Immenses baies vitrées à l’avant et à l’arrière de la maison, trois portes d’entrée en verre qui donnent toutes sur une salle de séjour de 16 mètres de long, plafond qui culmine à 7 mètres, la maison que Clarisse Michod et Guy Vorlet ont aménagée – en y travaillant d’innombrables heures – est une ancienne écurie et une grange à foin située au cœur du village de Mézery, au-dessus d’Yverdon, à 35 minutes de Lausanne. L’endroit a de quoi faire rêver beaucoup de citadins coincés dans quelques dizaines de mètres carrés. Ici, l’espace ne manque pas: cette maîtresse d’enseignement professionnel – ancienne libraire – et ce dessinateur architecte n’ont pas moins de 500 mètres carrés à disposition. Avec eux vivent Théophile, 13 ans, Justin, 10 ans, Augustine, 8 ans, les enfants de Clarisse Michod. Les filles de Guy Vorlet, Lara, 10 ans, et Inès, 8 ans, passent un weekend sur deux, un soir toutes les deux semaines et la moitié des vacances chez leur père. L’originalité de l’endroit? Deux escaliers différents, qui partent de la vaste sphère commune – où pousse même un arbre – et mènent dans les espaces respectifs des deux fratries, soit les chambres et la salle de bains des enfants de Clarisse et, de l’autre côté, les deux chambres et la salle de bains des filles de Guy ainsi qu’une pièce prévue pour une jeune fille au pair. Partant de ces deux endroits, deux étroits escaliers en sapin mènent à l’espace des parents, une immense pièce sous le toit.
Tu m’invites? Avant de se lancer dans l’aventure il y a deux ans, le couple – qui s’est marié depuis – a voulu vivre une phase test. Guy se souvient: «Nous avons tous emménagé dans un duplex à Mauborget. C’est là que nous nous sommes rendu compte que pour une famille recomposée, il est très important d’avoir un espace de retrait pour les deux tribus différentes, sinon, nous risquions de nous marcher dessus...» Clarisse complète: «Les enfants et moi sommes plus nombreux, parlons plus et sommes plus envahissants. Si l’endroit est toujours occupé par les personnes qui y vivent en permanence, cela ne va pas pour les enfants qui y viennent moins souvent. Avec cette solution, Lara et Inès ont un vrai chez elles et nous un vrai chez nous. De plus, Guy et moi avons un besoin viscéral d’indépendance.» La pétillante mère de famille explique en rigolant leurs deux modes de vie: plus nocturne pour Guy, capable de se préparer un gratin à quatre heures du matin, et son horaire plus conventionnel d’enseignante.
Dans les faits, les cinq enfants adorent passer du temps les uns chez les autres. Il n’est pas rare qu’ils déménagent leur matelas pour dormir tous dans une même chambre, sauf s’il y a école le lendemain précise le règlement. Ce dernier est également très clair sur un autre point: Théophile, Justin et Augustine doivent toujours demander à Lara et Inès s’ils peuvent venir chez elles et viceversa bien entendu. Lara raconte: «Si Augustine m’embête ou si je veux ma paix, je vais dans notre espace à ma sœur et à moi.» Il est également clair que chaque famille nettoie son espace particulier.
Docteur en psychologie et cheffe de service de la consultation de couple à Profa Lausanne, Denise Medico voit d’un bon oeil les aménagements de ce type. «Ce genre de construction exprime tout à fait le fait que l’espace physique a quelque chose à voir avec l’espace psychique. Si tout le monde pouvait faire cela, une grande partie de nos problèmes seraient résolus... Aujourd’hui, la fonction sociale et matérielle de nos appartements n’est plus adaptée aux changements de relations. On construit toujours pour la famille nucléaire stable des années 50...»
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