Los Angeles, octobre 1975. David Bowie a 28 ans et ne pèse que 46 kilos. Accro à la cocaïne, un brin parano, il se nourrit uniquement de poivrons et de lait. Et conserve ses urines dans son frigo, afin d’éviter qu’elles tombent entre de mauvaises mains. C’est pourtant durant cet automne que l’Anglais va enregistrer l’un de ses albums les plus importants.
«Station to Station? Je sais que c’était à Los Angeles, mais seulement parce que je l’ai lu après coup...», lâchera-t-il plusieurs années après, lucide sur le brouillard qui entoure cet enregistrement. Et qui explique peut-être la transformation musicale et théâtrale qui va s’opérer.
Révolutions. Alors qu’il vient de terminer le tournage de L’homme qui venait d’ailleurs, Bowie se glisse dans le costume d’un nouveau personnage: le Thin White Duke (littéralement le duc blanc maigre), chemise immaculée, gilet cintré, le cheveu court, blond et lissé. Après Ziggy Stardust, Aladdin Sane et Halloween Jack, ce sera le dernier alter ego du musicien. Et celui de toutes les révolutions.
Musicalement, Station to Station reprend les ingrédients soul et funk de son prédécesseur, Young Americans, sorti une année plus tôt. Mais y injecte une sophistication nouvelle, glacée et synthétique, inspirée par la scène krautrock allemande de l’époque, de Neu! à Kraftwerk.
Denses, tournées vers la modernité, les six chansons qui composent l’album esquissent les contours d’un univers futuriste, du labyrinthique Station to Station à une reprise poignante de Wild is the Wind, standard popularisé par Nina Simone.
Glam-rock. Réédité cet automne, Station to Station n’a rien perdu de sa modernité. Et s’enrichit d’un double album live, enregistré au Nassau Coliseum de New York en 1976. Un témoignage vibrant et fascinant de la superbe du Thin White Duke, slalomant à travers son répertoire, des grandes heures du glam-rock (Suffragette City, Five Years) aux effluves du Velvet Underground (Waiting for the Man), soutenu par un groupe au swing électrique.
En équilibre entre les genres et les époques, à la manière d’un funambule alchimiste, David Bowie écrit l’avenir. Et fuira ensuite LA – un «putain d’endroit qui devrait être rayé de la surface du globe» – pour Berlin, où il enregistrera avec Brian Eno la trilogie légendaire Low-Lodger-Heroes, préfigurant la new-wave triomphante des années 80.
Station to Station. EMI.
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