En mission avec Monsieur Antidrogue
Mis en ligne le 31.03.2010 à 15:35
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Il est l’ennemi public numéro un des narcotrafiquants. «El País Semanal» a suivi un haut responsable de l’ONU dans l’une de ses dernières missions impossibles.
«Mon travail consiste à poser une moustiquaire le long des frontières pour empêcher le passage des moustiques.» Antonio Maria Costa a le sens des formules bien senties. Depuis 2002, cet Italien de 68 ans est directeur de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), une charge qu’il abandonnera au mois de mai. Le reporter Quino Petit l’a suivi lors de l’une de ses dernières missions pour le magazine El País Semanal. Un voyage pas vraiment de tout repos.
D’emblée, le lecteur apprend qu’Antonio Maria Costa a une drôle de vie, qui n’a rien à voir avec celle de James Bond. Cet économiste assure n’avoir jamais touché à une substance illicite. Pourtant, il sait tout sur les drogues, écrit Quino Petit: «Production. Pureté. Marchés. Effets. (…) Il possède des informations privilégiées sur les criminels et les groupes armés les plus dangereux de la planète. Qui le tiennent en ligne de mire.» Costa ne va donc pas aux toilettes sans escorte. Lors de sa dernière visite en Afghanistan, 82 gardes du corps le protégeaient, assure-t-il.
La route africaine. Quino Petit a suivi Costa pendant quatre jours, du Sénégal au Mali. Au programme: conférence ministérielle sur le trafic de stupéfiants, vol en jet privé avec le ministre de la Justice de Guinée-Bissau, visite d’une prison «infernale» en Sierra Leone. Car l’Afrique de l’Ouest est la plaque tournante du trafic de cocaïne à destination de l’Europe. Quino Petit détaille cette «route africaine»: «Près de 27% (quelque 40 tonnes) de la cocaïne saisie annuellement en Europe arrive depuis l’Amérique latine, via le Nigeria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau, la Guinée-Conakry, le Cap-Vert, le Sénégal, le Mali et la Mauritanie.» Avant de débarquer en Espagne, «porte d’entrée» du continent pour la cocaïne et le haschich.
Costa ne mâche pas non plus ses mots sur cette réalité. «Chaque ligne de coke saigne l’Afrique», avait-il déclaré devant le Conseil de sécurité de l’ONU l’an passé. Pourquoi l’Afrique? Quino Petit interroge Antonio Mazzitelli, exresponsable de l’ONUDC pour l’Afrique occidentale, un poste qu’il a dû quitter pour avoir reçu des menaces de mort. «La route africaine de la cocaïne s’est développée début 2000. Les narcos colombiens ouvraient le marché européen et virent en les pays les plus instables d’Afrique occidentale un bon endroit pour établir leurs dépôts.»
Générant 250 milliards de dollars par an, le marché des drogues illégales est la principale source de revenus du crime organisé. Un échec pour l’ONUDC, créé en 1997 et qui emploie 1200 collaborateurs? Costa se défend: «Ce que nous avions dans les années 80, c’était un train en fuite. Mais je reconnais que j’aimerais voir le même effort de conscientisation sur la consommation de drogues que ce que nous avons accompli contre le tabac ou la pédophilie.»
Quino Petit, El País Semanal, 28 mars 2010. Adaptation MR
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