Jack Palmer: du rififi au Bürgenzell
La crise donne des ailes à Pétillon. Il lance son improbable détective dans une «Enquête au paradis» en prise directe avec la tourmente financière.
Humour A l’origine, un travail de routine: Jack Palmer est chargé de prouver la solvabilité d’un quidam en instance de divorce. Mais sur la photographie que le fin limier prend devant la banque figure un autre déposant, affilié à la mafia colombienne. C’est le début d’un binz d’enfer dans la paisible principauté du Bürgenzell. Du jamais vu, puisque de grosses coupures volent dans l’air limpide.
Blanchisseurs d’argent sale, criminels en col blanc et simples malfrats se lancent aux trousses de Palmer. Le malheureux gaffeur se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique très confortable où les traders disjonctés se livrent à de furieuses parties de Monopoly. Le mariage princier dont tout le Bürgenzell se réjouit est annulé, le krach est inévitable. Bravo Jack Palmer?!
Avec son imper trop large «son gros blair et son galure à la con», ce brouillon de Philip Marlow n’a pas son pareil pour tirer le fil qui va détricoter tout le lainage – en l’occurrence rien de moins que l’économie mondiale.
Au sommet de sa verve et sous l’égide de Yodlee II, «libérateur de la finance», Pétillon emmène le détective inadapté dans Enquête au Paradis, une satire de mœurs plus désopilante encore que l’Enquête corse ou L’affaire du voile. Son graphisme, d’une efficacité sidérante, lui permet de railler aussi bien les convulsions de la globalisation que les travers d’une ribambelle de personnages hauts en couleur: grands bourgeois catholiques, avocats véreux, femme vénale, journalistes people, amateurs de gugelhupf, le gâteau national, ils sont tous d’une invraisemblable justesse et d’une irrésistible candeur.