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Edito
Épuration linguistique

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 09.11.2011 à 11:34

On adore se raconter l’histoire d’une Suisse multiculturelle, où quatre langues coexistent harmonieusement. Et comment ce petit miracle se perpétue-t-il? Grâce à quelques institutions clés qui assureraient la cohésion nationale. Pour le citoyen-soldat, c’est l’armée, qui permet aux conscrits de découvrir jusqu’aux moindres recoins du pays. Avec dans les états-majors et l’administration militaire un mélange idéal d’Alémaniques, de Romands, de Tessinois et de Romanches.

On savait que la réalité était très différente de la légende. Mais à ce point: les chiffres que nous avons, après moult demandes, obtenus de l’Office fédéral du personnel, sont renversants. Il n’y a pas le moindre Romand ni Tessinois dans les officines les plus importantes du département de la Défense, soit au secrétariat général et à Armasuisse. Et la situation n’est pas beaucoup plus brillante dans d’autres ministères.

En 2009, nous avions publié une première enquête titrée Administration fédérale interdite aux Latins. Elle portait sur les 70 postes clés de l’ensemble des sept départements du gouvernement et révélait déjà l’étendue des dégâts. On nous avait assuré alors que, aux échelons inférieurs de la hiérarchie, la répartition était beaucoup moins inégale. Les données officielles que nous publions aujourd’hui montrent le contraire (lire l’article de Michel Guillaume en page 24).

Le cas de l’administration militaire est particulièrement alarmant, car il révèle une volonté à peine voilée de n’engager que des Alémaniques. Cette tendance s’est encore renforcée avec l’arrivée, à la tête du département, d’Ueli Maurer.

Non seulement le conseiller fédéral UDC a privilégié les membres et les sympathisants de son parti, mais il a poursuivi une politique conséquente d’épuration linguistique. Désormais, on pense la stratégie de défense de la Suisse exclusivement en allemand (ou plutôt en suisse allemand).

Détail anecdotique mais révélateur: si les rapports et les documents du département ne sont pratiquement plus traduits, les épaulettes de la tenue de sortie des soldats portent, elles, la mention «armée suisse». La preuve, s’il en fallait une, que le français n’existe encore que comme langue alibi.

Pourquoi cette alémanisation caricaturale de l’administration militaire et, dans une moindre mesure, du Département des finances et de celui des Transports?

Principalement parce que les dirigeants politiques, comme certains managers des entreprises privées d’ailleurs, pensent qu’un groupe fonctionne mieux quand ses membres ont une origine commune et parlent la même langue. Parce que, à leurs yeux, la monoculture des équipes est un gage d’efficacité et permet d’éliminer les pertes de temps inutiles. Aberrant!

Ce mépris des questions de diversité n’est pas seulement en contradiction avec le modèle multiculturel helvétique dont on se gargarise volontiers. Il est aussi contraire à la loi. Surtout: face à des problèmes complexes, qui exigent d’être débattus et considérés sous plusieurs angles, cette dérive est appauvrissante et contre-productive. Voire dangereuse. Et pas seulement quand il s’agit d’armée et de sécurité.


Nouveau rédacteur en chef adjoint à L'Hebdo

Le 1er novembre, Christophe Passer a rejoint la rédaction en chef de notre magazine où il occupe le poste d’adjoint, de pair avec Chantal Tauxe. Ancien du Nouveau Quotidien et de Dimanche.ch, il a dirigé L’illustré pendant six ans avant de revenir à L’Hebdo, au début de 2010. Découvrez sa nouvelle chronique bimensuelle en page 61.




Tags: administration fédérale, romands,

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Réaction de njPcOmNfBqarhs
le 10.12.2011 à 05:23
All of my questions stteled-thanks!
Réaction de C. Algor
le 13.11.2011 à 15:22
Pourquoi les journalistes Romands s'obstinent-ils à confondre la Suisse italienne...
 



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