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Cinéma
Et soudain, un e-mail de Polanski

Par Karsten Witzmann, Dominik Hug - Mis en ligne le 21.09.2011 à 13:51

Pour les cinéphiles, ce fut la nouvelle de la semaine: Roman Polanski sera présent au Zurich Film Festival. Nadja Schildknecht et Karl Spoerri, les deux fondateurs de la manifestation, racontent comment ce coup fumant s’est produit.

Comment vous y êtes-vous pris pour persuader Roman Polanski de revenir à Zurich?

NADJA SCHILDKNECHT Il n’a pas fallu le persuader. Nous étions en contact sporadique ces deux dernières années et, pour lui, il était clair qu’il serait bienvenu au Zurich Film Festival. Nous savions qu’il n’en voulait pas au festival malgré son arrestation il y a deux ans.

«POLANSKI EST UN HOMME TRÈS AFFABLE ET BOURRÉ D’ÉNERGIE.» Karl Spoerri, Zurich Film Festival

KARL SPOERRI Dans l’ensemble, il est très positif à l’égard de la Suisse, y compris de ses autorités.

N.S. Il y a deux mois est arrivé soudain un e-mail dans lequel Polanski demandait si on pouvait aller le voir à Paris.

Saviez-vous déjà de quoi il retournait?

N.S. Non, mais nous étions enchantés de l’invitation. Ces deux dernières années, on avait souvent parlé de lui, il était constamment dans nos pensées. On imagine automatiquement qu’on se connaît alors même qu’on ne s’est jamais rencontrés.

K.S. On est donc allés tous les deux à Paris et on l’a rencontré plus de deux heures à son bureau.

N.S. Pour lui aussi, c’était un moment particulier. Au début, nous sommes tous restés silencieux à nous regarder, tous conscients que la situation était délicate. Pour lui comme pour le festival. Puis la conversation s’est faite très aimable et la rencontre s’est avérée très positive.

K.S. Polanski est un homme très affable et bourré d’énergie. Avec ses 78 ans, il a gardé des yeux de jeune homme curieux.

Et il vous a donc proposé de revenir à Zurich…

N.S. Oui. Et même avec une surprise en prime: un nouveau film, dont ce sera la première mondiale. Le même soir, nous lui décernerons le Tribute Award qu’il aurait dû recevoir il y a deux ans.

Parce qu’il n’avait pas reçu ce prix dans l’intervalle?

N.S. Non, il est toujours dans notre bureau. Bien sûr que nous aurions pu le lui donner à Paris ou à Gstaad où il garde une résidence secondaire. Mais nous trouvions ça inopportun.

K.S. Nous nous sentons très honorés par la venue de Polanski. Ce n’est pas qu’il ait besoin de notre prix. Dans son bureau, il en a plein les murs: des oscars, des Palmes d’or et autres distinctions.

N.S. C’était impressionnant! Quand je lui ai dit que l’époussetage de tous ces trophées devait prendre du temps, il a souri et dit: c’est pourquoi je les ai mis tout en haut, là où il y a moins de poussière.

Vous lui remettrez ce prix exactement le jour où il aurait dû le recevoir il y a deux ans: le 27 septembre. Hasard ou intention?

N.S. Un pur hasard, vraiment!

Le mandat d’arrêt contre Polanski est toujours en vigueur aux Etats-Unis. Qu’en pensez-vous?

N.S. Nous ne voulons pas prendre position sur cette procédure judiciaire. Ce n’est pas notre rôle. Nous organisons un festival du film et invitons des artistes dont nous jugeons le travail remarquable.

K.S.: Nous n’allons pas enquêter sur la vie privée de chaque réalisateur ou acteur, ni la juger. Pour nous, la seule chose qui compte, c’est l’impulsion que donne l’artiste invité, son influence.

Polanski reste-t-il un artiste influent?

K.S. Et comment! Ses films sont toujours au cœur de l’actualité. C’est là-dessus que nous mettons l’accent. Que ce soit avec son dernier film The Ghost Writer ou le nouveau, Carnage, il est plébiscité partout. Le MoMa de New York lui consacre une rétrospective. Polanski reste un géant.

Au fond, son arrestation a-t-elle nui à votre festival ou plutôt été bénéfique puisque le monde entier en a parlé?

K.S. Rétrospectivement, cela n’a sûrement pas nui au festival. Parce qu’il était clair depuis le début que cette arrestation n’avait rien à voir avec le festival. Bien sûr que nous avons été dans le collimateur des semaines durant. Nous n’avions jamais vécu un tel tsunami médiatique. Mais ça ne sert à rien d’être le festival de cinéma le plus cité pendant quelques jours si on ne sait pas s’imposer par ailleurs. C’est à cela que nous nous employons année après année.

TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY


Le 7e Zurich Film Festival se déroule du 22 septembre au 2 octobre. Il a été fondé en octobre 2005 par Nadja Schildknecht et Karl Spoerri, 38 ans tous les deux. Cette année, les invités de prestige sont Sean Penn, Laurence Fishburne et Emma Stone. Programme: www.zurichfilmfestival.org


Polanski et la justice

1977 Roman Polanski festoie dans la villa de l’acteur Jack Nicholson. De la drogue aurait circulé et le cinéaste aurait eu des contacts avec la petite Samantha Geimer, 13 ans. On lui impute une «relation sexuelle adultère avec une mineure». Polanski admet sa culpabilité et est condamné à une peine de traitement psychiatrique de 90 jours.

Il est relâché au bout de quarante-deux jours avec délai de mise à l’épreuve. Quand il apparaît que les juges ne s’en tiendront pas à cette décision, Polanski fuit à Londres et Paris. Il se fait naturaliser Français pour échapper à l’extradition. Depuis, il n’a plus jamais remis les pieds aux Etats-Unis.

2008 La réalisatrice Marina Zenovich montre dans son film Roman Polanski: Wanted and Desired que le juge de l’époque a été partial. Polanski introduit une procédure de recours, en vain.

2009 Polanski est arrêté à l’aéroport de Zurich, en route pour le Zurich Film Festival. Après trois mois, l’autorité judiciaire remplace la détention par une résidence surveillée à domicile avec bracelet électronique. Il a déposé une caution de 4,5 millions de francs. Dans une pétition, des célébrités comme Woody Allen, Martin Scorsese et Pedro Almodóvar plaident en sa faveur.

2010 La justice helvétique lève les arrêts domiciliaires et rejette la demande d’extradition américaine. Peu après, Polanski exprime sa satisfaction quant à la décision judiciaire suisse. Samantha Geimer s’est déclarée satisfaite que les arrêts domiciliaires de Polanski soient levés et que la Suisse rejette la demande d’extradition américaine. Elle a pardonné au cinéaste et veut enfin rester en paix.

2011 Polanski est enfin distingué par un prix, pour l’ensemble de son œuvre, par le Zurich Film Festival.




Tags: Polanski, cinéma, Zurich, Zurich Film Festival,

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