nuances, l’Helvète peut exprimer sa subtilité, promouvoir des personnalités plutôt que des étiquettes idéologiques.A la Confédération et aux cantons, grands organisateurs de ces joutes démocratiques, de lancer des campagnes d’information innovantes. Un Etat qui ne sait pas s’adresser de manière efficace à plus d’un citoyen sur deux mine sa crédibilité. On devrait pouvoir trouver quelques moyens, à Berne, pour une telle opération. Il faut cesser de croire niaisement que le Suisse naît spontanément captivé par l’intensité de la vie politique nationale. Il n’est pas interdit de chercher à le séduire, ce serait même une marque de respect.
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