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«Il faut ajouter de la vie aux jours et non pas des jours à la vie»: un adage que de nombreux scientifiques citent volontiers.
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SANTE, PROMESSE OU UTOPIE?
En santé jusqu’ à 150 ans

Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 15.02.2012 à 11:49

La science parviendra-t-elle à repousser les limites de la longévité humaine et à nous proposer de véritables bains de jouvence? Le débat fait rage chez les chercheurs.

L’énorme gâteau occupe une bonne partie de la table. Il a fallu voir grand pour pouvoir disposer les 140 bougies que Jean s’apprête à souffler. Bon pied bon œil, le patriarche né en 2012 n’est entouré que de sa femme, Marie, de dix ans sa cadette qui s’est levée à l’aube pour préparer la fête, de ses enfants et petits-enfants. Au-delà, la pièce ne suffirait pas à accueillir toute sa famille. Cela n’empêche pas le supracentenaire de s’enquérir de la santé de ses lointains descendants. Il demande des nouvelles de l’un de ses arrièrepetits- fils, Jules, à qui l’on vient de greffer un cœur et un foie tout neufs, fabriqués de toutes pièces à partir de ses propres cellules. Il interroge sur la convalescence de Laurent dont on a lifté l’ADN pour contrer les premiers signes de vieillissement. Il se renseigne aussi sur cette arrière-arrière-arrière-arrièrepetite- fille née quinze jours plus tôt. Comment a-t-elle été conçue? Par clonage, lui répond-on.

Ce charmant tableau de famille sera-t-il aussi banal, en 2152, que ceux auxquels on participe aujourd’hui autour d’un aïeul de 80 ou 90 ans? Pourra-t-on augmenter la longévité humaine jusqu’à 140, 150 ans? Pourquoi d’ailleurs vouloir s’arrêter en si bon chemin? «La longévité est le vecteur d’une tendance dont le point ultime est l’immortalité», comme l’écrit Roland Moreau dans L’immortalité est pour demain (François Bourin Editeur). L’être humain aura alors réalisé le rêve inscrit au plus profond de son imaginaire et de ses mythologies. Comme la mortelle Ariane, mais sans l’aide de Dionysos ni la moindre intervention divine, il pourra prétendre à la vie éternelle.

Pure fiction bien sûr. Il n’empêche qu’au sein de leurs laboratoires, des biologistes affûtent leurs armes pour réparer nos gènes, nos cellules, nos tissus et nos organes. Si leur premier objectif est de soigner nos maladies, leurs travaux auront une incidence sur l’espérance de vie. Sans compter que certains ne cachent pas leur désir de repousser les limites de la longévité humaine. Ils se trouveront confortés par les résultats d’une équipe de Montpellier qui a réussi récemment à reprogrammer des cellules souches de la peau de centenaires pour leur offrir une seconde jeunesse. Ces travaux montrent qu’à l’échelle cellulaire au moins, le processus de sénescence n’est pas irréversible et qu’il est possible d’effacer complètement les stigmates de l’âge. Certes, derrière cette annonce des chercheurs français qui est «intéressante sur le plan de la biologie fondamentale» se cache une bonne part de «marketing scientifique», commente Yann Barrandon, titulaire de la chaire de dynamique des cellules souches de l’EPFL, du Chuv et de l’Unil. Mais il y a là de quoi donner libre cours à tous les fantasmes.

Machine à remonter le temps. A ceux qui veulent repousser l’échéance de la mort, les cellules souches embryonnaires semblent offrir un premier outil de choix. Ces «cellules à tout faire» qui ne se sont pas encore spécialisées – différenciées, disent les biologistes – portent en elles de multiples promesses. Elles peuvent en effet, a priori, être programmées pour donner naissance aux cellules de n’importe quel organe ou tissu de l’organisme. De très nombreuses recherches leur ont été consacrées – «c’est une vieille histoire qui remonte à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui est redevenue à la mode il y a une quinzaine d’années», d’après le spécialiste lausannois. Avec de belles percées scientifiques, mais qui sont longtemps restées sans grande utilité pratique.

La situation a toutefois changé, en 2006, lorsque le Japonais Shinya Yamanaka a annoncé qu’il avait réussi à modifier génétiquement des cellules de souris adultes pour les faire revenir à l’état de cellules souches embryonnaires – autrement dit, au stade très précoce dans lequel elles étaient dans l’embryon. «C’est une machine à remonter le temps», commente Yann Barrandon. Emboîtant le pas à leurs collègues japonais, Jean-Marc Lemaire et son équipe à Montpellier sont parvenus, en novembre dernier, à reprogrammer des cellules de peau humaine dont certaines appartenaient à des centenaires et à leur offrir une seconde jeunesse. Cette cure de jouvence cellulaire pourrait, d’après les chercheurs français, trouver un jour lointain des applications dans le traitement de maladies neurodégénératives, comme celles d’Alzheimer ou de Parkinson.

En neurologie comme dans bien d’autres domaines thérapeutiques, les cellules souches, «dont la quête est l’une des plus fascinantes aventures scientifiques de l’humanité, semblent renfermer le secret de la régénération des tissus, voire d’organes complets», écrivent Axel Kahn et Fabrice Papillon dans Le secret de la salamandre. La médecine en quête d’immortalité (Nil Editions, 2005).

Elles ouvrent la voie à l’injection de cellules non différenciées qui se spécialiseraient et se placeraient au bon endroit afin de pallier les défaillances. Voire carrément à la production de «pièces détachées» du corps humain qui pourraient remplacer celles qui sont déficientes ou usées par les années.

Dans la foulée, certains vont encore plus loin. Pour les transhumanistes, qui considèrent que la vie éternelle de nos cellules est envisageable, le vieillissement devrait être réparable. Les partisans de ce mouvement, qui a allègrement franchi la frontière séparant la science de l’utopie, sont persuadés que la biologie et les biotechnologies pourront améliorer les capacités physiques et mentales de l’être humain. Une fois ce dernier devenu «plus qu’humain», sa longévité n’aura plus de bornes. «Il y a 80% de chances que l’homme qui vivra mille ans existe déjà» a affirmé, un rien provocateur, un généticien britannique transhumaniste au Figaro.

Balbutiements. Rien n’interdit de rêver – ou de cauchemarder. La réalité est cependant aujourd’hui à mille lieues de ces prédictions. Malgré les espoirs qu’elles suscitent, les cellules souches n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. «Du point de vue de leurs applications cliniques, on a très peu avancé», souligne Bernard Thorens, chercheur au Centre intégratif de génomique de l’Université de Lausanne (Unil). Si l’on excepte la culture de cellules de peau, qui permet de traiter les grands brûlés ou la transplantation de cellules de moelle osseuse, devenue une technique de routine, la thérapie cellulaire n’a pas encore fait son entrée à l’hôpital.

D’autant que, avant de pouvoir utiliser les cellules souches à large échelle, il reste une délicate question à régler: il faudra s’assurer qu’elles n’entraîneront pas le développement «de tératomes (tumeurs, bénignes ou malignes, ndlr). Le risque essentiel vient du fait que ces cellules, une fois mises dans des conditions qui leur conviennent, pourront se mettre à proliférer rapidement et produire n’importe quel type de cellules. Et de ce fait conduire à la formation d’un cancer», explique le professeur de l’Unil. Il suffirait d’ailleurs que dans le lot des cellules injectées, une seule reste indifférenciée et garde sa capacité à se multiplier de manière incontrôlée pour qu’il y ait des dégâts. «Cela reste un grand problème pour les agences de réglementation sanitaire, comme Swissmedic», constate Yann Barrandon. Quant à la création d’un organe, il est bien trop tôt pour l’envisager, car «c’est d’une complexité énorme». Lorsque ces écueils seront surmontés, rien n’indique que les personnes âgées pourront profiter de ces thérapies. «J’ai tendance à penser, précise le chercheur vaudois, que les cellules souches qui seront le plus vite utilisées en clinique ne sont pas celles qui sont issues d’embryons, mais des cellules adultes qui seront prélevées chez les gens euxmêmes. Or, ajoute-t-il, on n’a pas les moyens de faire des choses compliquées chez les plus de 80 ans.» Sans compter que le coût de ce type de pratiques lui fait craindre «une médecine à deux vitesses». Karl-Heinz Krause, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Genève (Unige) est encore plus catégorique. «Je vous prédis qu’aucun des patients qui bénéficieront de la médecine régénératrice ne va dépasser cent ans. On traitera des gens qui ont des maladies graves et, si tout va bien, on leur fera gagner dix ans de vie de bonne qualité, mais ils ne deviendront jamais de grands centenaires. D’ailleurs, le centenaire typique est quelqu’un qui a rarement consulté un médecin dans sa vie, car il n’en a pas eu besoin.» Et le spécialiste de biologie du vieillissement de conclure: «La médecine régénératrice n’aura aucun impact sur l’espérance de vie maximale.»

 

«LE CENTENAIRE TYPIQUE EST QUELQU’UN QUI A RAREMENT CONSULTÉ UN MÉDECIN DANS SA VIE, CAR IL N’EN A PAS EU BESOIN.»
Karl-Heinz Krause, professeur à l’Unige

 

Cent vingt ans ou plus? Est-ce à dire que le record de longévité (légalement prouvé) – 122 ans – tenu par la doyenne de l’humanité, la Française Jeanne Calment, ne sera pas battu? Difficile à dire, car rien n’indique que l’espèce humaine ait, intrinsèquement, une durée de vie maximum qui ne pourra pas être dépassée. Et encore moins, comme on l’entend souvent, que cette limite est fixée à 120 ans et des poussières. «C’est faux, affirme le biologiste genevois. On n’en sait rien.» Quant à prédire ce qu’il faut faire pour repousser l’échéance fatale, c’est une autre histoire. Les scientifiques ont pourtant multiplié les études sur les centenaires – notamment ceux d’Okinawa, archipel au large du Japon qui en compte beaucoup plus qu’ailleurs. Ils ont eu beau analyser les gènes et examiner le mode de vie de ces personnes du cinquième âge, ils n’ont pas réussi à trouver le génome idéal, ni le régime miracle. Une chose est sûre, la génétique est pour quelque chose dans la longévité, «mais elle n’en détermine qu’un quart environ», note Karl-Heinz Krause. Le facteur déterminant semble plutôt être l’environnement et le mode de vie, «qui est important dans la phase précoce de notre existence – 5 à 10% – mais qui l’est encore plus à l’âge adulte – environ 60%». A cela s’ajoute un dernier élément: le hasard, «la roulette de la vie» comme l’écrit le professeur de gériatrie Athanase Benetos dans L’ABCdaire du futur centenaire (Robert Laffont).

Pour vivre plus longtemps et garder la forme au cours des ans, inutile de compter sur les progrès de la médecine, selon le chercheur genevois. Lequel n’hésite d’ailleurs pas à affirmer que, si l’espérance de vie a considérablement augmenté dans les pays développés depuis 1840, «la science n’y est pas pour grand chose» (lire en page 43).

Le vieillissement est lié à l’usure des tissus et des organes, ainsi qu’aux atteintes que le temps produit sur notre ADN. «La seule stratégie possible pour augmenter la longévité, selon le biologiste de l’Unige, serait de diminuer les dégâts et de stimuler les mécanismes naturels de réparation. Mais ne me demandez pas comment faire; je ne sais pas.»

En attendant de trouver, mieux vaut se consacrer à «des choses beaucoup plus simples», conseille Bernard Thorens. Il plaide notamment pour des études visant à mieux comprendre comment les nutriments régulent les processus qui se déroulent à l’intérieur des cellules et de leurs «usines énergétiques» (les mitochondries). Il préconise encore de se pencher sur le rôle de l’exercice physique. Car celui-ci «ne sert pas seulement à éliminer les produits toxiques générés par un excès de nutriments et qui font vieillir la cellule. Il active aussi toute une série de mécanismes qui ont un effet protecteur sur la cellule.»

«Il faut ajouter de la vie aux jours, et non pas des jours à la vie.» Nos interlocuteurs citent volontiers cette maxime attribuée à l’ingénieur en informatique américain Sangamithra Gangarapu. «Notre tâche, en tant que scientifiques, n’est pas de prolonger la durée de vie d’un être humain, mais de nous assurer que la qualité de cette vie soit la meilleure possible», souligne Karl-Heinz Krause. A ses collègues, car il y en a, qui s’escriment à repousser toujours plus loin les limites de la longévité il rétorque: «D’un point de vue éthique, ce n’est pas souhaitable et d’un point de vue technique, actuellement, ce n’est pas faisable.» Reste à savoir si l’avenir lui donnera raison ou, si dans plus d’un siècle, Jean pourra souffler ses 140 bougies.

A lire: 

«Le secret de la salamandre. La médecine en quête d’immortalité». D’Axel Kahn et de Fabrice Papillon. Nil Editions, 368 p.
«L’immortalité est pour demain». De Roland Moreau. François Bourin Editeur, 166 p.
«L’ABCdaire du futur centenaire». D’Athanase Benetos. Robert Laffont, 278 p.

 


ESPERANCE DE VIE

De plus en plus vieux

C’est indéniable, l’espérance de vie de l’espèce humaine ne cesse d’augmenter. Dans les pays développés et en dehors des périodes de guerre, son évolution prend la forme d’une ligne droite ascendante qui témoigne que la longévité gagne pratiquement trois mois chaque année. Alors que dans les années 1840, les hommes vivaient en moyenne jusqu’à 40 ans et les femmes jusqu’à 42, les premiers atteignent maintenant un peu plus de 80 ans et les secondes 84,5 – du moins en Suisse, «pays classé, en 2010, au troisième rang mondial de la longévité derrière le Japon et Hong Kong», d’après François Herrmann, épidémiologiste gériatrique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Toutefois, «la science n’y est pas pour grand-chose», affirme Karl-Heinz Krause, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Genève (Unige). Il en veut pour preuve que la courbe linéaire a démarré dans la première moitié du XIXe siècle, «c’est-à-dire avant les grandes découvertes scientifiques et l’apparition de la médecine moderne». Mais alors, comment expliquer que l’on vit de plus en plus vieux? Le spécialiste de la biologie du vieillissement évoque la nourriture – car on oublie souvent que nos ancêtres ne mangeaient pas à leur faim. L’hygiène aussi. Sur ces points, dit-il, «on peut discuter». On pourrait avancer que la mise sur le marché de médicaments comme les antibiotiques a fait chuter la mortalité. Mais leur intervention n’a pas modifié la pente de la courbe de l’espérance de vie qui croît toujours de manière aussi régulière.

«Les scientifiques ne peuvent qu’essayer de comprendre. Ils sont surtout perplexes devant une évolution qu’ils ne contrôlent pas. D’ailleurs, chaque fois qu’ils avaient prédit que l’augmentation de la longévité connaîtrait un plateau, ils ont été dépassés par les événements.»

Certains d’entre ceux-ci semblent en tout cas de nature à changer la donne. Le réchauffement climatique notamment qui, «du fait de l’excès de mortalité estivale, selon François Herrmann, pourrait nous faire perdre, entre 2070 et 2100, trois à quatre mois par an d’espérance de vie».




Tags: santé, longévité, centenaire, bonne santé,

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Réaction de Papymougeot
le 17.02.2012 à 19:11
Pitié, remettons les pieds sur terre, avant de la quitter...
 
Réaction de latchaux
le 17.02.2012 à 15:02
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