Finalement, le psychodrame n’aura pas lieu cet automne. Moritz Leuenberger a annoncé qu’il avançait sa démission. Sa succession sera donc réglée le 22 septembre, le même jour que celle de Hans-Rudolf Merz. De quoi permettre au PS et au PLR de s’entendre pour s’assurer que l’un de leurs candidats de prédilection – Simonetta Sommaruga et Jacqueline Fehr à gauche; Karine Keller-Sutter et Johann Schneider-Ammann à droite – passent la rampe. A ce stade, ni l’UDC, ni le PDC, ni les Verts ne semblent en mesure de leur ravir un siège.
Mais la hache de guerre ne restera pas enterrée bien longtemps. La reconduction du Conseil fédéral en décembre 2011, à l’issue des élections fédérales, sera l’occasion d’une nouvelle foire d’empoigne. Assistera-t-on à un nouveau grand chambardement? Le Conseil fédéral né cet automne n’aurat-il été qu’un gouvernement de transition?
Des tractations ont eu lieu en début d’année entre les partis du centre-droit (PDC, PLR et PBD). «Nous avons mené des discussions sur quelques thèmes, confirme la vice-présidente du PLR Isabelle Moret. Cela a abouti à l’élaboration commune de plusieurs contre-projets comme celui à l’initiative Minder ou sur l’expulsion des délinquants étrangers.» Dans ce cadre, la composition du Conseil fédéral a également été évoquée. Il s’agissait d’examiner la formation d’une sorte de «coalition du milieu» qui pourrait se répartir quatre sièges au Conseil fédéral (deux pour les démocrates-chrétiens et deux pour les libérauxradicaux).
L’attrait du neuf. Mais la démission de Hans-Rudolf Merz a complétement changé la donne. «En 2011, le PLR disposera de deux ministres fraîchement élus, note Dominique de Buman, vice-président du PDC. A moins d’un effondrement de ce parti lors des élections fédérales, le Parlement ne révoquera pas l’un d’entre eux.» Il rappelle que le PDC avait connu une situation similaire en 1999: le parti avait pu conserver ses deux sièges grâce aux nouveaux venus Ruth Metzler et Joseph Deiss, alors qu’il était déjà en perte de vitesse. L’assemblée fédérale n’aime pas «vider les personnes au pouvoir, surtout pour une différence de quelques centièmes dans les urnes», estime le Fribourgeois, qui croit au «retour de la concordance arithmétique en 2011».
Du côté du PLR, on défend aussi la répartition «classique» 2+2+2+1. «Les trois plus grands partis doivent chacun obtenir deux sièges et le quatrième doit en recevoir un, relève son président Fulvio Pelli. Ce système a garanti la stabilité et la cohésion du pays pendant des années.» Isabelle Moret estime pour sa part que le Conseil fédéral doit être composé de sorte qu’il parvienne à faire passer ses projets devant le Parlement. «Il faut aujourd’hui l’aval des trois principaux partis pour obtenir une majorité, précise la Vaudoise. Ces derniers doivent donc être représentés au gouvernement avec deux sièges chacun.» A l’inverse, «un Conseil fédéral élu à la proportionnelle ouvrirait une ère de blocages et de référendums systématiques.» Et si les libéraux-radicaux ne devaient plus faire partie du trio gagnant (le dernier baromètre électoral leur donne 16,7% des voix contre 15,3% au PDC)? «Alors nous renoncerions à notre deuxième siège», promet Fulvio Pelli.
Président du PS, Christian Levrat, opine: «Les Suisses sont très attachés à la concordance. Ils ne sont pas prêts à basculer dans un système de coalition.» Sans surprise, l’UDC défend aussi une formule magique qui lui permettrait de récupérer un deuxième siège. «Le gouvernement doit refléter les forces politiques en présence, indique le vice-président Yvan Perrin. Or, l’UDC va demeurer le premier parti du pays, ce qui lui donne un droit légitime à deux sièges.» Plus étonnant, les autres partis semblent prêts à accéder à sa demande. «La seule chose certaine, c’est que l’UDC restera l’un des principaux partis à l’issue des élections de 2011, note Fulvio Pelli. Il faudra donc sans doute lui donner un second siège.» Dominique de Buman arrive à la même conclusion, estimant «qu’il n’est pas dans l’intérêt du pays sur le long terme d’avoir un parti au gouvernement qui s’estime lésé».
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