Nicolas «Abdullah» Blancho
«Êtes-vous le Ben Laden de Bienne?»
Par Patrick Vallélian, Sabine Pirolt - Mis en ligne le 05.05.2010 à 17:02
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ISLAM. «Je suis Nicolas Blancho. Pas Ben Laden», rigole ce converti à l’islam qui défraie la chronique. Blancho dérange et intrigue. Les musulmans le trouvent envahissant. Et les services de renseignement étrangers enquêtent sur lui.
A l’autre bout de la table du Jack’s, une brasserie huppée à deux pas de la gare de Berne, le nouvel ennemi public numéro un de la Suisse caresse de sa main droite sa longue barbe teintée au henné. Comme celle du prophète Mahomet. «Je suis Nicolas Blancho. Pas Ben Laden», rigole Nicolas «Abdullah» Blancho en sirotant un jus de tomate. «Les attaques de certains journaux sont ridicules. Si vous me donnez 50 000 francs, j’attaquerai en justice la Weltwoche. Tout cela est exagéré.» Du délire, insiste cet étudiant de l’Université de Berne qui prépare un bachelor en islamologie et en droit. «C’est comme si on comparait Blocher à Hitler. C’est ridicule de voir en moi le Ben Laden de la Suisse. Pour moi, c’est un terroriste qui voulait atteindre la vérité, mais qui a pris le mauvais chemin.»
Voilà donc le converti à l’islam le plus médiatisé et probablement le plus haï de Suisse. Depuis quelques semaines, ce solide jeune homme à la poignée de main franche, né en 1983 à Bienne, marié et père de deux enfants est partout. D’Arena à Infrarouge en passant par les quotidiens et les radios, il squatte l’actualité. Il est même devenu un sujet politique.
Jeudi 29 avril, le Parti libéral radical suisse a tiré la sonnette d’alarme en désignant Blancho et le Conseil central islamique suisse (CCIS ) qu’il préside depuis sa création en octobre 2009 comme une menace et une «attaque frontale contre les valeurs fondamentales inscrites dans la Constitution helvétique.» Le jour suivant, l’UDC est allée encore plus loin. Par l’intermédiaire des auteurs de l’initiative antiminarets, elle a demandé à l’Office fédéral de la justice d’interdire l’association présidée par Blancho. «Le CCIS propage un islam qui est orienté, mot à mot, sur les déclarations du Coran et qui repose sur le droit islamique de la charia», a ainsi dénoncé le Comité d’action contre l’islamisation stratégique de la Suisse, l’ex-comité d’Egerkingen.
Bingo! Nicolas «Abdullah», «serviteur de Dieu» en français, a réussi en huit mois ce que les associations musulmanes du pays n’ont jamais pu réaliser: être visible politiquement et mettre le doigt sur leurs revendications politiques qui vont des cimetières confessionnels à la question du voile, en passant par le droit de construire des écoles islamiques… «Nous faisons de la politique», souligne le président du CCIS, tout sourire. «Après le vote sur les minarets, il était temps de faire entendre la voix des musulmans et de faire avancer les choses. Nous avons changé de stratégie.» Fini le temps du «vivons cachés, vivons heureux», le CCIS veut devenir un acteur de poids sur la scène politique helvétique avec l’objectif de représenter les intérêts de l’islam et des 400 000 musulmans vivant en Suisse. «Avec si possible des sections cantonales autonomes», ajoute le président Blancho.
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