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Exposition
L’ Est demeure toujours à l’est

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 06.07.2011 à 14:21

Le Centre d’art de Neuchâtel (CAN) présente quatre artistes venus des ex-pays de l’Est. Une belle rencontre.

Le Mur est tombé depuis plus de vingt ans, mais la notion d’ex-pays de l’Est s’impose encore quand on parle d’art et d’artistes. Sous le titre Les cadeaux du présent, le Centre d’art de Neuchâtel (CAN) interroge ce curieux paradoxe encore renforcé par le fait que la plupart de ces créateurs vivent depuis longtemps dans les pays de l’«ex-Ouest».

Nostalgie, exotisme, résidu de colonialisme, s’interrogent les commissaires de l’exposition? La réponse apportée par les vidéos de l’Albanais Anri Sala, du Lituanien Deimantas Narkevicius, du Croate David Maljkovic et de la Serbe Aleksandra Domanovic est plus complexe. 

Elle témoigne, chez ces créateurs, d’un réel besoin de reconstruire l’histoire tout en questionnant leur identité, et donc aussi leurs racines.

L’émotion, le désarroi, une certaine simplicité mêlés à une authenticité rare donnent à leurs travaux quelque chose d’éminemment séduisant. Sans trop savoir pourquoi, on reste littéralement scotché devant leurs films qui flirtent avec le documentaire, où il ne se passe parfois pas grand-chose, mais qui parlent d’essentiel.

Astuce de montage. Dans Once in the XX Century, Deimantas Narkevicius (né en 1964 à Utena) utilise les célèbres images d’archives du déboulonnage de la statue de Lénine à Vilnius. Son film montre les spectateurs aux visages réjouis, la statue qui vacille et plane comme pour mieux saluer la foule une dernière fois.

Peu à peu, on se rend compte toutefois que quelque chose cloche. Par une astuce de montage, l’auteur nous donne l’impression d’assister à la mise en place du monument, et non à sa destruction. Une façon économique et habile de mettre l’histoire en perspective.

David Maljkovic (né en 1973 à Rijeka) déplace cette problématique dans le futur. Fasciné par les vestiges architecturaux des temps utopistes, il transporte avec humour le spectateur en 2045 pour lui faire visiter une mystérieuse construction digne de la pure science-fiction. I

l s’agit d’un mémorial pour les victimes de la Seconde Guerre mondiale érigé par le gouvernement yougoslave dans les années 70, une rareté dans le monde communiste où l’abstraction n’avait plus droit de cité, sauf justement en Yougoslavie.

D’un point de vue encore différent, Aleksandra Domanovic (née en 1981 à Novi Sad) aborde, elle aussi, le thème du monument. Avec Turbo sculpture, elle documente une nouvelle tendance en vogue aujourd’hui dans les Balkans et qui consiste à ériger des statues aux héros hollywoodiens, Bruce Lee, Samantha Fox, Sylvester Stallone en Rocky ou Johnny Weissmuller en Tarzan.

Une réponse kitsch, apolitique et donc non problématique aux besoins d’admiration et de héros laissés sans objet après la chute du communisme.

Dans Intervista, l’excellent Anri Sala (né en 1974 à Tirana) confronte, lui, histoire familiale et grande histoire. Réalisé en 1998, son court métrage est construit comme une véritable enquête. L’artiste découvre dans les archives familiales un film 16 mm contenant des images d’un congrès du Parti communiste albanais.

On y voit notamment une jeune femme, sa mère, donnant une interview. Que dit-elle? Impossible de le savoir, la bande-son a été perdue et l’intéressée ne s’en souvient plus.

Obsédé par le besoin de savoir, Anri Sala interroge d’anciens leaders du parti (qui ont été emprisonnés ensuite par Enver Hoxha), retrouve le preneur de son, et finit par s’adresser à des spécialistes de la lecture labiale pour enfin découvrir le contenu de ses propos.

Cette révélation débouche sur une confrontation à la fois émouvante et douloureuse entre la mère et son fils qui peine à comprendre ses idéaux d’autrefois.

Construite comme un labyrinthe privilégiant le face-à-face avec les œuvres, l’exposition Cadeaux du présent tient ses promesses et donne des envies de voyages. On ne peut souhaiter plus riche rencontre en période estivale.

Neuchâtel. Centre d’art de Neuchâtel (CAN). Jusqu’au 24 juillet, me-di 14-18 h (je 20 h).





Tags: Centre d'art de Neuchâtel, CAN,

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