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Et Dieu dans tout ça?

Mis en ligne le 20.03.2003 à 00:00

n Dieu a bon dos: Bush et Saddam abusent de son nom pour frapper. n Isolé lors de la guerre du Golfe, le pape est le leader de millions de pacifistes. n Que reste-t-il de sacré quand les textes sont mis au service de la barbarie?

L'Hebdo; 2003-03-20

Guerre à l'Irak Et Dieu dans tout ça?

n Dieu a bon dos: Bush et Saddam abusent de son nom pour frapper.

n Isolé lors de la guerre du Golfe, le pape est le leader de millions de pacifistes.

n Que reste-t-il de sacré quand les textes sont mis au service de la barbarie?

Enquête: Nicolas Henin à Bagdad, Maria-Pia Mascaro à New York, Béatrice Guelpa, Béatrice Schaad et Pierre-André Stauffer

Dieu est un alibi en or. Un cadeau du ciel, un bâton de pèlerin sur lequel s'appuient sans discontinuer Saddam Hussein comme George Bush depuis le début des hostilités. «Dieu est ce grand vide dans lequel tout peut exister», disait Albert Camus, les deux chefs de guerre semblent l'avoir bien compris qui manient «God» et «Allah» comme une sainte justification de la violence. Un blanc-seing qui autoriserait toutes les boucheries.

Aux Etats-Unis, pas un discours où Bush le Jeune ne puise abondamment dans la terminologie biblique. Au point d'inquiéter de nombreux théologiens chrétiens - catholiques et protestants confondus - et jusqu'à la hiérarchie de sa propre dénomination, l'Eglise méthodiste unifiée, par le ton de plus en plus messianique adopté lorsqu'il évoque la guerre contre l'Irak. Dans son dernier discours sur l'état de l'Union en janvier, le président affirmait que «la liberté que nous célébrons n'est pas un cadeau de l'Amérique au monde, mais un cadeau de Dieu à l'Humanité». Quelques semaines plus tard, devant des représentants de télé et radiodiffuseurs religieux (plus de 200 chaînes télé et 1500 radios religieuses dans le pays) il exhortait à «accueillir la foi pour aider à résoudre les problèmes les plus sérieux de la Nation». Le commandant en chef se serait-il mué en prêcheur en chef?

Il ne serait pas le seul: mardi 4 mars dernier, à l'occasion du Nouvel An du calendrier de l'Hégire, Saddam Hussein adresse ses voeux télévisés à ses compatriotes. Le discours, enflammé, triomphaliste, est plus religieux que jamais. «Vous serez victorieux grâce à votre foi, et parce que vous êtes justes face aux menteurs, vertueux face au vice, honnêtes face aux traîtres et combattants du djihad face aux mercenaires et aux agresseurs! Grâce à Dieu, les croyants seront victorieux contre le despote.» Depuis que George Bush a lancé sa guerre contre le terrorisme, Saddam Hussein reprend à son compte la même dialectique du bien et du mal, avec force recours aux références religieuses. Son «axe du mal», ce sont les Etats-Unis et Israël, accusés de semer la terreur et d'opprimer la planète. «Saddam Hussein conclut tous ses discours d'un "Allah Akhbar" (Allah est le plus grand) comme George Bush finit les siens d'un «God bless America» (Dieu bénisse l'Amérique)», constate, amusé, un chrétien de Bagdad.

Bush le converti

Aux Etats-Unis, la foi du président, que personne ne semble mettre en doute, avait certes déjà fait couler passablement d'encre durant la campagne présidentielle en 2000. A un journaliste qui lui demandait qui était son philosophe préféré, George Bush avait répondu simplement: «Jésus-Christ parce qu'il a changé mon coeur.» Et puis, il aimait à répéter à l'envi l'histoire de sa rédemption personnelle. Ce buveur impénitent aurait renoncé à jamais à la bouteille après sa rencontre avec le Christ grâce à l'ami de toujours, Don Evans, aujourd'hui secrétaire au Commerce. Ensemble, ils participent en 1985 à un groupe d'études bibliques. De cette époque date la «renaissance» de Bush qui deviendra un «born again christian» comme ces millions d'Américains avant lui qui ont redécouvert le Christ. Bush rejoint alors l'Eglise méthodiste unifiée dont sa femme Laura est membre. En 1987, il se porte volontaire pour entretenir les relations avec les leaders religieux pendant la campagne présidentielle de son père George Bush. Période prolifique pendant laquelle il sait créer des liens précieux et surtout comprendre les requêtes de ces chrétiens fondamentalistes qui l'éliront d'abord gouverneur du Texas et qui le soutiendront ensuite dans sa course à la présidence.

De Dieu, il est moins question durant les premiers mois de son règne, même s'il n'oublie pas la dette qu'il doit aux chrétiens conservateurs qui ont serré les rangs derrière lui pendant la campagne. En signe de remerciement, il nomme John Ashcroft, un fondamentaliste, à la tête du Département de la justice et se met à promouvoir les idées conservatrices comme l'abstinence sexuelle avant le mariage, la limitation du droit à l'avortement et le financement fédéral des oeuvres caritatives religieuses.

Le 11 Septembre marque un tournant. Si Bush prend soin d'éviter le malheureux et explosif terme de «croisade» lancé immédiatement après les attentats et aussitôt retiré suite au tollé provoqué, il place néanmoins son combat contre le terrorisme et ensuite son bras de fer contre l'Irak dans un contexte de lutte entre le bien et le mal. Une terminologie manichéenne qui situe la problématique hors du discours politique et rend pendant plusieurs mois presque impossible toute opposition aux Etats-Unis.

Les mosquées de Saddam

En Irak, religion et politique vont suivre une évolution tout aussi fusionnelle. A l'origine, le parti Baas au pouvoir dans le pays est laïque et socialiste. La protection de toutes les convictions religieuses est garantie par la Constitution. Avec son voisin syrien, l'Irak est peut-être le seul Etat arabe à afficher sa laïcité. Mais celle-ci est battue en brèche depuis plus de dix ans. Au plus fort de la crise du Golfe, dans les mois qui ont suivi l'invasion du Koweït, le discours officiel irakien avait amorcé un fort tournant vers l'islam, dont la manifestation la plus marquante avait été le changement du drapeau national. Entre les trois étoiles vertes qui symbolisent les trois termes de la devise du parti Baas (liberté, unité, socialisme), les mots «Allah Akhbar» ont été inscrits. «C'est l'accomplissement d'une logique totalitaire. Saddam incarne à la fois le pouvoir politique, la représentation de la société et l'échelon religieux», confirme un observateur étranger, très sceptique par ailleurs sur la sincérité des sentiments religieux du président irakien.

Ces dernières années, ce «virage vert» s'est encore accentué. Pour canaliser une grogne sociale motivée par une dégradation constante des conditions de vie malgré la mise en place en 1996 du programme «pétrole contre nourriture», Saddam Hussein a multiplié les concessions aux autorités religieuses. A commencer par des cadeaux somptueux: sur le terrain de l'ancien aéroport de Bagdad, sur la rive sud du Tigre, entre les immenses espaces du parc des expositions et le quartier résidentiel de Mansour, les deux «plus grandes mosquées du monde», selon les termes officiels, sont en cours de construction. La première, la Jamia ad-Dounia al-Kabira, est largement avancée. De gigantesques dômes de béton armé s'élancent dans le ciel. De la seconde, nommée en toute modestie «Jamia Saddam al-Kabira» (grande mosquée Saddam), on ne voit encore que des piliers entourés de grues qui sortent petit à petit de terre. Il ne se passe pas une année sans que soit inaugurée une grande mosquée, dont l'architecture mêle avec un goût incertain l'ancien et le moderne, les grandes arches de béton brut et les minarets recouverts de céramique turquoise. L'une d'elles abrite un musée dans lequel est exposé un exemplaire du coran écrit avec le sang de Saddam, sur un long rouleau de parchemin exposé dans des vitrines qui font le tour de la pièce.

Ce discours religieux et ces appels au djihad rencontrent un certain succès, surtout au dehors du pays. Des volontaires fanatisés ont ainsi afflué de tout le monde arabo-musulman dans le camp d'Azizia, au nord-est de la capitale irakienne, pour se préparer à mourir en martyrs dans la lutte contre l'infidèle. Pour la première fois, on voit apparaître des islamistes dans le pays. Peu habitués à ce genre d'excès religieux, les Irakiens les appellent des «wahhabites», du nom de cette secte de l'islam sunnite apparue en Arabie séoudite et dont Oussama Ben Laden est l'un des membres les plus connus. Face à ce redoublement de ferveur, les Irakiens tiennent un double langage. Qasem, un artiste peintre renommé, tient l'une des plus grandes galeries de peinture de Bagdad. Bien en chair, il se vante de préparer «le meilleur masgouf (carpe grillée) d'Irak». Il se souvient avec une profonde nostalgie de ce temps béni des années 1980, durant lesquelles les berges du Tigre, rue Abou Nawas, étaient bordées de bars où l'on buvait du whisky en regardant des danseuses du ventre. «Et même des strip-teases!», jure-t-il, l'oeil illuminé. Mais en novembre 2002, lors du dernier Ramadan, il a pour la première fois de sa vie scrupuleusement respecté le jeûne. «C'est bon pour ma santé», dit-il pour se justifier. Et Nadia, professeur de lycée quadragénaire, issue d'une famille moderne et intellectuelle, a décidé de porter le hijjab, le voile islamique, il y a trois ans. «Vous savez, quand votre pays est menacé, quand votre vie est difficile, il faut faire des efforts. Ici, nous sommes des musulmans. Il faut que nous nous comportions en musulmans.»

Aux Etats-Unis comme en Irak, les prêches de Bush et de Saddam ont fini par inquiéter d'abord les défenseurs de la stricte séparation entre l'Eglise et l'Etat, ensuite ceux qui ne partagent tout simplement pas la foi de leur chef et maître. Côté américain, cette dérive religieuse a créé un malaise au sein des différentes Eglises chrétiennes qui cherchent désormais à prendre leur distance d'avec ce président-prêcheur. L'Eglise catholique et le Conseil national des Eglises (qui regroupe 36 dénominations protestantes et orthodoxes et représente plus de 50 millions de fidèles) ont multiplié les appels contre une guerre en Irak. Un évêque de l'obédience de Bush est même apparu dans un spot télévisé déclarant que la guerre «violait la loi divine et les enseignements du Christ».

Les défenseurs de George Bush ne comprennent pas cet affolement et arguent que d'autres locataires de la Maison-Blanche ont invoqué avant lui Dieu dans leur discours. Les précédents ne manquent pas: de Jimmy Carter, un «born again» lui aussi, mais qui faisait de sa foi une affaire privée, à Bill Clinton, qui tenait tout comme George Bush mais à un rythme moins soutenu, des séances d'études bibliques à la Maison-Blanche. Les historiens peuvent remonter jusqu'à la constitution de l'Union et citer tour à tour des invocations du divin par Thomas Jefferson, Abraham Lincoln ou encore Thomas Woodrow Wilson. Rien d'étonnant dans un pays qui s'est construit sur le fondement de la liberté de croyance et de confession par des hommes et des femmes qui fuyaient les répressions religieuses en Europe. Aujourd'hui encore, les Etats-Unis sont le pays le plus religieux du monde occidental: 90% des Américains disent croire en Dieu et près de 50% d'entre eux vont à la messe une fois par semaine.

En Irak, l'inquiétude face à la montée du fondamentalisme est aussi palpable. La progression du sentiment islamique inquiète par exemple les chrétiens d'Irak. Minorité infime, dont la proportion dans la population approche les 2%, au fil d'un lent exode et à cause d'un dynamisme démographique défavorable, cette communauté ne cache plus son malaise. «Il y a un prosélytisme latent, déplore Amel, une chrétienne du quartier chic de Karada. L'autre jour, à la télévision, ils ont passé une émission sur les croisades qui devait être historique, c'était en fait un moyen de rappeler combien les croisés étaient cruels et comment ils cherchaient à détruire l'Islam.»

Peur des chrétiens irakiens

Autre inquiétude: «De plus en plus de chrétiens viennent me voir pour me confier leurs craintes de l'après-guerre, raconte un diplomate occidental en poste à Bagdad. Ils s'estiment malgré tout protégés par Saddam et redoutent de faire les frais d'une éventuelle guerre civile.» Le raïs irakien a toujours accordé une place de choix aux chrétiens. «Ce sont les seuls Irakiens qui ne peuvent pas lui en vouloir. Il n'a pas à les craindre: ce sont peut-être les seuls qui ne peuvent pas prétendre prendre sa place», juge un observateur. Saddam Hussein, tout obsédé qu'il est de sa sécurité personnelle, s'est donc entouré de chrétiens pour des postes de confiance. Son goûteur, qui teste tous les plats, son barbier, armé d'un redoutable coupe-chou, et son tailleur, un Arménien de talent qui plante des aiguilles dans ses ourlets, sont tous chrétiens.

En Irak, comme dans tous les pays musulmans, le clergé est aux ordres. Le ministère des Waqfs (biens religieux) lui est dédié et gère la vie religieuse. Les mosquées sont propriétés de l'Etat, payées par lui, et les imams sont de hauts fonctionnaires. Les prêches du vendredi ont d'ailleurs toujours relayé le discours très ferme des autorités politiques appelant à défendre l'islam contre l'assaut des «infidèles américains et des sionistes maléfiques». Mais des lignes de fracture commencent à apparaître, en particulier chez les chiites qui, bien que majoritaires dans le pays, sont écartés du pouvoir et quasiment interdits d'ascension sociale. Plusieurs éléments laissent entrevoir les signes avant-coureurs d'une guerre civile, que les Irakiens redoutent de plus en plus ouvertement. «Chez moi, j'ai une kalachnikov, et je ne m'en servirai pas contre les Américains», explique ce chiite, froidement, la mâchoire serrée et le ton déterminé. Un autre homme, sunnite, sort le pistolet automatique qu'il conserve dans la boîte à gants de sa voiture. «Ça, c'est pour quand les chiites déferleront à Bagdad pour tout piller», prévient-il.

«A défaut d'être métaphysique, le XXIe siècle sera-t-il le temps de nouvelles guerres de Religion à l'échelle planétaire?», demande Joseph Yacoub, auteur du passionnant ouvrage «Au nom de Dieu». Tuer parce que le ciel l'intime, le prétexte est connu. Protestants et catholiques en Irlande, musulmans et chrétiens en Indonésie, musulmans chrétiens et indous en Inde, chrétiens et bouddhistes en Asie... la liste est interminable. Comment le facteur religieux, trop souvent oublié influera-t-il sur l'avenir de l'Europe et du monde: c'est bien là la question qui semble aujourd'hui la plus urgente. Peut-on vraiment se contenter de croire comme Jorge Luis Borges que «l'avenir est inévitable, mais il peut ne pas avoir lieu. Dieu veille aux intervalles»? Cette semaine, il semble avoir eu un moment de distraction...

N. H., M.-P. M. et B. S.

Dieu le veut ! Appel lancé par le pape Urbain II en 1095 à Clermont lors de la première croisade.

GEORGE BUSH Même gestuelle, même regard, le président américain prend des allures christiques pour mieux légitimer ses violences.

SADDAM HUSSEIN Il fait mine d'être croyant mais rares sont ceux qui le croient sincère.

George Bush

Aucun président américain n'a autant utilisé la théologie et Dieu que George Bush. Le président, qui appartient à l'Eglise protestante méthodiste unifiée, croit avoir un mandat divin. Il emploie le même langage que les islamistes radicaux: sanctifie la cause et diabolise l'ennemi.

1985

«Le révérend Graham a semé dans mon coeur les graines de la foi... C'était le début d'un chemin qui doit me mener vers Jésus-Christ.»

A 40 ans, Bush découvre l'existence de Jésus lors d'un «entretien à coeur ouvert avec le révérend Billy Graham».

1999

«Je crois que Dieu veut que je devienne président, mais si cela n'arrive pas, c'est O.K.»

Réunion après sa réélection comme gouverneur du Texas.

21 janvier 2001

«Bénie soit la nation dont Dieu est le Seigneur!»

C'est avec ces mots qu'il entre à la Maison-Blanche. Son premier acte officiel est de proclamer par décret une journée nationale de prière pour placer son mandat sous le signe de la foi.

16 septembre 2001

«Le temps est maintenant venu de gagner de manière décisive la première guerre du XXIe siècle. (...) Cette croisade, cette guerre contre le terrorisme demandera du temps.»

Après la réunion d'un conseil de guerre à Camp David.

20 septembre 2001

«La liberté et la peur, la justice et la cruauté ont toujours été en guerre, et nous savons que Dieu n'est pas neutre.»

Discours au Congrès

1er juin 2002

«Nous sommes dans un conflit entre le bien et le mal et l'Amérique appellera le mal par son nom.»

Discours à West Point Commencement. Les références de Bush au bien et au mal, depuis le 11 Septembre, impliquent le clash biblique entre le Christ et Satan.

11 septembre 2002

«Et la lumière brillera dans l'obscurité. Et l'obscurité ne vaincra pas.»

Discours à l'occasion de l'anniversaire des attentats du 11 Septembre. Référence tirée du Livre de Jean à propos de l'arrivée du Christ.

29 janvier 2003

«La liberté que nous estimons n'est pas un cadeau de l'Amérique au monde, c'est un cadeau de Dieu à l'humanité.»

«Nous allons de l'avant en toute confiance parce que cet appel de l'histoire a été fait au bon pays. Puisse-t-Il nous aider maintenant.»

Dans son discours sur l'état de l'Union, Bush évoque un plan divin dicté par Dieu pour le pays et lui-même.

1991

Saddam Hussein fait ajouter la mention «Allah Akhbar» (Dieu est grand) sur le drapeau national.

20 janvier 1991

«Et le jour où ils mettront plus de temps à compter leurs morts, le jour où l'écho de la résistance des Irakiens sera entendu à l'autre bout de la terre, ce jour-là les malins seront défaits, et retentira alors le cri d'«Allah Akbar», pour célébrer la plus grande des victoires après la plus grande des batailles.»

Discours à la télévision.

1993

Lancement de la «Campagne pour le renforcement de la foi».

5 décembre 2002

«Nous ne devons pas oublier une chose importante: rendre hommage à notre peuple militant en Palestine et, surtout, à l'esprit de djihad des martyrs qui offrent leur vie pour défendre la nation et l'humanité.»

A l'occasion de l'Eid-el-Fitr, fête qui marque la fin du Ramadan. Depuis le déclenchement de la seconde Intifada, Saddam Hussein donne 20 000 dollars aux familles des kamikazes palestiniens.

7 décembre 2002

«Dans la mesure où les valets se réunissent sous la direction de l'étranger pour nuire à l'Irak, pourquoi les croyants et les combattants du Koweït ne se joignent-ils pas à leurs frères en Irak, sous la bannière de Dieu et non sous les ordres de Londres, de Washington ou de l'entité sioniste, pour (mener) le djihad contre les armées infidèles d'occupation, laver l'honneur de la nation arabe et (éliminer) le mal qui affecte le plus le peuple au Koweït ou en Irak?»

Saddam Hussein présente pour la première fois des excuses au peuple koweïtien pour l'invasion de son pays en 1990.

17 janvier 2003

«Un nouvel Irak est né. (...) Sa foi s'est accrue et approfondie après la Grande Confrontation de la nuit du 16 au 17 janvier 1991. (...)»

Discours de Saddam Hussein à l'occasion du 12e anniversaire de la bataille d'Um al-Maarik, la «Mère des batailles» du 17 janvier 1991.

4 mars 2003

«Vous serez victorieux grâce à votre foi et parce que vous êtes justes face aux menteurs, vertueux face au vice, honnêtes face aux traîtres, et combattants du djihad face aux mercenaires et aux agresseurs! (...)»

A l'occasion du Nouvel An musulman.

B. G. Saddam Hussein

Longtemps considéré à l'Ouest comme un dirigeant laïque - l'un des objectifs principaux de son parti Baas -, Saddam Hussein, qui n'a pas hésité à exterminer ses opposants chiites, se fait désormais comparer au prophète Mahomet. Depuis 1990, il instrumentalise la religion pour mieux contrôler la société.

Pour s'assurer le soutien des religieux, Saddam n'économise pas: nouvelles mosquées somptueuses à Bagdad et largesses diverses.

Il a des millions de croyants contre lui, mais Bush persiste: Dieu veut cette guerre.

Je suis envoyée par Dieu pour vous bouter hors de France... Jeanne d'Arc au duc de Bedford, le chef des Anglais,

avant sa tentative pour délivrer Orléans.

«Le pape ne s'est jamais autant impliqué»

Depuis le début de la crise irakienne, le Vatican multiplie

les initiatives pour dire son refus de la guerre.

Le père Pasquale Borgomeo, directeur de Radio Vatican n'en revient pas: «Jamais le pape ne s'était autant impliqué personnellement. C'est cela la vraie nouveauté.» Depuis début février, le Saint-Père a vu défiler dans sa bibliothèque tous les protagonistes de la guerre: Joschka Fischer le ministre des Affaires étrangères allemand, Tarek Aziz le vice- premier ministre irakien, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, Tony Blair, le premier ministre anglais, José María Aznar, le premier ministre espagnol ou encore Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien. Il a expédié ses cardinaux ou archevêques de Bagdad à Washington, et multiplié les discours pour condamner le concept de «guerre préventive», ou, comme le 5 mars, appeler les dirigeants du monde à «un examen de conscience» pour «éviter à l'humanité un autre conflit dramatique».

Une activité diplomatique intense, comparable aux efforts déployés lors de la crise des missiles à Cuba dans les années 60, entre les Etats-Unis et l'URSS. Le Pape Jean XXIII demandait alors à John Kennedy et Nikita Khrouchtchev d'écouter le message de paix du monde. Il avait été entendu. Ainsi naissait l'encylique Pacem in terris (Paix sur la terre), datée du 11 avril 1963, une adresse suppliante à «tous les hommes de bonne volonté» pour qu'ils construisent la paix dans le monde. Quarante ans plus tard, les initiatives de Jean-Paul II sont spectaculaires. Mais risquent de ne pas avoir le même succès.

Pourquoi une telle mobilisation du Vatican? D'abord parce que ce pape, qui a inauguré une nouvelle place de l'Eglise sur la scène mondiale - le Vatican entretient des relations diplomatiques avec deux fois plus de pays qu'en 1978 - ne s'est jamais départi de la ligne pacifiste. «Jean-Paul II a basé toute sa pastorale sur un travail de dialogue interreligieux et sur la paix. Il n'y a qu'à voir ses voyages, ses discours, la grande prière pour la paix à Assise en 1986, puis en 1993», note Mario Giro, de la communauté de Sant Egidio, à Rome. «J'appartiens à cette génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale et y a survécu. J'ai le devoir de dire à tous les jeunes, à tous ceux qui sont plus jeunes que moi qui n'ont pas cette expérience: jamais plus la guerre», rappelait-il dimanche 16 mars. Au Kosovo mais aussi durant la première guerre du Golfe en 1991, il s'est toujours prononcé contre une intervention militaire.

Ensuite parce que Jean-Paul II craint que le fossé entre l'islam et le christianisme ne se creuse encore davantage.

Enfin, parce que «nous sommes à un moment critique de l'histoire contemporaine, explique le père Pasquale Borgomeo. Nous assistons à la mise en place d'un nouvel ordre ou désordre mondial et il part du mauvais pied.»

Mais si le discours de l'Eglise est si virulent aujourd'hui, c'est surtout parce que les chrétiens supportent mal la récupération de Dieu par George Bush et tiennent à s'en distancier. Nicolas Betticher, porte-parole de Mgr Genoud, évêque du diocèse de Fribourg, Lausanne et Genève, ne mâche pas ses mots. «On ne peut récupérer Dieu pour justifier une guerre, on ne peut pas faire de Dieu l'otage d'un conflit quelconque.» Il poursuit: «Je suis surpris et déçu. Vouloir bénéficier de la foi des gens pour justifier une entreprise militaire, c'est jouer avec leur bonne foi. Il s'agit d'une manipulation. Quand on n'a plus d'argument politique on invoque les arguments spirituels. Il faut oser se lever pour dire partout et pas seulement dans les églises que c'est une faute grave.» A Genève, l'évêque auxiliaire Mgr Farine s'insurge de la même manière: «Ils partent à la guerre la Bible à la main! C'est le puritanisme qui fait ça! Le pape utilise l'Evangile pour faire la paix, d'autres utilisent la Bible pour faire la guerre.» Albert Longchamp, rédacteur en chef de «L'Echo Magazine» est plus direct encore: «Je trouve scandaleux que Bush s'exhibe en train de prier. Comment Dieu peut-il être mis à contribution à côté des canons!»

Au Vatican, la tonalité est identique: Pasquale Borgomeo parle de «fanatisme», et conclut: «Je n'accuse pas Bush de mauvaise foi, mais cette espèce de mission salvatrice qu'il donne à ses actions est dangereuse.»

En 1991, au moment de la guerre du Golfe, le monde chrétien était divisé. Le Pape, qui avait reçu les leaders américains pour leur faire part de son opposition à une intervention, s'était engagé dans un combat solitaire. Aujourd'hui, pratiquement toutes les Eglises relayent ce refus de la guerre. Mario Giro nuance: «L'Eglise était déjà derrière le Pape en 1991. Si son message est aussi audible aujourd'hui, c'est parce que deux mouvements se rejoignent, celui des religieux et celui de la société civile.» En Italie, la campagne contre la guerre est née dans les milieux catholiques en septembre dernier. Aux Etats-Unis, sur les 32 membres de la coalition Win Without War, 12 sont des groupes religieux. Conclusion du rabbin Arthur Waskow, directeur du Shalom Center à Philadelphie: «La religion est en train de devenir la base sociale la plus importante de l'opposition à Bush dans sa course à la guerre.»

B. G.

George Junior face à Jean-Paul II: le plus forcené de ses adversaires. Selon le pape, il est inimaginable que Dieu puisse souhaiter le sang, les morts et le bruit des canons.

Dieu hait la paix de ceux qu'il destine à la guerre...Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève.

14 février Jean-Paul II dialogue avec Tarek Aziz, vice-premier ministre irakien en visite à Rome.

15 février Le Cardinal Etchegaray, envoyé du Pape à Bagdad pour rencontrer Saddam Hussein.

Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que l'empire de ce ramassis d'esclaves finît. Napoléon Bonaparte, général en chef de l'armée française, 14 Messidor An VI (2 juillet 1798), à propos de l'Egypte.

Qui es-tu pour parler au nom de Dieu?

Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran...Ce ne sont pas eux qui parlent. Ce sont les hommes qui les font parler.

Tous prient, mais pourquoi? Pour la victoire de leur peuple. Pour la sanctification de leurs armes. «Chacun prie pour les siens, déclarait Karl Barthes en 1914. Qu'arriverait-il si Dieu se comportait comme ces chrétiens le lui demandent? Que dirait Jésus s'il revenait maintenant et retrouvait ses disciples adonnés à ces prières guerrières?» C'est vrai, au fait: qu'aurait-il dit en 1914 et que dirait-il aujourd'hui? Impossible de le savoir. Alors, cherchons dans le Nouveau Testament, peut-être aussi dans l'Ancien, puisque, pour les chrétiens, le premier n'est que l'accomplissement du second. Et pourquoi pas dans le Coran, pour lequel Saddam Hussein s'est découvert une passion tardive? Mais est-ce bien raisonnable, est-ce simplement honnête? Ne risque-t-on pas d'en extraire ce qui nous convient le mieux, quitte à laisser tomber le reste pour peu qu'il contrarie nos préjugés ou nos préférences? On fait la guerre pour un presque rien, mais qui est tout: une certaine manière de penser, de sentir. On fait la guerre pour une certaine manière de voir le monde. «Toute guerre est une guerre de religion, disait le critique littéraire Jacques Rivière à propos de Paul Claudel. Seulement le dogme est plus ou moins précis.»

Mille fois le mot guerre

De façon générale, force est malgré tout de reconnaître que le thème de la guerre est omniprésent dans l'histoire d'Israël, telle qu'elle est retracée par la Bible. L'historien français des religions Michel Dousse a même compté que les mots guerres, guerriers, combats, y revenaient près de mille fois. On peut dès lors se demander s'il fut un temps où les guerres étaient assez pures pour que Dieu se permît de les assumer. Ou encore s'il fut un lieu et une culture où la guerre apparut tellement essentielle, vitale, qu'elle fût considérée comme un enjeu divin. Jésus lui-même n'est pas venu pour apporter la paix, mais le «glaive» et il répandra sur la terre, dit-il, «le feu et la discorde». Les glaives ne se transformeront en charrues qu'après avoir rempli leur office. Saint Augustin ne peut imaginer d'autre paix sur terre que bien armée et bien défendue. Il pense aux peuples chrétiens entre eux, mais surtout à leurs relations avec les païens. Et quand il raconte son histoire dans les «Confessions», il lui donne en quelque sorte «la forme d'un récit de guerre», observe le philosophe allemand Rüdiger Safranski. L'histoire du monde intérieur de saint Augustin est aussi tumultueuse que l'histoire universelle, et jamais, il ne peut avoir la certitude que Dieu a vraiment vaincu en lui la barbarie et le mal. «La guerre est la mère de toutes choses et manifestement aussi des choses spirituelles», dit Rüdiger Safranski.

La guerre bruit dans les textes sacrés, et souvent alentour, mais comment les comprendre aujourd'hui, comment comprendre surtout l'usage qui en est fait? «C'est nous qui faisons parler les textes, et rarement les textes qui parlent eux-mêmes, directement, dit le théologien Denis Muller, professeur à l'Université de Lausanne. C'est nous qui allons y chercher des justifications à nos actions.» Qu'on soit pour la guerre, ou contre, peu importe, on puise, on se sert, on s'arrange. Les fondamentalistes chrétiens choisiront volontiers le Dieu présumé vengeur de l'Ancien Testament, les libéraux et les anti-guerre le Sermon sur la Montagne. On trouvera même des théologiens pour expliquer que la violence divine, souvent choquante, qui parcourt le récit biblique, exprime en réalité la violence des hommes. «Mais c'est s'en tirer un peu trop facilement», proteste Denis Muller. Il arrive aussi qu'on se serve à l'extérieur de la Bible, en croyant que c'est à l'intérieur. Prenez par exemple la notion de «guerre juste». La plupart des arguments qui la justifient ne sont pas bibliques. Même s'il leur arrive de porter la sanctifiante signature d'un père de l'Eglise, comme saint Augustin, ou d'un docteur de l'Eglise comme saint Thomas d'Aquin, on serait bien en peine d'en trouver la trace dans un texte sacré. Ainsi, le principe de «proportionnalité», qui veut qu'une guerre juste ne provoque pas plus de dommages que le mal qu'elle prétend combattre; ainsi, les armes comme ultime recours, quand plus rien d'autre n'est possible ou disponible pour riposter à un mal réputé très grave: tout cela relève de la simple logique, de l'éthique ou de la philosophie politique. Les théologiens savent aussi s'abreuver à d'autres sources.

Des textes «étranges»

Pour ce qui est de la Bible elle-même, elle a ce que Denis Muller appelle des «trajectoires», des courants de pensée, elle offre des choix, l'honnêteté consistant à reconnaître, quand on l'interprète, quelle trajectoire on a décidé d'adopter. A reconnaître aussi l'étrangeté du texte, «son caractère irréductiblement étrange», comme si, de même d'ailleurs que dans le Coran, Dieu avait voulu susciter la divergence à propos de tel point de la vérité. «Comme si, dit l'historien Michel Dousse, le témoignage central du monothéisme consistait, de la part de l'homme et particulièrement du croyant, à tirer conséquence du fait que l'Un est Unique. Et donc que tout, hors lui, est pluriel dans une diversité essentielle.» De même, pourquoi y a-t-il quatre Evangiles au lieu d'un? «Pour nous obliger à nous interroger éternellement sur l'ensemble, pour empêcher une vision unitaire fermée», répond Denis Muller. Postérieur à l'Evangile où l'on parle beaucoup douceur, humilité, sacrifice et pardon - même aux bourreaux -, le Coran peut, par certains aspects, donner l'impression d'une «régression», note Michel Dousse, notamment par le retour à la loi du talion. Sans parler du «djihad,» de la guerre sainte, où l'homme combat pour Dieu, et non l'inverse comme dans la Bible. Mais le Coran évoque aussi avec tendresse les «humiliés de la terre», c'est-à-dire en premier lieu les Hébreux prisonniers en Egypte, Dieu déclarant même à leur propos: «Nous voulons répandre notre grâce sur les opprimés de la terre, faire d'eux des guides (ou des modèles), des héritiers...» Sans se lasser, le Coran prône le pardon et nomme Dieu «Celui-qui-efface-tout» ou «le Tout pardon, l'Aimant». La sourate 19 proclame que «ceux qui croient et qui agissent pour le bien, le Tout miséricorde les comblera d'amour».

Les fondamentalistes et les intégristes ne demanderaient pas mieux que de réduire les textes sacrés à une seule dimension, «mais n'est-ce pas le comble de l'idolâtrie que de nier leur complexité?», demande Denis Muller, de n'admettre qu'un seul visage de Dieu, une seule écriture, sans aucune place pour l'interprétation, donc sans aucune place pour l'autre, qui n'a plus qu'à disparaître? Quel est l'homme assez présomptueux pour se parer de la volonté de Dieu? Dire qu'il lui a dit qu'il voulait la guerre, tout de suite, ici-bas. «Qui es-tu, selon la parole biblique, pour parler au nom de Dieu?

P.-A. S.

Le combat de l'archange Michael avec Satan (1635), de Guido Reni.

Guerre sainte

La notion de djihad est riche en interprétations contradictoires. Ce que les écoles fondamentalistes et les non-musulmans traduisent improprement par «guerre sainte», signifie en fait le «combat intérieur» du fidèle pour atteindre la perfection individuelle. La lutte armée pour défendre la foi et la terre de l'islam est bien prévue, mais se fait appeler djihad mineur (al jihad-al-asghar ou petit effort), expression que le prophète a utilisée. A distinguer du djihad majeur qui signifie la lutte de l'homme contre ses mauvais instincts. Le concept guerrier du djihad s'inscrit dans un contexte historique précis: le combat des tribus idolâtres d'Arabie au VIIe siècle. Les mouvements intégristes ont développé ces thèses d'une sorte de «Saint-Just de l'islam» dans les années 70.

Guerre juste

Alors que les premiers chrétiens étaient enclins à pratiquer plutôt l'objection de conscience, les premiers théologiens, aux IIe et IIIe siècles après J.-C. sont conduits à justifier le recours aux armes pour défendre la patrie et restaurer le droit. Pour saint Augustin, la guerre ne se justifie que pour le rétablissement de la paix et la réparation des injustices. Il n'est légitime d'y recourir qu'après avoir épuisé tous les moyens pour y parvenir pacifiquement. Dans «La Cité de Dieu», il écrit: «On appelle "justes" les guerres qui vengent les injustices lorsque le peuple ou l'Etat à qui on doit faire la guerre a négligé de punir les méfaits des siens ou bien de rendre ce qui a été enlevé par ces injustices.» Saint Thomas et d'autres théologiens mettent, eux, l'accent sur la régularisation de la guerre plutôt que sur sa justification. En 1944, dans un message radio, le pape Pie XII explique: «La théorie de la guerre comme moyen apte et proportionné de résoudre les conflits humains est aujourd'hui dépassée.»

Gott mit uns (Dieu est avec nous). Je suis un instrument de Dieu.

Aujourd'hui s'éveille une foi nouvelle: le mythe du sang, la croyance selon laquelle on peut, avec le sang, défendre aussi l'essence divine de l'homme. Adolf Hitler.

Heiliger Krieg; Bibel; Altes Testament; Neues Testament; Koran




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