Endettement : Comment sauver l’Euroland
Par Philippe Le Bé - Mis en ligne le 01.12.2010 à 17:19
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Plans d’austérité, contagion, attaques spéculatives, fin de la monnaie unique. Depuis six mois, l’état économique de l’Europe crée la panique. Pourquoi la dette de l’Irlande inquiète-t-elle la zone euro et au-delà? Décryptage.
Six mois après la Grèce, c’est l’Irlande qui reçoit une aide financière de la part de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI). Le plan, adopté le 28 novembre dernier, se monte à 85 milliards d’euros, sous forme de prêts. Mais la mesure ne semble pas avoir calmé les marchés financiers, puisque les taux d’intérêt sur les dettes des pays fragiles de la zone euro, Portugal et Espagne en tête, continuent à grimper. Comment expliquer ce cercle vicieux de la dette? Pourquoi les problèmes d’un pays contaminent-ils l’ensemble de la zone euro? Quelles solutions se profilent? Explications.
«IL N’EXISTE PAS VRAIMENT D’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR. CELA AURAIT FINI PAR ARRIVER DE TOUTE MANIÈRE.» Eric Jondeau, professeur à HEC Lausanne
01. D'où vient la crise de la dette européenne? Comme les entreprises, les Etats empruntent pour financer leurs activités. Jusqu’en 2008, la situation des pays de la zone euro est jugée saine. Les dettes publiques connaissent certes de grandes disparités, mais les Etats débiteurs sont considérés comme solvables.
«SI CES PAYS QUITTAIENT L’EURO, ILS SERAIENT ENCORE PLUS ENDETTÉS QU’AUJOURD’HUI.» Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques
Tout se corse avec la crise des subprimes aux Etats-Unis, qui menace de faire imploser de nombreuses banques à travers le monde. Les déficits publics s’envolent, seul moyen d’amortir la récession qui s’annonce. En 2010, le déficit d’un pays comme le Royaume-Uni s’élève à 160 milliards de francs, soit plus de 11% de son produit intérieur brut (PIB). Un chiffre deux fois plus important que lors des deux dernières crises majeures qu’a connues le Royaume-Uni, dans les années 1970 et au début des années 1990.
Un cercle vicieux s’installe: comme les investisseurs se mettent à douter de la capacité de ces pays à rembourser un jour leur dette, les taux d’intérêt prennent l’ascenseur. C’est particulièrement le cas pour le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne, connus sous leur acronyme anglais «PIGS». Pourquoi? Parce que leur économie est fragile. L’Irlande attire fiscalement des multinationales et flambe dans l’immobilier; l’Espagne surinvestit aussi dans la pierre; la Grèce se repose sur le tourisme et n’a aucun contrôle sur l’évasion fiscale; le Portugal a vu sa croissance tirée par des investissements massifs de l’Union européenne pour ses autoroutes, son TGV et ses stades de l’Eurofoot 2008.
Les scénarios catastrophe se réalisent. En Grèce, où la situation budgétaire était déjà délicate avant la crise, le déficit et la dette publique explosent. La crise éclate en février 2010. Pourquoi à ce moment précis? «Il n’existe pas vraiment d’élément déclencheur. Les marchés ont voulu tester la cohérence de l’Union européenne. Cela aurait fini par arriver de toute manière», estime Eric Jondeau, directeur de l’Institut de banque et finance à HEC Lausanne. Et de préciser que les hedge funds, qui parient sur une hausse des taux d’intérêt, ont contribué à cette escalade.
Après plusieurs mois de tergiversations, l’UE et le FMI adoptent un plan d’aide à la Grèce pour un total de 110 milliards d’euros. Dans la foulée, ils mettent en place un nouvel outil, appelé «mécanisme européen de stabilisation financière». L’aide accordée à l’Irlande le 28 novembre dernier provient précisément de ce fonds, qui peut mobiliser jusqu’à 750 milliards d’euros.
02. Pourquoi une «contagion»? La «crise de la dette» risque aujourd’hui de toucher le Portugal et l’Espagne. A première vue, un sauvetage du Portugal, petite économie à l’échelle européenne, ne s’avère pas problématique, affirment les dirigeants européens. L’Espagne constitue un risque important, mais que certains estiment gérable. Le président de la Bundesbank, Axel Weber, a même plaidé pour augmenter les fonds du mécanisme de stabilisation si la quatrième économie européenne venait à être insolvable.
Mais le fond du problème est ailleurs. Si les dettes des PIGS provoquent une panique boursière aujourd’hui, c’est que plusieurs grands établissements bancaires, européens pour la plupart, figurent parmi leurs créanciers. Le volume global de leur exposition avoisinerait les 2000 milliards de dollars, au bas mot.
En Irlande, par exemple, les banques britanniques ont des créances de 150 milliards de dollars, les banques allemandes de 140 milliards. Sans compter que ces établissements ont aussi prêté, dans ces pays, aux privés. «Personne ne sait quelles sont les relations réelles entre les établissements», affirme Eric Jondeau.
Les spécialistes l’avouent à demimot, par crainte d’une prophétie autoréalisatrice: le risque d’une crise financière de l’ampleur de celle des subprimes existe. En octroyant une aide à l’Irlande et en la soumettant à une cure d’austérité, l’UE cherche donc surtout à sauver les systèmes bancaires allemand et britannique. «C’est pour cette raison que l’Allemagne a fini par céder et participe à l’aide européenne», estime le professeur d’économie de l’Université de Fribourg, Sergio Rossi.
03. Quelles sont les solutions?
Serrer la ceinture. A travers son mécanisme de stabilisation, l’UE prête de l’argent à ceux de ses membres qui risquent un défaut de paiement. En contrepartie, ces pays se soumettent à un plan d’économies draconien. Pour l’Irlande, un vaste plan d’austérité a été adopté fin novembre. Il vise à économiser 15 milliards d’euros d’ici à 2014.
Au programme, une série de coupes budgétaires et une augmentation de la TVA de 21 à 23%. Efficace? Pas vraiment, selon Sergio Rossi. «Ces mesures provoquent des difficultés énormes. On réduit les dépenses de consommation et les investissements internes. On table sur les exportations, alors que l’économie mondiale est fragile et que les perspectives de croissance sont faibles pour 2011.»
Renégocier la dette.Une solution évoquée est de faire participer les créanciers, qui accepteraient de perdre une partie de leur mise. «Il serait logique que les fonds d’investissement, par exemple, qui ont engrangé des profits à court terme sans se soucier des risques, participent au fardeau», estime Sergio Rossi. Une option que préconisent également les ministres européens… mais uniquement à partir de 2013.
Autrement dit, les dettes actuelles seront intégralement remboursées. Pour Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, cette stratégie n’est pas réaliste: «Annoncer qu’on le fera dans trois ans, sans dire comment, empêche les investisseurs de fixer leurs primes de risque et donc leurs taux d’intérêt», estime-t-il.
Il préconise de restructurer la dette immédiatement, comme l’ont fait l’Argentine en 2005 ou l’Islande pour ses banques en 2008. «On se rend compte qu’une fois les dettes restructurées, les pays n’ont pas de problèmes à se financer: les investisseurs crient, mais reviennent quelques mois après.»
Pour Eric Jondeau, au contraire, «faire défaut donnerait un mauvais signal politique. Le coût serait très élevé pour les autres pays de la zone euro». Le professeur concède néanmoins que le rééchelonnement permettrait de faire cesser les attaques spéculatives. «Certains gestionnaires de fonds parient sur le fait qu’on aidera les Etats à continuer à rembourser leur dette. Si ces derniers font défaut, la spéculation s’arrêtera.»
Une Europe fédérale. Un dernier scénario, défendu notamment par l’économiste Jacques Attali, consisterait en une péréquation financière au niveau européen entre Etats riches et pauvres, comme en Suisse ou aux Etats-Unis. Actuellement, l’UE possède une monnaie unique, mais sans les mécanismes budgétaires pour l’accompagner. Toutefois, pour Guillaume Duval, un tel fédéralisme «n’est pas vendable à l’opinion publique, ni en Allemagne ni ailleurs. Si on fait ça, il faut accepter l’intrusion des institutions européennes dans les finances de chaque Etat. Les Européens n’y sont pas prêts.»
04. Vers un éclatement de l'euro? Depuis la crise grecque, des voix toujours plus nombreuses mettent en garde contre l’éclatement de la zone euro. En mai dernier, l’oracle de la crise de 2007 Nouriel Roubini, professeur à la New York University, donnait à peine «quelques jours» à l’euro. Aujourd’hui, il estime toujours «probable» le départ de la zone des pays les plus fragiles. D’autres économistes verraient plutôt l’Allemagne quitter le navire pour retrouver son cher deutsche mark, lassée de devoir éponger les dettes des autres.
De telles éventualités suscitent des interprétations diamétralement opposées. Une minorité, à l’instar du groupe d’experts londonien Capital Economics, estime que ce serait mieux pour tout le monde. Notamment pour les pays endettés qui pourraient relancer leur croissance via l’exportation en dévaluant leur monnaie retrouvée. Une manœuvre impossible avec une monnaie unique.
La majorité des économistes considèrent en revanche que pour les pays quittant la zone euro, le prix à payer serait bien supérieur aux bénéfices récoltés. A court terme, à cause du coût engendré par la réintroduction des monnaies nationales et des problèmes techniques liés à la fixation de taux de change.
A long terme, surtout, l’Allemagne souffrirait trop de la baisse de ses exportations. Quant aux PIGS, «s’ils quittaient l’euro en embarquant leur dette dans cette devise, ils seraient encore plus endettés qu’aujourd’hui», analyse Guillaume Duval. Leurs créanciers n’accepteraient pas de convertir la dette en escudos ou en drachmes, car cela la dévaluerait.
Revenir aux monnaies qui ont précédé l’euro est impossible, car ces dernières ont cessé d’exister le jour où les Etats ont intégré l’Union économique et monétaire, tranche Simon Hayley, professeur de finance à la Cass Business School à Londres. «Quitter l’eurozone impliquerait la création d’une toute nouvelle monnaie.» Dès lors, plus qu’à un sage retour en arrière, l’abandon de l’euro ressemblerait fort à une fuite en avant.
«PIGS» : Les maillons faibles Européens.

La crise de la zone euro est liée à l’état catastrophique des finances publiques au Portugal, en Irlande, en Grèce et en Espagne. L’acronyme «PIGS», qui désigne ces mauvais élèves de la rigueur budgétaire, est à géométrie variable. On y inclut parfois aussi l’Italie, en raison de sa dette publique vertigineuse (116% du PIB en 2009). Tous ces pays dépassent largement les critères du «Pacte de stabilité et de croissance» que les pays de la zone euro se sont engagés à respecter. Celui-ci stipule que le déficit public annuel ne doit pas dépasser 3% du PIB et que la dette publique totale doit être inférieure à 60% du PIB.
Tags: Europe, FMI, endettement,
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| Réaction de juanpablo le 10.12.2010 à 08:11 | | Habitant l'Espagne, je côtoie tous les jours des personnes durement... Habitant l'Espagne, je côtoie tous les jours des personnes durement touchées par la crise qui sévit dans le pays. Pour en sortir, le gouvernement a pris diverses mesures pour essayer de maintenir la tête hors de l'eau.Le problème, c'est que l'on s'attaque toujours aux mêmes: les plus pauvres. On supprime l'allocation de fin de droit du chômage, on augmente la TVA, l'électricité (alors que les entreprises croulent sous les bénéfices), le tabac (et ce n'est pas pour diminuer les risques de mortalité!!!), mais, comme partout ailleurs, on ne touche pas aux salaires mirobolants des députés, aux retraites indécentes des ex-dirigeants, on ne taxe pas les banques. L'Espagne devra sûrement être aidée très bientôt, comme la Grèce et l'Irlande. Cependant, comme tous les autres pays, elle n'agit pas contre ceux qui sont à l'origine de la débâcle actuelle. Il faut y vivre pour s'en rendre compte! En ville, il n'est pas rare de voir des gens fouiller les poubelles, mendier, vendre à la sauvette quelques biens personnels. Dans les villages, c'est plus facile, car il y a une entraide familiale importante, quelques lopins de terre à cultiver. Les retraités vivent souvent avec moins de 500€ par mois. Il serait temps, dans nos sociétés "politiquement correctes" que cette correction devienne réellement politique et que l'on commence enfin à savoir partager. | |  |
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| Réaction de valentini le 09.12.2010 à 11:16 | Hourra l'euro!
(fait divers relatif à une certaine jouissance sensuelle dans... Hourra l'euro!
(fait divers relatif à une certaine jouissance sensuelle dans la société des extravagants)
Un journaliste a fini par lâcher le morceau: 99% des journalistes, pour ne pas dire la totalité, sont généralistes et, par conséquent, ne savent pas de quoi ils parlent. Disons, pour parler prolo, qu'ils bourrent le mou de leurs lecteurs! Notre avis néanmoins est que cette manière de voir, à l'exception notable du mammouth européen, semble un peu journalistique. De quoi, en effet, les journalistes pourraient-ils nous parler, sans se contredire aussitôt, s'ils se mettaient en tête de considérer, par exemple, l'opposition aux réformes, comme l'information par excellence? Non pas l'information-cadeau à déballer, ça, le gouvernement sait très bien le faire, mais comme fait concret en soi qui mérite attention et réflexion. Et cela pour cette raison toute bête que ce n'est pas à l'opinion publique d'expliquer ce que veut le gouvernement, mais bien au dit gouvernement de montrer, dans les faits et non pas en paroles, que son action aboutit à améliorer les conditions de vie et de travail du plus grand nombre. Et s'il déclare que oui, c'est le cas! alors le plus grand nombre est en droit d'attendre de qui prétend mieux que d'autres saisir la complexité du réel, en vue non de le simplifier mais tout simplement d'en rendre compte, de la façon la plus claire et la plus précise, un contenu à la hauteur de la prétention revendiquée. Mais le fait est que le journalisme est devenu, de manière générale, l'enseigne de ce préjugé qui consiste à casser toute opinion qui n'a pas l'assentiment des idées dominantes des possédants de notre époque. Et il n'est donc pas étonnant, mais en même temps passablement curieux, que sur la question de l'Europe, toute l'Europe, comme un seul homme se lève, pour déclarer son immense peine d'être aussi incomprise... par les états européens qui la constituent, sans que cela soulève aussitôt un concert de protestations médiatiques. Le philosophe avait bien raison de dire qu'il convient de se méfier de son propre entendement. Au lieu de ça, au contraire, on se déclare partout soucieux des marchés! Et, ceci corroborant cela, inquiet de l'avenir de la monnaie unique, sans s'émouvoir le moins du monde du fait que ladite monnaie unique, en tant que vaillante fille publique, semble avoir de multiples vies parallèles. La drachme, semble-t-il, mais pas seulement, la livre, l'escudo, la peseta, la lire, le franc hantent l'euro réduit à l'état de tirelire, que nous proposons d'appeler le rutilant gentil cochon.
Résumons d'abord les trente années qui indubitablement, chose que personne ne nie, viennent de changer la vie d'une manière considérable. Pour les uns, il y a trop d'Europe et pour les autres, pas assez! L'économique et le social, comme on dit, sont, en effet, ne changeons pas de registre, les deux faces d'une même pièce. Reste que ce sont les vendeurs du trop d'état social et pas assez d'Europe providentielle qui, grâce à l'action énergique du mauvais état en question, ont, en 2008, décroché la timbale de la façon la plus retentissante qui soit. Leur excuse est que ce n'était pas prévisible, personne n'y croyait, c'est arrivé comme ça et pis surtout ça sert à rien de critiquer, faut agir. Le journalisme, façon constat à l'amiable, n'appartient plus, à l'évidence, aux seuls journalistes. Et c'est peut-être là, la chance de ces derniers. C'est alors qu'après des nuits d'angoisse, passées un partout jusqu'au Canada, où rien n'était gagné, ni la soupe, ni le rata, les visages étaient tendus, vraiment l'Europe a eu chaud, les ci-devant révolutionnaires européens, dénonciateurs du trop d'état-providence se sont brusquement réveillés en promoteurs d'un gouvernement européen, enfin capable de décider, à hauteur de 50%, d'une péréquation des dettes nationales européennes. Voilà un fonds qui sent la poudre! Et patte blanche! Donner l'assurance au grand méchant marché, qu'il recevra autant qu'il espérait avaler avant la crise, c'est la sorte de fédéralisme-type CDS (credit default swap) que les escrocs étatiques d'Europe se proposent de mettre en oeuvre, Et l'on s'étonne, après cette incitation au bas de laine à jarretière monumentale, que les marchés attaquent! Ils ont bien compris que l'Angela angélique des ménages, soucieuse de son budget, chante un hymne à la joie, d'un genre tout à fait singulier. Messieurs, entrez, entrez, et jouissez tout votre soul! Comme la belle a déjà, outre-Rhin, disons grosso modo au sud, son marlou, son hareng, son barbeau, il ne lui manque plus, pour compléter le tableau, qu'un chapeau de soie jaune-serin garni d'un ruban et d'un voile de même couleur. Elle sera ainsi la reine d'un nouveau royaume: the United Kondom. Car il ne sera pas dit, non, non, qu'on trouvera mieux que l'Europe pour préserver les intérêts des marchés, des banques et de toutes les classes capitalistes européennes. Et il y a au moins un journaliste-un qui sait de quoi il s'agit, retourner l'avenir en leur faveur, et pour cela il leur donne plutôt quatre mains qu'une. Nationale-européenne, leur démocratie est pipée. | | |  |
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