«En Europe, il est prévu que le nombre de personnes retraitées double d’ici à 2060 par rapport au nombre de personnes qui financent leurs retraites: la situation actuelle n’est tout simplement pas viable»: déclaration choc de László Andor, commissaire européen à l’emploi, lors du lancement le 7 juillet de la vaste consultation en cours au sein de l’Union européenne sur la façon de garantir des retraites adéquates aux citoyens des Vingt-Sept.
Cette initiative commune de trois commissaires – László Andor, Michel Barnier, en charge du marché intérieur et des services, et Olli Rehn, responsable des affaires économiques et monétaires – prend la forme d’un Livre Vert. Elle devrait s’achever le 15 novembre.
L’EFAMA (European Fund and Asset Management Association) – association faîtière des gestionnaires européens de fonds de placement et d’investissement, qui compte des membres suisses – propose la création de plans de retraite types certifiés, les OCERP (Officially Certified European Retirement Plans), pour favoriser l’épargne de long terme destinée à financer les futures rentes de vieillesse (voir nos pages finance du 1er avril).
Une idée soutenue par Carmignac Gestion qui vient de financer une étude du cabinet Debory comparant des produits d’épargne retraite existant dans six pays européens et aux Etats-Unis.
Les auteurs plaident pour une harmonisation de ces produits, l’instauration d’un label communautaire et une architecture ouverte lais sant libre cours à la concurrence entre prestataires de services financiers.
Pourquoi êtes-vous favorable à la création d’un plan de retraite européen labellisé?
Nous soutenons cette idée de l’EFAMA parce que l’Union européenne prône la libre circulation des biens et des personnes. Or, dans la réalité, les employés qui passent d’un pays à l’autre au cours de leur vie professionnelle vivent un véritable cauchemar à l’heure de la reconstitution de carrière, préalable au calcul de la pension.
La mobilité est mal prise en compte par les différents systèmes de retraites de l’Union européenne. Il existe pourtant nombre de troisièmes piliers qui se ressemblent. Pourquoi ne pas concevoir un plan d’épargne retraite individuel, labellisé par la Commission européenne, qui suivrait le salarié de pays en pays?
Un label plan de retraite comparable à UCITS pour les fonds de placement?
La norme UCITS est effectivement devenue un label de qualité largement reconnu - au sein de l’Union européenne et au-delà - pour les organismes de placement collectifs de valeurs mobilières.
La Commission, qui semble ouverte à cette idée, pourrait concevoir une norme applicable à un plan d’épargne retraite individuel portable d’un pays à l’autre et d’un organisme de placement à l’autre.
La fiscalité joue, dans chaque pays, un rôle important pour l’incitation à l’épargne retraite. N’est-il pas utopique d’imaginer une harmonisation?
La norme UCITS s’est imposée sans harmonisation fiscale. Le fait que des produits de placement respectant la même norme simple soient proposés permet toutefois plus facilement aux investisseurs de comparer leur rendement net.
N’est-ce pas le pire moment pour inciter à l’épargne en actions en Europe?
Le rendement des produits de placement est, certes, globalement dépendant de la croissance économique; qui pourrait être plus faible dans les pays avancés du fait du vieillissement des populations.
Il convient donc, comme nous le faisons, de s’intéresser aux pays émergents. Avec un historique de 20 ans, Carmignac Patrimoine affiche un rendement annuel de 10%.
N’est-il pas risqué de miser sur les pays émergents pour l’épargne retraite?
Tout dépend de l’âge de l’épargnant. Mais il faut être conscient que les produits à prestations garanties offrent actuellement un rendement très faible. Les régulations imposées aux compagnies d’assurance les amènent à détenir très peu d’actions. Reste à savoir si les obligations gouvernementales sont réellement sans risques...
Un OCERP ne contiendrait-il que des actions?
Pas du tout: tel qu’il est proposé par l’EFAMA, le produit OCERP laisse un large choix à l’épargnant dans la sélection des placements. Il pourrait choisir, dans ce cadre, un produit d’épargne retraite avec ou sans prestations garanties.
Profil
ÉRIC HELDERLÉ
Directeur général et administrateur de Carmignac Gestion, qu’il a créée en 1989 avec Edouard Carmignac. Président de Carmignac Gestion Luxembourg. MBA de l’Iowa State University.
A participé de 1984 à 1987 au développement du portefeuille de la compagnie d’assurance Trans Expansion. Dès 1987, en charge du développement de Pyramide Gestion, filiale de Hamant Carmignac.
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