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Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 18.11.2009 à 15:51 |
Si les Européens le veulent, leur Union dispose maintenant, avec le traité de Lisbonne, des outils qui leur permettent de mieux s’affirmer dans le monde. A condition que les nouveaux dirigeants soient de la trempe nécessaire. Car l’Europe doit réinventer sa place. Elle voit émerger l’Asie et l’Amérique du Sud, elle voit la Russie retrouver sa fierté, elle voit l’Afrique tomber sous l’influence de la Chine. Tant de certitudes et d’habitudes prennent un coup de vieux... Face à l’Amérique aussi, la donne est en train de changer. Le président des Etats-Unis annonce que la relation entre la Chine et son pays «donnera sa forme au XXIe siècle». C’est plus qu’une formule de circonstance. Pour Obama, le Vieux Continent ne compte plus guère. L’absence de la star à Berlin lors des 20 ans de la chute du Mur donnait déjà un signe. Il y en a bien d’autres. La conférence de Copenhague sur l’environnement va s’embourber parce qu’Européens et Américains sont en désaccord. Les efforts en vue de nouvelles règles financières tournent court parce que, là encore, il n’y a pas d’entente entre les uns et les autres. La liste des sujets qui fâchent est longue. A commencer par la guerre en Afghanistan. Plusieurs armées d’Europe y apportent leur part: plus d’un tiers des effectifs engagés, autant d’argent dépensé que le Pentagone… qui cependant fixe seul la stratégie sur place. Une stratégie désastreuse. D’où le malaise. D’où la tentation des Allemands, des Espagnols et même des Britanniques de sortir du guêpier. Même chez leurs plus fervents amis, la déception est grande. Les gouvernements polonais et tchèque avaient applaudi le projet d’installer chez eux des radars et des fusées antimissiles. Or ils apprirent un jour que Washington laissait tomber l’idée pour ne pas déplaire à la Russie. Cela, comme à l’habitude, sans aucune consultation avec l’Union européenne ou les pays concernés. Ceux-ci durent ouvrir les yeux: ils n’étaient que des pions manipulés sur l’échiquier mondial. Du coup ils sont devenus des adeptes résolus d’une défense européenne commune! Ainsi donc il apparaît que nos intérêts ne sont pas tous communs. Que faire de ce constat? D’abord en finir avec l’engouement inconditionnel de tant d’Européens pour tout ce qui vient d’Amérique, avec cette «tisane transatlantique servie à profusion qui endort tout le monde», selon le mot du politologue français Jean-Claude Casanova*. L’après-guerre, marqué par la reconnaissance due aux Alliés, la guerre froide, marquée par la peur d’une invasion soviétique, sont d’un temps passé. Quant à la prétendue supériorité, tant de fois ressassée, des principes économiques américains, elle n’était qu’une supercherie. Cette prospérité qui a tant fait rêver se basait sur un endettement insensé, sur l’exploitation de ceux qui ont financé pendant des décennies une boulimie autodestructrice. L’état de l’Amérique d’aujourd’hui n’est réjouissant pour personne. Si l’Europe veut contribuer au sauvetage de cette grande nation, elle doit tenir face à elle un discours de vérité. En finir avec les rengaines convenues. Elle ne se fera entendre qu’unie et résolue. Les changements qui interviennent autour d’elle devraient, plus que jamais, l’en rendre capable. La vigilance s’impose. L’actuel président des Etats-Unis promet une politique internationale plus pacifique. Fort bien. Mais tout indique que son poids face aux lobbies est léger. Le plus puissant d’entre eux est celui de l’armement. Il a dominé les années Bush. Il a englouti des fortunes publiques. Imaginer qu’il va maintenant se serrer la ceinture serait bien naïf. Le jour où l’Irak et l’Afghanistan seront abandonnés à leur sort, quel sera le nouvel épouvantail qui alarmera les foules et les convaincra de payer les rebonds de la course aux armements? Les paris sont ouverts. L’Europe peut peser sur l’avenir du monde. Si elle rompt avec une alliance angélique, si elle se pose en partenaire capable d’assumer sa différence. Par son poids économique, historique, politique, grâce à son expérience unique de réconciliation, elle reste une pièce-clé du puzzle. De ce monde «interpolaire» où les plus sages tentent de substituer la concertation aux démonstrations de force. Hors de cette apparente utopie, l’humanité court les plus grands dangers. (1) Le Monde du 17 novembre 2009. En finir avec l’engouement inconditionnel de tant d’Européens pour tout ce qui vient d’Amérique. |









