L'Hebdo;
2002-05-15 Eternel retour aux étoiles
Star Wars Spectacle dramatique et somptueux, «L'Attaque des Clones» est un des meilleurs épisodes de la saga galactique rêvée par George Lucas.
Ils viennent d'avoir 7 ans. Déjà «Star Wars» les envoûte. De la saga de George Lucas, ils ne connaissent que «La menace fantôme», qu'ils voient et revoient en DVD sans se lasser. Ils ont aussi des Lego Star Wars, dont une figurine de Darth Vader. L'un des petits garçons soulève le casque noir, révélant une sphère de plastique gris griffée d'une balafre: «Tu as vu? Il est horrible...» Ils n'ont jamais vu Darth Vader à l'écran, mais ils le présument pire que tous les loups de l'enfance. Ils regardent le jeune Anakin Skywalker. Les fronts se plissent: ils savent que l'enfant blond se transformera en ogre galactique et s'interrogent: «Mais comment c'est possible?»
C'est ce mystère insondable qu'explore George Lucas. «Ma première motivation, en créant cette nouvelle trilogie, fut de raconter l'histoire d'un homme fondamentalement bon qui se laisse séduire par le côté obscur», explique le cinéaste. Dix ans ont passé depuis «La menace fantôme». Anakin (incarné brillamment par un nouveau venu, l'acteur canadien Hayden Christensen), 19 ans, est apprenti Jedi auprès d'Obi-Wan Kenobi (Ewan McGregor barbu). Pilote hors pair, combattant émérite, il aspire à la gloire. Il est aussi impulsif, impatient, arrogant, irascible. Et sensible aux flatteries de l'onctueux sénateur Palpatine. Il supporte mal l'autorité de son maître et défie l'ordre Jedi en osant aimer Padmé Amidala (Natalie Portman).
Anakin fait un premier pas du côté obscur. Les hommes des sables ont enlevé sa mère. Elle meurt dans ses bras. Alors, Anakin n'est plus que colère. Il dégaine son sabre-laser et, à la manière de Clint Eastwood dans «Unforgiven», il les tue tous, guerriers, femmes, enfants, animaux domestiques... Si George Lucas n'est pas avare en scènes d'action, il traite ce massacre d'une impressionnante ellipse, montrant juste Yoda, à l'autre bout de la galaxie, affecté par les ondes de souffrance émanant de la tuerie. «Anakin se transforme en Darth Vader parce qu'il s'attache aux choses, dit le réalisateur. Il ne peut renoncer à sa mère, ni à sa petite amie. Ça le rend cupide. Et quand vous êtes cupide, vous êtes sur le chemin qui mène au côté obscur.»
Si le cheminement moral d'Anakin confère à cet épisode une tonalité plus sombre, «L'attaque des clones» est avant tout un spectacle fabuleux, la plus belle tranche de space opera jamais vue sur grand écran. Poursuite vertigineuse entre les tours de Coruscant, bataille spatiale dans une ceinture d'astéroïdes, clonage industriel de soldats, titanesque usine à robots, bataille rangée entre 200 Jedi et quelques milliers de droïdes de combat... Sans oublier la touche d'humour!
Haute voltige
Comment faire du neuf avec du vieux? Comment intégrer de nouveaux personnages et l'évolution technologique des vingt-cinq dernières années au corpus d'un mythe? George Lucas excelle dans cet exercice de voltige. Les vaisseaux volants de la première trilogie se réclament encore des Spitfire et citadelles volantes de la Seconde Guerre; maintenant, ils sont profilés comme des dauphins, des raies manta, et déploient des voiles solaires. L'informatique est discrètement présente et la main artificielle d'Anakin moins élaborée que celle de son fils Luke.
Si, privée du charisme des héros de la première trilogie, Luke Skywalker, la princesse Leia et Han Solo, «La menace fantôme» peinait à trouver ses marques, «L'attaque des clones» allie la splendeur esthétique (68 décors distincts) à l'efficacité narrative. Les personnages trouvent tous leur place dans la mosaïque: Wattoo le ferrailleur et Jar Jar Binks, le batracien à oreilles, ont un petit rôle. On découvre oncle Owen et tante Beru dans leur jeunesse. R2-D2 et C-3PO commencent à mettre au point leur numéro de duettistes. L'on apprend que Boba Fett, le chasseur de primes qui piège Han Solo dans «L'empire contre-attaque», est en fait le clone de Jango Fett, guerrier solitaire et dangereux...
Parmi les nouveaux venus, saluons le comte Dooku qui forge des robots de combat sur la planète Geonosis et complote avec Palpatine. C'est Christopher «Dracula» Lee qui, avec sa classe habituelle, incarne ce grand seigneur méchant homme. George Lucas a aussi pensé aux filles, ces pauvrettes parfois rétives aux splendeurs de la SF, en ménageant quelques séquences romantiques: Anakin conte fleurette à Amidala dans les décors verdoyants de Naboo, c'est aussi charmant que Sissi aux îles Borromée. En revanche, l'argument politique, la galaxie menacée par le totalitarisme, est à nouveau le point le plus faible du film.
La plus jubilante des surprises vient de Yoda. Alors que Dooku, ayant vaincu Obi-Wan et mutilé Anakin, s'apprête à leur porter le coup de grâce, le petit Yoda, 874 ans et encore vert, s'interpose. Après quelques démonstrations de force, et que je te balance un réacteur, et que je te fais tomber la voûte de la caverne, les deux adversaires dégainent le sabre-laser. Et voilà le sage Yoda, haut comme un schtroumpf, qui mouline de la lame et bondit comme un ressort, Gandhi soudain promu Bruce Lee! Le plus fortiche des Jedi, définitivement il est!
George Lucas a de nouveau pompé les titans de la BD. Les taxis volants de Coruscant renvoient au «Cinquième élément» de Luc Besson, donc à la série «Valérian» de Mézières; l'autre maître, Moebius, se rappelle à notre bon souvenir quand on débarque sur Kamino, une planète océan déjà vue dans l'«Incal», et que passe un cavalier juché sur un ptéranodon évoquant le bon vieil Arzach. Enfin, saupoudrée de sadomasochisme, la scène des arènes de Geonosis, lorsque Obi-Wan, Anakin et Amidala sont livrés enchaînés à trois monstres - scolorpion, crabaragne, cricératops - s'inspire d'un motif récurrent de «Flash Gordon». Normal: «C'est un grand film d'aventures, un hommage aux serials de l'âge d'or», plaide le cinéaste. «Ce sont plus que des références, ce sont des allégeances au mythe!», rugit un grand garçon d'une quarantaine d'années. Que la force soit avec tous les enfants de la Terre et du Ciel.
Antoine Duplan
«Star Wars Episode II - L'attaque des clones».
De George Lucas. Avec Hayden Christensen, Natalie Portman, Ewan McGregor, Samuel L. Jackson, Christopher Lee.
Etats-Unis, 2 h 22.
Star Wars, une chronologie
Episode I «La Menace fantôme» (1999)
Episode II «L'Attaque des clones» (2002)
Episode III encore sans titre (2005)
Ce premier cycle raconte la jeunesse d'Anakin Skywalker, comment il est adoubé Jedi, comment il succombe au côté obscur de la force et devient Darth Vader.
Episode IV «Un nouvel espoir» (1977)
Episode V «L'Empire contre-attaque» (1980)
Episode VI «Le retour du Jedi» (1983)
Le deuxième cycle raconte comment Luke Skywalker lutte contre l'Empire, découvre qu'il est le fils de Darth Vader et permet à son père de se racheter.
MONSTRES ET MERVEILLES Découvrez le Reek, dinosaurien carnivore auquel on livre les prisonniers sur la planète Geonosis! Décollez à bord de vaisseaux profilés comme des poissons!
Et découvrez que le sage Yoda
est aussi un redoutable manieur
de sabre-laser!
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