A petit pays, petits problèmes... Depuis presque une semaine, la Suisse se passionne pour les aventures de Peter K., retraité déjanté qui, après s'être barricadé armé jusqu'aux dents dans sa maison, s'est évaporé dans la nature, narguant la police biennoise et les forces d'action spéciales. On sent déjà poindre le fantasme collectif d'un Robin des bois local.Sauf que ce brave Peter K. ne défend aucune cause. Tout juste a-t-il laissé sa colère éclater à la veille de voir sa maison mise aux enchères - maison pleine d'armes en tous genres. Alors, le vieux, rebel without a cause ou chantre de l'auto-défense? A vrai dire, on s'en fout un peu à une dizaine de jours de voir le peuple suisse crever un peu plus son filet social et les habitants de Lausanne grever un peu plus le budget de la culture.Car oui, la vie politique de notre sympathique confédération ne se résume pas à une élection au Conseil fédéral (le 22) et à un retraité en goguette. Il faut encore se rendre aux urnes. Le 26 septembre, il s'agira ainsi, au niveau national, d'accepter ou non une nouvelle révision de la loi sur l'assurance chômage. Révision qui, comme par hasard, s'abattra sur les moins de trente ans, majoritairement, priés notamment d'accepter n'importe quel emploi, même bien en deçà de leurs qualifications. De quoi comprendre un peu mieux l'engouement des plus jeunes sur la Toile pour Peter K., retraité prompt à emmerder les tenants d'un système qui eux ont tous dépassé la trentaine.Du côté de Lausanne, le peuple complètera son passage dans l'isoloir par une question subsidiaire très locale: supprimer ou non l'impôt sur le divertissement. Soit 14% du prix de chaque billet vendu dans les salles de concerts, les cinémas, les théâtres ou encore les stades sportifs, reversés dans les caisses communales pour contribuer au financement de la culture. Dans le camp des partisans de la suppression, on retrouve les patrons de boîtes de nuit, quelques déçus du monde alternatif (ceux qui ne touchent pas de subventions) et les organisateurs de concerts XXL, parmi lesquels le toujours rigolo Michael Drieberg, qui n'hésite pas à plagier Martin Luther King pour l'occasion, racontant à qui veut l'entendre qu'il a "fait un rêve" et que U2 reviendra à Lausanne sur les chevaux de Bartabas. Peut-être qu'avec l'impôt économisé pourra-t-il également produire l'opéra-rock tiré des aventures de Peter K...Mais vous me direz, à quoi bon parler de tout cela sur un blog habituellement dévolu à la musique. Tout simplement parce qu'heureusement pour nos oreilles, les politiciens suisses préfèrent la dite musique aux péripéties de Peter K. ou aux prochaines votations. Cet après-midi, sous l'impulsion de la socialiste Ada Marra (la gauche, donc), le parlement a accepté une motion proposant de chanter l'hymne national au début de chaque nouvelle session. On imagine le sourire des brasseurs d'air de l'extrême-droite, trop heureux d'être rejoints par leur ennemi historique socialiste dans un conservatisme politique aussi médiatique qu'immobiliste.Mais je suis mauvaise langue. Qui suis-je pour oser soupçonner nos élus de s'agiter tels des ventilateurs au mépris des échéances politiques à venir? Qui suis-je pour voir dans cette manoeuvre stérile le terreau fertile pour un peuple "fan" de Peter K., prêt à "liker" le moindre de ses gestes sur les groupes Facebook idoines? Comme les sept nains, nos parlementaires cherchent sans doute à se donner du coeur à l'ouvrage en chantonnant le Cantique suisse avant de se mettre au travail. Et comme l'avait démontré Michel Sardou en son temps, on peut faire plein de choses "en chantant"...
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