A six semaines de l’échéance, les spéculations sur la réélection des conseillers fédéraux s’apparentent à une véritable campagne de promotion pour leur élection par le peuple. Plus machiavéliques et absconses, tu meurs. Les 246 grands électeurs vont déterminer la composition du gouvernement jusqu’en 2015 sur une base quasi aléatoire et sans être certains de la qualité ou de la cohérence du résultat final.
D’habitude, l’exercice de renouvellement de leurs ministres lie les partis entre eux sur l’air de «je te tiens, tu me tiens par la barbichette». Mais l’extrême fragmentation des forces politiques, issue des élections fédérales, oblige à rediscuter des principes.
Accorder deux sièges aux trois plus grands partis et un au quatrième ne fonctionne plus, quand le principal d’entre eux est incapable de présenter des candidats crédibles et quand le résultat électoral des trois autres les enserre dans un mouchoir de poche. Enfin, le cas Widmer-Schlumpf, ministre sortante sans assise partisane conforme à l’usage, complique d’autant la manœuvre rituelle.
Collège de novices. Sous réserve d’ententes négociées d’ici là, le 14 décembre s’annonce comme un jeu de roulette russe. Dans le rôle de la victime, Eveline Widmer-Schlumpf a décidé de ne pas se laisser abattre sans combattre. Non, elle ne se retirera pas d’elle-même, a-t-elle fait savoir le week-end dernier.
La Grisonne, élue comme représentante de l’UDC en 2007 et concourant désormais sous l’étendard bourgeois-démocratique, peut compter sur les soutiens additionnels du PDC, des socialistes et des Verts qui lui savent gré de les avoir aidés à virer Christoph Blocher et/ou de soutenir la sortie du nucléaire, de tous ceux qui pensent que son départ du Département des finances serait inopportun dans le contexte de crise financière mondiale, et de quelques autres encore qui croient aux vertus de l’ancienneté dans un collège composé majoritairement de novices.
Du coup, le coup fatal se dirige vers Johann Schneider-Ammann, ministre de l’Economie décevant, peut-être élu en 2010 à la place de la talentueuse Karin Keller-Sutter dans la perspective de s’en séparer «au cas où» sans psychodrame féminin. Ces jours-ci à Berne, il tient la cote dans le rôle du sacrifié «au nom de la concordance arithmétique».
Champ libre. Ce scénario endort la vigilance, il a surtout pour défaut de condamner le PLR à devenir un parti des minoritaires latins. Une conséquence redoutable pour sa capacité à reconquérir, dans les années à venir, des électeurs en Suisse alémanique.
Représenté au plus haut niveau par le seul Didier Burkhalter, le PLR laisserait le champ libre outre-Sarine à tous ses concurrents anciens et nouveaux: l’UDC, le PDC, les Vert’libéraux, les bourgeois-démocratiques… De là à penser que, s’il ne doit en rester qu’un, il sera forcément alémanique, il n’y a qu’un pas, que franchissent, non sans inquiétude, nombre de libér aux- radic aux romands.
Si l’UDC ne boute pas Eveline Widmer-Schlumpf, deuxième dans l’ordre d’élection, hors du Conseil fédéral, la première opportunité pour réclamer «justice» ou «réparation», selon le point de vue que l’on adopte sur ses prétentions, survient au quatrième tour, avec la réélection de Didier Burkhalter. Pourquoi attendre le tour de Schneider-Ammann, avant-dernier dans l’ordre de réélection?
L’option «Burkhalter out» risque de causer un dégât collatéral majeur et scandaleux: celui de réduire la représentation des Latins au Conseil fédéral à un seul, le socialiste élu au septième et dernier tour. Car, à ce jour, l’UDC n’a pas encore été en mesure d’indiquer clairement si sa prétention à un second siège s’incarnait dans un Romand ou dans un Alémanique.
L'ordre de réélection au Conseil fédéral
Il est déterminé par l’ancienneté de l’élection
1. Doris Leuthard
2. Eveline Widmer-Schlumpf
3. Ueli Maurer
4. Didier Burkhalter
5. Simonetta Sommaruga
6. Johann Schneider-Ammann
7. Successeur de Micheline Calmy-Rey
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