Au terme de plus d’une année de vacance - après le départ le 1er janvier 2010 de Jean-Pierre Danthine, qui a rejoint à cette date la direction générale de la BNS - le poste de directeur du Swiss Finance Institute (SFI) sera repris le 1er février par Claudio Loderer, professeur de finance à l’Université de Berne où il dirige l’Institut pour le management des finances.
«LE SFI EST UN EXCELLENT SOUTIEN POUR LA PLACE FINANCIÈRE ET LE MONDE UNIVERSITAIRE SUISSES.» Olivier Steimer, président du conseil de la Fondation SFI
Il continuera d’assumer cette responsabilité à mi-temps, en parallèle à son engagement auprès du SFI. Consolider la bonne réputation acquise pendant ses cinq premières années d’existence par le SFI - qui soutient les activités d’enseignement et de recherche en finance des Universités de Genève, Lausanne, Lugano, Zurich et des deux Ecoles polytechniques fédérales - et lancer un MBA spécialisé en gestion de fortune occuperont ses premiers mois d’activité.
C’est en compagnie du président du conseil de la Fondation SFI, Olivier Steimer, qu’il répond à nos questions.
Que souhaitez-vous développer au Swiss Finance Institute?
Claudio Loderer (C.L.): Je commence le 1er février et vais d’abord faire le point sur les programmes d’enseignement et de recherche en cours. Le Swiss Finance Institute jouit d’une excellente réputation, tant dans le domaine de la formation que dans celui de la recherche. Plusieurs chercheurs soutenus par le SFI ou ayant étudié ici ont obtenu des prix en finance.
De plus, de nombreux articles ont été publiés par ses enseignants dans des revues de référence telles que The Journal of Finance, The Journal of Financial Economics ou The Review of Financial Studies. Le SFI a également un très bon programme de formations en emploi et se soucie du transfert des connaissances vers les praticiens. Mon ambition est de préserver cet acquis et de le développer au mieux.
Allez-vous mettre l’accent sur certains thèmes de recherche?
C.L.: Les thèmes de recherche sont proposés par les chercheurs eux-mêmes dans les différentes universités partenaires. Ces spécialistes de la finance souhaitent, bien sûr, tenter de répondre à des questions jusque-là mal élucidées.
Mais le SFI n’a pas vocation à couvrir tout le spectre de la recherche en finance. Il peut, en revanche, contribuer à ce que des études publiées ailleurs dans le monde soient mieux connues en Suisse.
Toutes les universités suisses rejoindrontelles un jour le réseau SFI?
C.L.: L’Université de Berne, dont je viens, n’est pas membre du SFI; pas plus que celle de Neuchâtel. Pour pouvoir recruter de nouveaux chercheurs et enseignants, et solliciter le soutien du SFI, il faut déjà disposer d’un pôle d’enseignement en finance suffisamment important.
Olivier Steimer (O.S.): Dans le paysage académique suisse, on ne peut pas imaginer dix universités menant de la recherche en finance. Une certaine taille critique est nécessaire. Mais des projets émanant d’une université ne faisant pas partie d’un centre de compétence régional du SFI peuvent également bénéficier d’un soutien de notre part.
Les universités du monde entier sontelles engagées dans une guerre des talents; avec surenchère sur les salaires des enseignants pour attirer les meilleurs?
C.L.: Le salaire d’un professeur de finance dans une bonne université américaine est de 50% plus élevé que celui offert par une université suisse...
O.S.: Il n’y a pas que le salaire qui entre en considération lorsqu’un enseignant doit choisir un poste. L’environnement de recherche dont il pourra bénéficier est aussi important.
Jean-Pierre Danthine a rejoint la BNS le 1er janvier 2010. Le nom de son successeur n’a été rendu public qu’une année plus tard: pourquoi un délai aussi long?
O.S.: La recherche d’un nouveau directeur a pris du temps parce que le profil recherché n’était pas courant. Nous voulions une personnalité reconnue pour ses capacités de recherche, en Suisse et à l’étranger. Nous souhaitions que le futur directeur du SFI ait une expérience de management et, également, un savoir-faire dans l’executive education de haut niveau. En outre, diriger le SFI suppose d’avoir une chaire d’enseignement dans une université suisse.
Le nombre de candidats potentiels en Suisse - ou à l’étranger mais susceptibles de s’intégrer rapidement dans une université suisse - était donc restreint. D’autant qu’accepter ce poste constitue une prise de risque.
En outre, les procédures de recrutement académique se déroulent généralement entre février et avril; pour une nomination à la rentrée universitaire suivante, à l’automne.
Nous avions, il y a plus d’une année, un candidat international qui, pour des raisons personnelles, ne pouvait pas nous rejoindre. Claudio Loderer étant en Suisse et l’Université de Berne ayant accepté un arrangement, il peut prendre la direction du SFI dès février.
Comment se répartit le financement du SFI?
O.S.: La formation en emploi est autofinancée par les inscriptions des participants aux cours. La Confédération finance des projets de recherche à travers le programme NCCR FINRISK, dirigé par le professeur Rajna Gibson qui est aussi en charge de la recherche au SFI. Enfin, la Fondation du SFI finance tout ou partie des structures de recherche en utilisant à la fois le rendement de sa fortune et une partie du capital.
Ni les chercheurs en finance ni les banquiers n’avaient imaginé la crise financière: ils avaient sous-estimé les risques de liquidité et de corrélations…
C.L.: L’ampleur de cette crise a effectivement surpris plus d’un expert, mais les chercheurs se sont rapidement penchés sur les nouveaux dangers qu’elle a mis en lumière; tels que le risque de liquidité, les effets de levier ou les risques systémiques. La gestion des liquidités était un des thèmes traités lors de la dernière conférence annuelle du SFI.
En outre, l’attribution du dernier prix Smith Breeden à un article intitulé Levered Returns montre bien l’importance de ce sujet. On note avec intérêt, par ailleurs, que l’un des récipiendaires de ce prix - l’un des plus prestigieux dans le domaine de la finance - est Lukas Schmid, doctorant SFI de l’Unil, actuellement professeur assistant à Duke University.
Sur le même sujet, il faut aussi mentionner le Distinguished Paper Prize décroché par Norman Schuerhoff, un autre professeur SFI.
La crise des subprimes ne fait-elle pas le procès d’une finance trop quantitative?
C.L.: Il ne s’agit pas d’opposer la finance quantitative à une finance qui serait non quantitative; mais de savoir utiliser ces méthodes de manière appropriée. Pour définir une allocation d’actifs dans le cadre de la gestion d’un portefeuille, on peut retenir comme hypothèse approximative que les revenus sont distribués de manière gaussienne.
Mais dans le contexte de la gestion des risques d’une banque, partir d’une distribution normale des rendements pour calculer la value at risk reviendrait à commettre une faute, incitant la banque à croire que les événements catastrophiques sont moins probables qu’ils ne le sont en réalité.
Les formations de base en finance n’ont sans doute pas assez mis l’accent sur des thèmes qui se sont révélés fondamentaux pendant cette crise: les dangers du levier, le risque de liquidité et le risque systémique.
Vous lancez, en association avec HEC Lausanne et la Tepper School of Business de l’Université Carnegie Mellon, un Executive MBA spécialisé en gestion d’actifs et de fortune. Y avait-il un manque de formation en la matière?
O.S.: Ce MBA vise à développer une des compétences clés de la place financière suisse: la gestion de fortune privée ou institutionnelle. Nous voulions que cet enseignement soit dispensé en anglais, avec des étudiants suisses et étrangers.
C.L.: Le programme inclut l’étude du risk budgeting, du risk management pour les asset managers et celle de la gestion de la liquidité.
Lors de sa création, le SFI avait l’ambition de voir un jour un prix Nobel attribué à un chercheur en finance d’une université suisse. Avez-vous toujours cet objectif?
C.L.: Le message clé était que nous voulions atteindre un niveau d’excellence, en enseignement et recherche, et mettre en place l’organisation permettant d’y parvenir. Il est important de communiquer son ambition, tant vis-à-vis des chercheurs du SFI que de l’extérieur.
O.S.: Le prix Nobel était surtout un rêve, une vision de Pierre Mirabaud - à l’époque président de l’Association suisse des banquiers - qui a été soutenue par d’autres. C’est plutôt une image: le prix Nobel n’étant pas forcément une distinction fondamentale en finance, mais plus en économie.
Nous travaillons avec des universités qui ont chacune leur liberté académique, leurs règles de fonctionnement et leur mode de recrutement. Il n’était pas évident d’arriver à conjuguer ces forces pour travailler à un objectif commun. Le SFI distingue certains chercheurs; en suivant les recommandations de son conseil scientifique, présidé par le professeur René Stulz, dont aucun membre n’enseigne dans une université suisse.
On ne fabrique pas un prix Nobel sur mesure. La plupart des personnes qui ont obtenu un Nobel ont fait une découverte en menant leurs recherches. C’est le propre de la recherche fondamentale. Le SFI investit dans la recherche, mais les praticiens de la finance n’ont pas la prétention d’indiquer aux chercheurs ce à quoi ils doivent se consacrer.
Ce qui a déjà été obtenu, notamment en nombre de publications dans des revues spécialisées, est inespéré pour une entité si jeune. Le SFI est en train de démontrer qu’il constitue un excellent soutien pour la place financière et le monde universitaire suisses.
Profils
Olivier Steimer
55 ans, président du conseil de la Fondation SFI, président du conseil d’administration de la BCV, membre du conseil de la BNS, vice-président du conseil des CFF.
Claudio Loderer
60 ans, directeur du Swiss Finance Institute (SFI) dès le 1er février 2011. Professeur de finance à l'Université de Berne et directeur de l'Institut pour le management de la finance. Professeur invité à la Leonard School of Business.
Tags: Olivier Steimer, Claudio Loderer, Swiss Finance Institute,
|