ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Etats-Unis / Iran. Une Pax Obama?

Par Michel Beuret - Mis en ligne le 24.12.2008 à 06:00

Le président américain pourrait bien être le premier depuis trente ans à renouer le dialogue avec Téhéran. Le calendrier 2009 lui offre une conjonction inédite.

Les nations, comme les grandes familles, entretiennent des relations. Bonnes ou mauvaises, exécrables parfois et même rancunières au point qu’elles n’arrivent plus à communiquer. C’est le cas des Etats-Unis et de l’Iran qui ne se parlent plus depuis 1979, année du renversement du shah, sinon par l’entremise des bons offices de la Suisse. Si les contentieux familiaux inspirent parfois les auteurs dramatiques, le mutisme et la vendetta, à l’échelon international, prennent une dimension plus menaçante. Surtout quand s’opposent une superpuissance et une puissance régionale dirigée par des chiites cryptonucléarisés.

A ce jour, aucun président américain n’a surmonté l’affront national de la prise d’otages de l’ambassade à Téhéran en 1979 suivie des attentats au Liban dans les années 80. Mais leurs menaces envers Téhéran n’ont guère porté de fruits et pas un n’a osé passer à l’acte. Frapper l’Iran, en fait, accélérerait son programme nucléaire, estiment les experts. Reste le dialogue.

C’est ce dialogue que le candidat Barack Obama avait promis de renouer s’il était élu. «Un dialogue constructif», sans «menaces inutiles», une «diplomatie directe». Et il y a fort à parier qu’il le fera. Car le nouveau président américain, qui prend ses fonctions le 20 janvier, le sait: l’une des clés de la paix au Moyen-Orient est à Téhéran. L’Iran est un Etat pivot entre l’Irak et l’Afghanistan. Et les destins de la Syrie, d’Israël et du Liban dépendent beaucoup de lui également.

Pour reprendre langue, plus question de répéter les anathèmes des cow-boys de la Maison-Blanche («Etat terroriste», «menace islamiste», etc.). L’Iran n’est plus cela. C’est plus que cela.
Barack Obama et sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton, bien que tenante de la ligne dure face à Téhéran, savent que l’option militaire contre ce pays, grand comme cinq fois la France et trois fois plus peuplé que l’Irak, n’en est pas une. Que le pouvoir perse, l’un des plus vieux du monde, garde toujours une option diplomatique. Et que la vocation de l’Iran pourrait être de redevenir ce qu’il fut longtemps, le gendarme du Moyen-Orient, un facteur de stabilité.

Facteurs propices. Pour opérer ce virage, le nouveau locataire de la Maison-Blanche peut compter sur une conjonction de facteurs propices en 2009. Sept scrutins cruciaux auront lieu de la Palestine à l’Inde, en passant par Israël, le Liban, l’Irak, l’Afghanistan et, bien sûr, l’Iran.

Le pays célébrera en février le 30e anniversaire de la révolution et élira son futur président en juin. Ce scrutin devrait, selon toute logique, sanctionner le président Mahmoud Ahmadinejad, qui accumule revers et mauvais calculs.
En mars passé, il déclarait: «Même si toute la nation votait pour lui [Obama], ils trouveront le moyen de le tenir à l’écart de la Maison-Blanche.» En juillet, le même s’est aventuré à une autre prédiction. Selon lui, le baril de pétrole ne retomberait jamais au-dessous des 100 dollars. Depuis lors, le cours a plongé de 147 à 35 dollars.

Pour l’augure de Téhéran, ce manque de vision n’est pas seulement ridicule, c’est un problème concret. Car son budget a été calculé sur un baril à 80 dollars, et l’argent avec lequel il arrose les couches populaires va manquer.
Vu les sanctions internationales, on voit mal que l’Etat s’adresse aux banques locales. Un décret présidentiel les a forcées à comprimer leur taux sur les petits prêts à 12%, bien au-dessous du taux d’inflation (de 20 à 30% en 2008), ce qui les a mises au bord du gouffre.

Au bilan, outre ses rodomontades nucléaires et ses provocations antisémites, le petit musclé de Téhéran n’a pas fait grand-chose pour son pays si l’on songe que l’Iran est la troisième réserve de pétrole du monde et le quatrième exportateur, mais qu’il doit encore importer 40% de son essence. Depuis 2005, Ahmadinejad aurait eu les moyens de construire des raffineries et de moderniser l’infrastructure grâce à la manne pétrolière. Mais l’argent s’est évaporé, et l’aubaine est passée.
 
Bilan économique catastrophique. Ahmadinejad s’est alors tourné vers les marchands. Mal lui en a pris. En annonçant une taxe de 3% sur la valeur ajoutée de tous les produits (sauf les biens de première nécessité), il s’est mis à dos tous les bazaris, une clé du pouvoir conservateur en Iran. Au début d’octobre, les bazars des grandes villes se sont mis en grève pour dix jours et ils ont obtenu le retrait de la mesure. Cette grève, première du genre, est peut-être un symptôme. En 1979, ce sont les bazaris qui ont fait chuter le shah.

Pour gagner en juin, le président iranien ne pourra pas plus compter sur le Guide suprême de la révolution, Ali Khamenei, successeur de l’ayatollah Khomeiny. Khamenei, beaucoup le pensent, est le vrai pouvoir dans la République islamique. Aucune décision importante ne se prend sans lui. Des institutions clés, telles que les Gardiens de la révolution, le Conseil des gardiens de la Constitution ou le Parlement, sont noyautées par les hommes du Guide suprême.

Ahmadinejad a bien tenté de prendre l’ascendant sur les clercs. En 2008, ses sbires les ont accusés de détourner l’argent de l’Etat. Ce n’est pas faux, mais la suite en dit long sur le pouvoir des mollahs. Les accusateurs ont fini en prison pour «propagation mensongère». Puis, le pouvoir de l’ombre a contre-attaqué par l’entremise de son conseiller, Ali Akbar Velayati, qui a qualifié les politiques d’Ahmadinejad d’«illogiques». Une telle phrase émanant du pouvoir suprême, cela sent le sapin. The Economist cite un gros turban qui déclare alors: «Si le Guide devait lui retirer son soutien, le futur politique d’Ahmadinejad serait réduit à néant… Il a peur de lui, comme un chien». Pourtant, au moment où Ahmadinejad menaçait de tomber, en août dernier, Khamenei lui est finalement venu en aide. Car les réformistes de l’ancien président Khatami ainsi que les «nationalistes-religieux» (plus libéraux en Iran, ils se réclament à la fois de l’héritage de Mossadegh et de la révolution islamique) pourraient en profiter. Le pouvoir iranien est impénétrable.

Pour 2009, une chose semble certaine: Ahmadinejad est mal parti pour la présidentielle. Cet ex-pasdaran écervelé agace les religieux autant que les hommes d’affaires qui n’ont aucun intérêt à ce que les choses dégénèrent avec les Etats-Unis ou Israël. L’administration Obama a donc une carte à jouer et il n’est pas exclu que Washington ouvre cette année une section d’intérêt diplomatique à Téhéran. Ni que les deux camps entament des négociations sur l’Afghanistan, où leurs intérêts convergent (la lutte contre les talibans).

Comme le résume dans Le Monde (11 décembre) Bruno Tertrais, maître de recherche à la FRS: «La conjonction de l’incompétence économique de Mahmoud Ahmadinejad, de sanctions renforcées et d’une manne pétrolière qui s’évapore, peut effectivement créer les conditions d’un changement de comportement du régime.» Survivrait-il à une réconciliation avec l’Occident?




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Triple meurtre de Granges: condamnations à perpétuité
Le procureur soleurois Jan Gutzwiler (archives) Keystone
Les trois accusés du triple meurtre de Granges (SO) en juin 2009 écopent d'une peine de prison à perpétuité. Le...


ACTUALITÉ
 Edito. Chères Lectrices, chers lecteurs
Vous avez entendu les premiers craquements, vous avez vu de fines fissures qui se transforment maintenant en brèches béantes: depuis...
ACTUALITÉ
 «la crise touche déjà l’économie réelle»
PROFIL Yves Serra1953 Naissance à Perpignan.1992 Directeur de Charmilles Techno-logies Japon, à Tokyo.1998 Directeur de Charmilles Techno-logies SA, à Genève.2003 Directeur...
ACTUALITÉ
 Couac entre genève et la France
Chez les notables, point de doute: la région franco-valdo-genevoise – forte de 800000 habitants – ne naîtra qu’à condition de...
ACTUALITÉ
 Développement. En 2009, l’heure de vérité pour la Chine et l’Inde
En 2009, la Chine et l’Inde seront chahutées. Par la crise économique? Pas seulement. L’année révélera la complexité du monde...
ACTUALITÉ
 Angela Merkel. Plus difficile que prévu
Ils s’aiment tant. Ils s’embrassent et se donnent du «chère Andschela» (sic) et du «schär Nicolas» (sic). Plus rien ne...
ACTUALITÉ
 Rêves et aventures. Les couleurs de la neige
«Il ne faut jamais oublier que c’est Hatteras qui a découvert le pôle Nord et Nemo le pôle Sud!» insiste,...
ACTUALITÉ
 Pôle Nord. La ruée vers l’Arctique
Le vote des Groenlandais, le 25 novembre, est passé presque inaperçu. Ce jour-là, le peuple a dit «oui» à 75,5%...
ACTUALITÉ
 La Grèce de la rue a mal à son passé
La tension entre la jeunesse et la police est le révélateur du mal dont souffre la Grèce depuis la guerre...
ACTUALITÉ
 Libre circulation avec la Roumanie. L’invasion n’aura pas lieu
C’est une bien mauvaise nouvelle pour le chef de l’Hôpital pédiatrique Marie-Curie de Bucarest. Apprenant que ses employés pourront bientôt...
ACTUALITÉ
 Le flop du natel senior
«Je viens d’envoyer mon premier SMS à mon petit-fils.» Ravie, Jeanne, 81 ans, participe au deuxième d’une série de trois...
12345