Ils sont 290 fonctionnaires. Un office fédéral immense installé à Bienne, chargé des communications au sens large. Sur son site, l’Ofcom se considère «comme un centre de conseils et d’orientation pour le public et les instances politiques».
Mais lorsqu’il s’agit de dresser un état des lieux de la presse, l’Office – qui coûte 25 millions de francs par an – ne s’en charge pas. Il mandate des universitaires, alémaniques en l’occurrence, car l’unique candidature romande n’a pas convaincu. Le résultat est lacunaire (lire L’Hebdo du 5 mai).
Les insuffisances de l’étude sur la presse, du moins du chapitre romand, posent des questions sur le mandataire. Créé en 1992 afin d’éviter que la libéralisation des télécoms ne vire au sauvage, l’Ofcom touche à tout.
Un service se focalise sur l’internet; un autre gère le réseau d’antennes et de fibre optique; et le plus brûlant traite des concessions et redevances pour la radio et la télévision.
La presse écrite? Elle ne figure pas dans son mandat. «Nous n’avons pas de compétence sur sa régulation, dit son directeur Martin Dumermuth. Mais, si quelqu’un dans l’administration s’y connaît en médias, c’est bien nous!»
Vraiment? Le conseiller national socialiste Hans-Jürg Fehr en doute et dénonce un manque de spécialistes. «L’Ofcom n’est en aucun cas un centre de compétences pour les médias. Et c’est une faiblesse du DETEC tout entier (département de Doris Leuthard).»
Même son de cloche chez Jacques Pilet, journaliste, directeur du développement Ringier Suisse. «De toute ma carrière, je n’ai jamais vu quelqu’un de la presse aller travailler à l’Ofcom. C’est un office hors sol fait de bataillons de juristes.»
Martin Dumermuth réfute ces critiques. Il cite en exemple la présence, dans la petite équipe qui a coordonné l’étude, d’un ex-journaliste d’agence et d’un ancien enseignant au MAZ, l’école de la presse alémanique.
Sans donner de chiffres, il décrit ses troupes comme un mélange de profils académiques, économiques, juridiques et techniques, plusieurs avec expérience journalistique.
Une facture à 150000 francs. Mais les critiques à l’Ofcom ne se limitent pas à l’expertise journalistique. Même ses contrôles financiers sont contestés.
A BNJ FM (les radios RJB/RTN/RFJ sur l’arc jurassien), on se souvient avec colère de sa venue en 2008. «Ils ont passé deux semaines à trois ou quatre, dans une attitude suspicieuse, à éplucher nos comptes sur un an, raconte Valère Steulet, directeur financier. Et ils ont mis six mois à rendre leur rapport.»
Valère Steulet oppose cette «inefficience» à la rapidité du contrôle TVA, où deux experts vérifient en quelques jours cinq ans de comptes de six sociétés. «L’Ofcom nous a même envoyé la facture: 600 heures de travail pour 150000 francs (260 francs/heure, ndlr)! Cela nous aurait fait mettre la clé sous le paillasson.»
Au final, la radio jurassienne ne paiera que 23000 francs. Et ses relations avec l’Ofcom se sont depuis nettement pacifiées. Le départ du vice-directeur Matthias Ramsauer y serait-il pour quelque chose? Son nom surgit sans cesse dans les témoignages récoltés, comme incarnation de l’approche pro-SSR.
En trame de fond se joue la rivalité entre les médias publics et privés. Si on dépouille les communiqués de l’Ofcom en 2011, son attitude face aux médias publics frappe par ses éloges: «Médias électroniques: les faveurs du public vont aux radios de la SSR», «Programmes radio de la SSR: offre d’information diversifiée» ou encore «L’offre en ligne de la SSR respecte dans une large mesure les dispositions de la concession».
L’Ofcom serait-il le lobby de la SSR, comme cela se murmure dans la presse? Martin Dumermuth estime qu’il œuvre dans l’esprit voulu par le Parlement. «C’est l’intention de la loi que d’attribuer à la SSR une position forte.»
Les médias privés peinent à avaler que l’Ofcom se mêle de leur travail. Cela se justifie-t-il par les 30 millions d’aide aux frais de poste? Ce soutien ne s’applique qu’aux journaux tirés à moins de 40000 exemplaires. L’Hebdo, Le Temps, 24 heures, la Tribune de Genève et Le Nouvelliste ne touchent pas un centime.
De plus, la rhétorique étatique fonctionne encore moins depuis janvier, lorsque la Poste a voulu retirer les aides au Courrier et à la Wochenzeitung. Cela aurait achevé les deux titres alternatifs. Cet épisode a été vécu comme le sommet de l’absurde par les grands éditeurs, qui s’entendent accusés à longueur d’année d’être responsables de la mort des petits journaux.
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