On peut trouver les autorités américaines brutales. Dans l’affaire de la banque Wegelin, on parle même de leurs méthodes de cow-boy. D’ailleurs, le procureur Preet Bharara est surnommé le «Shérif de Wall Street». Faut-il s’offusquer? En l’occurrence, les associés de l’établissement saint-gallois, à commencer par le très visible Konrad Hummler, se sont comportés comme des despérados. Une sale histoire où la cupidité le dispute à l’imbécillité. Et qui mine la crédibilité de la stratégie de l’argent propre (Weissgeldstrategie), décrétée par le Conseil fédéral et l’Association suisse des banquiers il y a deux ans déjà.
Et maintenant? La banque Wegelin et les dix autres établissements mis à l’index, comme UBS avant eux, finiront par balancer leurs clients au fisc américain. En plus d’une somme estimée entre 3 et 10 milliards de dollars, ce sera le prix d’un accord global qui devrait permettre de tirer un trait sur le passé. Même si, ce faisant, la réputation de discrétion et la confiance accordée aux banquiers suisses devrait en prendre encore un coup. Fâcheux dommage collatéral (lire le dossier d’Yves Genier et de Cyril Jost en page 12).
Mais les prochains épisodes du feuilleton se joueront aussi avec l’Union européenne. Et notamment avec l’Allemagne, qui observe les négociations. Un mouvement se dessine pour revenir sur l’accord passé avec la Suisse avant qu’il ne soit paraphé. La stratégie Rubik d’impôt libératoire aurait-elle du plomb dans l’aile? De plus en plus, elle apparaît en tout cas comme une formule transitoire.
On reparle donc beaucoup ces jours d’une mesure, proposée par le Conseil fédéral, qui consisterait à exiger des clients étrangers qu’ils ne déposent en Suisse rien qui n’ait été déclaré au fisc de leur pays. On ne sait pas encore comment elle pourrait être mise en œuvre pratiquement, mais, pour le secrétaire général des banquiers privés Michel Dérobert, il s’agit d’ores et déjà d’une solution «pire que l’échange automatique d’informations». Est-ce à dire que cette exigence de l’Union européenne entre désormais en ligne de compte?
Pendant des décennies, la diplomatie suisse a réussi des miracles et obtenu des concessions à peine croyables de ses partenaires (lire l’interview de l’historien Marc Perrenoud en page 16). Depuis l’affaire des fonds en déshérence, elle est passée en mode réactif. Comme bon nombre de banquiers, d’ailleurs. Pourquoi tant d’établissements ont-ils tardé à développer de nouveaux modèles d’affaires? Par incapacité à anticiper la fin programmée du secret bancaire, souvent, mais aussi parce qu’ils ont voulu presser le citron jusqu’à l’écorce. En prenant des risques parfois insensés. La cupidité, encore et toujours.
On peut trouver les autorités américaines brutales et dénoncer, en même temps, leur immense hypocrisie, elles qui laissent les banques yankees blanchir à Miami et au Delaware les fortunes des riches Sud-Américains. On pourrait même se montrer, dans ce registre, plus offensif encore. Mais il faudra d’abord faire la preuve que la fameuse stratégie de l’argent propre et la noble intention qu’elle recouvre sont appliquées dans les faits. Et condamner sans équivoque ceux qui nous rejouent sans cesse le mauvais western Et pour quelques dollars de plus.
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