En route pour l'UE
Par Marie Maurisse - Mis en ligne le 30.04.2009 à 06:00
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Islande. La coalition élue va lancer l’île en crise sur la voie de l’adhésion, laissant la Suisse un peu plus seule dans l’AELE.
C’est une révolution glaciaire. Pour la première fois depuis sa création, en 1944, la République d’Islande a choisi de porter la gauche au pouvoir. Lors des législatives anticipées, samedi 25 avril, les électeurs ont plébiscité la coalition composée des sociaux-démocrates et des Verts. A elles deux, les formations remportent 34 sièges sur les 63 qui composent le Parlement. Le scrutin a sanctionné le parti conservateur, rendu responsable de la crise économique qui ravage le pays, portant à près de 9% le taux de chômage. «Notre heure est arrivée», a déclaré la social-démocrate Johanna Sigurdardottir. Celle qui dirigeait le gouvernement intérimaire est reconduite au poste de premier ministre.
Rupture. Cette élection est une vraie rupture dans l’histoire de l’île. Car Johanna Sigurdardottir est une des partisanes de l’adhésion à l’Union européenne. Selon elle, il suffirait de 18 mois pour que le processus aboutisse; et dans quatre ans, son pays pourrait intégrer la zone euro.
L’objectif ne fait pas pour autant l’unanimité. Les Verts sont opposés à cette solution, tandis que, selon les derniers sondages, les Islandais seraient majoritairement pour. Si Reykjavik a tant attendu avant de séduire Bruxelles, c’est qu’elle tient à conserver ses avantages sur le marché de la pêche. «A présent, elle va demander l’adhésion au moment où elle est le plus faible, explique Cédric Dupont, professeur de sciences politiques à l’Institut HEI. De ce fait, elle pourra difficilement résister aux pressions de l’Espagne, du Portugal et de la France.» Quant à l’Union européenne, elle risque de ne pas pouvoir accéder rapidement aux injonctions de l’Islande car il y a d’autres demandes à traiter en priorité, comme celle de la Croatie.
Et la Suisse? Si l’Islande réussit son coup, elle quittera l’Association économique de libre-échange (AELE) et son départ pourrait signer la mort de l’organisation, qui va fêter ses 50 ans en 2010. Avec 313000 habitants, l’Islande est une petite économie. Mais sans elle, l’AELE ne comprendrait que le Liechtenstein, la Norvège... et la Suisse. Un isolement de plus pour Berne?
Non, répondent certains spécialistes confiants dans la voie des bilatérales. «Arrêtons de nous acharner sur l’AELE, pense René Schwok, politologue à l’Université de Genève. Elle est encore utile parce qu’elle a permis des accords rentables avec Singapour, la Corée du Sud et l’Inde.»
Le Nouveau mouvement européen suisse (Nomes) défend l’inverse. «L’AELE n’est plus le bon partenaire, pense Nicolas Rion, secrétaire général du Nomes. La Suisse n’a aucun intérêt commun avec la Norvège. Et puis la mésaventure de l’Islande doit nous mettre en garde. Micheline Calmy-Rey refuse d’avouer que la Suisse est fragile. Mais nous avons besoin de l’UE.»
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