Dans l’excellent supplément qu’il consacre à ceux qui «écrivent le futur», le Courrier International se demande si la science-fiction est un art dépassé par les avancées de la science. Certes, la théorie des supercordes est plus vertigineuse que les machines volantes de Jules Verne, les micro-organismes survivant à des conditions extrêmes sont plus étonnants que les Martiens verts des pulps. Et nul écrivain n’a fumé assez de moquette pour imaginer le croisement d’une souris, d’une algue et d’un cyborg réalisé il y a trois ans à Stanford.
ENTERRER LA SCIENCE-FICTION EST AUSSI VAIN QUE FERMER LE BUREAU DES INVENTIONS
Mais enterrer la science-fiction est aussi vain que fermer le bureau des inventions au prétexte qu’il n’y aurait plus rien à inventer. Non seulement les souris génétiquement modifiées iront forcément grignoter le fromage d’un auteur, mais la science-fiction se nourrit aussi de sociologie, de politique, de métaphysique…
Certes, l’avènement du futur se fait de plus en plus rapide. En 1985, nul n’aurait jamais pensé qu’un jour à Locarno, où le cinéma de fiction montre d’inquiétants signes de faiblesse, les gens auraient les yeux rivés à l’écran de leur iPhone plutôt que levés vers les filles qui passent. On n’aurait pas non plus imaginé qu’à Moscou, la place Rouge ne serait plus blanche mais noire de scories. Que la Méditerranée déborderait de méduses et le golfe de Floride s’engluerait dans le pétrole. Entre science, fiction et réalité, en fin de compte la réalité l’emporte toujours – pour le pire.
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