«Il y a 90% de chances qu’il ne se représente pas.» Le pronostic est assené, assumé, et désormais partagé par la classe politique française. Jean Bothorel, éditorialiste au Matin de Paris puis au Figaro, ancien rédacteur en chef de L’Express, connaît bien Nicolas Sarkozy et la droite de France: il fut un ami de Raymond Barre, demeure celui de Valéry Giscard d’Estaing. «En 1981, dès janvier, confie-t-il, Giscard savait Mitterrand devant. Il a voulu y aller quand même. Sarkozy n’a pas le même caractère: s’il a le moindre doute, il ne se lancera pas en 2012. Or, doute il y aura. Il n’a quasi aucune chance de le lever d’ici l’élection.»
Depuis dimanche soir, la rumeur, cette rumeur-là, court les appareils politiques. On raconte le locataire de l’Elysée aux traits tirés, «cuit», conscient d’un retard irrattrapable d’ici à la présidentielle. La stratégie du siphonnage des électeurs extrémistes s’est grippée. Le Pen, sa Marine et son Front national ont fait leur come-back à 11% sur les cendres d’un débat raté au sujet de l’identité nationale. L’idée de l’UMP parti uni, d’ambition unique, elle aussi signée Sarko, devait garder «le front du refus», qu’il soit de droite ou de gauche, en dessous de 20% des électeurs. Aux législatives de 2007, leurs voix avait atteint un plancher autour de 16%. Mais cette fois, extrême gauche, Verts et extrême droite cumulent près de 35% des bulletins. Des millions d’électeurs se sont découragés ou détournés.
Les couteaux dégainés. Alors les couteaux sortent, «mais à la française, en jouant au billard à deux bandes», persifle un proche du pouvoir souhaitant l’anonymat. Premier coup contre la bande: François Fillon en plan B.
Il y a quinze jours, le magazine Le Point allume le feu: «Le président Fillon». Relais par le quotidien Le Monde, consacrant aussi sa Une à un portrait flatteur du posé premier ministre, «Comment François Fillon s’impose en toute discrétion». On a vu plus discret, comme ballon d’essai de candidature. Bien sûr, l’affaire est munie de force cautèles, insistantes sur la sobriété, la loyauté de Fillon. Et sur un conseil lâché par l’intéressé à un député croisé… dans les toilettes de l’Assemblée: «Ne t’emballe pas.» Si Fillon veut y croire, la problématique sera de s’émanciper, en quittant Matignon d’une façon ou d’une autre. Mais Sarkozy ne lui fera pas de cadeau. Il va au contraire l’user encore jusqu’à la fin de la réforme annoncée des retraites, avec laquelle il se mettra tout le monde à dos...
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