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Esther Waeber-Kalbermatten: «Je veux être la première femme au Conseil d’État»

Par Titus Plattner - Mis en ligne le 05.02.2009 à 06:00

Valais. Le soir du 1er mars, la socialiste devrait se trouver en ballottage favorable: la voie royale vers l’élection d’une femme au Gouvernement valaisan. Enfin.

Expérimentée, Esther Waeber-Kalbermatten l’est incontestablement. Davantage, même, que la plupart des autres candidats au Gouvernement valaisan: seize ans au Parlement cantonal, douze à l’exécutif de la Ville de Brigue et, à côté de cela, patronne de sa propre pharmacie. Si bien que, aujourd’hui, s’est dessiné un large consensus autour de la candidate socialiste. Il s’étend de la gauche élargie aux radicaux, en passant par le tout-puissant PDC du Valais romand. Seuls les chrétiens-sociaux et l’UDC cherchent à lui barrer la route.
En 1999 déjà, lorsqu’il avait fallu trouver un successeur au démissionnaire Peter Bodenmann, le comité du Parti socialiste valaisan s’était tourné vers Esther Waeber-Kalbermatten. Mais, à l’époque, elle avait refusé, ouvrant la voie à Thomas Burgener, qui s’apprête à quitter le gouvernement. Dernier canton à ne jamais avoir compté de femmes à l’exécutif, le Valais aura patienté dix ans.

Pourquoi avoir attendu dix ans avant de vous présenter au Conseil d’Etat?

Mon refus de l’époque avait de multiples raisons: familiales d’abord, puisque deux de mes fils n’étaient pas encore adultes; professionnelles ensuite, parce que je n’avais ouvert ma pharmacie que depuis peu; politiques enfin, car j’estimais ne pas être assez expérimentée pour assumer la charge. Aujourd’hui, je suis prête.
 
Votre élection semble entendue. Vos adversaires vous soutiennent en coulisses: comment pouvez-vous ne pas être élue?

Attendons de voir les résultats du premier tour, le 1er mars. Pour l’instant, je me concentre sur la campagne en argumentant sur des faits. J’essaie d’avancer des solutions pour le Valais dans son ensemble, au-delà des intérêts particuliers. Les stratégies politiques et le jeu des alliances, je les laisse aux états-majors des partis. Mais oui, bien sûr, j’ai l’ambition d’être élue, et donc de devenir la première femme au gouvernement.

Est-ce si important que cela, la sensibilité féminine en politique?
Pour moi, les idées priment. Et le siège socialiste doit être conservé. Cela dit, je crois effectivement que les femmes font les choses un peu différemment, notamment parce que beaucoup d’entre nous avons dû mener vies familiale et professionnelle de front. Du coup, les politiciennes sont plus sensibles à certaines thématiques et ont un regard un peu plus ouvert et conciliant que les hommes.

Avez-vous des soutiens de politiciennes au-delà de votre camp?

La démocrate-chrétienne Marie-Françoise Perruchoud-Massy (écartée par les siens, ndlr) m’a donné son soutien officiel. Et il est prévu que l’écologiste Marylène Volpi, avec qui je fais campagne dans le Bas-Valais, me soutienne au 2e tour. D’autres, encore, affichent leur soutien de façon plus discrète, notamment à travers le réseau Solidarité femmes.
 
Vous visez un siège au gouvernement, mais le PS haut-valaisan ne compte que quatre députés sur 130...

La répartition actuelle, avec trois PDC, un siège radical et un siège socialiste, a fait ses preuve depuis douze ans. C’est une sorte de formule magique à la valaisanne. Certes, le PS haut valaisan est petit, mais, au Grand Conseil, la gauche compte 21 députés, ce qui lui donne le droit à un siège.
 
L’UDC revendique aussi un siège. Elle a réalisé presque 17% aux élections fédérales.

Certes, mais, lors des municipales, l’UDC n’a même pas atteint le quorum – 8% seulement –, dans les villes de Sion, Sierre, Martigny et Monthey. En plus, un gouvernement 100% bourgeois ne corres-pondrait pas au Valais d’aujourd’hui.
 
En tant que Haut-Valaisanne, redoutez-vous l’éclatement du canton?

Le Valais n’est pas prêt de se scinder en deux. Nous ne parlons pas la même langue, mais je ne crois pas que les différences entre le haut et le reste du canton soient si grandes. Les problèmes d’une vallée latérale, comme le district d’Entremont, ressemblent à ceux du Löt-schental par exemple. Une ville industrielle comme Viège a des points communs avec Monthey. Et une famille monoparentale rencontre des problèmes similaires, qu’elle soit de Martigny ou de Brigue.
 
Vous venez d’entamer votre quatrième législature à l’exécutif de Brigue. Quels y ont été vos impulsions?

Chaque quatre ans, j’ai dirigé un département différent. J’ai commencé à la santé et au social, où j’ai traité beaucoup de questions juridiques, notamment en professionalisant la Chambre pupilliaire; j’ai ensuite réorganisé toute la gestion de l’immobilier de la Ville, en formant une seule équipe avec des gens qui travaillaient chacun dans leur coin; enfin, j’ai repris le Département de l’énergie, où j’ai mis en place un important plan directeur pour des économies d’énergie et la promotion d’énergies durables.
 
Presque tous les candidats parlent d’énergies durables. Qu’est-ce qui vous distingue?

Moi, j’avance du concret. Avec la commune voisine de Naters, nous avons prévu de diminuer la consommation des énergies fossiles pour les bâtiments de plus d’un tiers d’ici à 2035. C’est très ambitieux, mais réalisable.
 
Comment?

Notamment en installant un réseau de pompes à chaleur sous les routes de tous les quartiers, où chacun pourra se brancher. Nous voulons aussi utiliser l’énergie géothermique, car nous avons la chance d’être dans une zone où c’est possible. Nous réfléchissons actuellement à la forme que devrait prendre la société qui gérera le tout: publique, privée ou mixte. Ce type de réflexion peut aussi être mené dans les autres villes valaisannes.
 
Si vous reprenez le département de Thomas Burgener, vous aurez aussi la santé et le social. Qu’y ferez-vous de différent?

Avec la mise en réseau des six hôpitaux du canton, les grandes réformes sont tombées. Le défi de celui qui reprendra ce département sera de forger une culture commune avec des équipes qui, longtemps, travaillaient les unes contre les autres. Je tiens toutefois à souligner qu’il n’est pas écrit à l’avance que je reprendrai ce département si je suis élue. J’étais six ans à la Commission des finances du Grand Conseil et je me sens aussi très à l’aise dans les constructions.
 
Vraiment?

J’ai commencé à m’engager en politique en me battant contre le tracé de l’autoroute A9. C’était en 1979: le projet était de le faire passer au nord de la vallée, à flanc de coteau, sur d’immenses piles de béton. Une catastrophe! Le tracé qui sera finalement réalisé passe par le sud et est à un tiers dans des tunnels. Et puis, à Brigue, j’ai aussi eu à gérer des chantiers publics.
 
Quelle sera votre priorité si vous êtes élue?

Dans la situation actuelle, la question économique est évidemment la plus importante. De grandes entreprises comme Ciba ou Alcan ont recours au chômage partiel. Les pronostics conjoncturels sont inquiétants. Il faudra mettre rapidement en place un plan de relance. Mais plutôt que chacun prenne des mesures dans son coin, la nouvelle équipe au Conseil d’Etat devra coordonner les décisions de chaque département, pour former un paquet cohérent.





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