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Hommage
Erhard Loretan : Entre cimes et abîme

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 04.05.2011 à 13:20

L’alpiniste fribourgeois décédé le 28 avril et enterré à Bulle mardi laisse l’image d’un surdoué de la montagne dont la vie avait basculé à la mort de son fils en 2001.

Lorsqu’il sort du Tribunal pénal de la Gruyère à Bulle ce 12 février 2003, Erhard Loretan a les yeux baissés, les épaules affaissées, le visage gris. Les photos prises à ce moment sont floues, comme si son âme s’était retirée de sa carcasse. Soudain, il a l’air incroyablement fragile. Impossible de reconnaître le danseur du toit du monde, le dompteur de 8000 mètres, le roc fribourgeois.

L’hiver précédent, un soir où il était seul à la maison, une épaule douloureuse, inquiet d’être sans nouvelles de sa compagne partie en montagne, il avait secoué trop fort son bébé de 7 mois. Il avait pleuré devant les juges qui le condamnaient à quatre mois de prison avec sursis, et rien ne serait plus jamais comme avant. Le contraste était sidérant.

Lui, l’homme aux nerfs d’acier qui ne tremble pas devant la tempête mais guide les autres, avait perdu tout contrôle devant les pleurs d’un bébé. Comme si la détresse bruyante, agaçante et désarmante d’un nouveau-né était plus difficile à gérer qu’une tempête au cœur de l’Himalaya.

A 15 ans, il avait escaladé tous les classiques des Alpes. Après Messner et Kukuczka, il était le troisième alpiniste à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8000 mètres du monde. L’Everest, il l’avait avalé en 43 heures par la face nord. «Cet Everest-là, ça vaut dix 8000. Loretan est un génie», avait dit le grand Reinhold Messner.

Durant l’hiver 1986, avec André Georges, il avait enchaîné en 18 jours la «couronne impériale» autour de Zermatt, soit 41 sommets dont 33 de plus de 4000 mètres. Il n’utilisait pas d’oxygène, pouvait rester trois jours sans manger. Par deux fois, pris dans une avalanche puis tombé en parapente, il avait failli rester paralysé.

Mais des pleurs avaient eu raison du surhomme. Il n’avait pas su. Celui qui avait déclaré, à propos de l’abandon de son père qui avait quitté la maison familiale en 1966, «sans ce départ, je n’en serais peut-être pas là», avait tué son fils.

J’ai cru un temps qu’il serait notre Bertrand Cantat. Qu’il ne serait plus jamais autre chose que cet homme tremblant qui rase les murs en sortant d’un tribunal, libre mais détruit. Que derrière le meurtrier, on ne saurait plus voir l’alpiniste.

Je l’ai cru longtemps. Combien de femmes commencent encore leurs phrases, en parlant de lui, par «celui qui a tué son bébé». Mais si son territoire était à ciel ouvert, il était discret. Personne pour l’applaudir ou le siffler à son entrée en scène. Les chocards, la neige, ont regardé passer en silence l’homme alourdi de chagrin. Lui s’était retiré, avait laissé le téléphone sonner dans le vide.

Sans doute saura-t-on un jour ce qui a tué Loretan, le jour de ses 52 ans. Lequel, de lui ou de sa cliente, avec qui il terminait d’escalader le Grünhorn, un sommet banal du Haut-Valais, a entraîné l’autre dans la chute. Qu’importe. Il a toujours été pressé d’arriver.





Tags: Erhard Loretan,

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Réaction de Kemar
le 21.07.2011 à 11:00
Cet article réducteur ne présente aucun intérêt. A quoi bon...
 



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