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Etienne Dumont. Le Papou mis en boîte

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 15.01.2009 à 06:00

Pour les 60 ans du journaliste tatoué et piercé de la tête aux pieds, douze photographes romands lui ont tiré le portrait. A voir lors d’une expo happening à Carouge.

Etienne Dumont a fêté ses 60 ans le 27 juin dernier à Paris. Tout seul. Du coup, l’opération de la galerie genevoise Krisal «Etienne Dumont, 60 ans, 12 photographes» apparaît comme une épatante séance de rattrapage: 12 photographes romands, dont Jean Revillard de l’agence Rezo, le génial portraitiste Philippe Pache, le reporter Zalmai Ahad, Alain Humerose, Steeve Iuncker, Thierry Parel ou Max Jacot ont enfermé Etienne Dumont cinq heures durant dans le studio de Francis Traunig. Assis, debout, habillé, déshabillé, en couleurs ou en noir et blanc, chacun a posé son regard sur un personnage étranger et décalé, familier et pourtant absolument mystérieux: Etienne Dumont, brillant journaliste à la Tribune de Genève, fils de bonne famille ayant patiemment transformé son corps en une œuvre d’art totale.
L’histoire commence dans les années 60 à la Cinémathèque suisse. Un boulot d’été, un collègue qui ouvre un cabinet de tatouage: Etienne Dumont y fait son premier motif, recouvert, depuis, par plusieurs couches de dessins d’inspiration japonisante, tribaux, floraux, exubérants et colorés. Il opère peu à peu: le dos, les épaules, les bras et, finalement, le corps entier, visage compris, à coups de séances de six ou sept heures chez son tatoueur attitré, le Lausannois Dominique Lang. Il cicatrise «vite et bien». Du coup, il passe aux piercings: barrette dans le nez (aujourd’hui enlevée parce que les parois se séparaient), cerceaux de plexiglas dans les lobes des oreilles, billes en silicone à la manière de cornes sous la peau du crâne (il ne reste que la gauche pour cause de nécrose foudroyante de la droite, l’an dernier), anneaux sous la peau des mains et, enfin, un labret, plateau transparent de 4 centimètres entre la lèvre et le menton: une première, d’où quelques adaptations en matière d’élocution, de mastication et même de sommeil.

Pseudonyme. Le résultat? «Je n’y pense jamais. Je vis avec.» Il ne sait pas ce qu’il fera demain ou dans un an. La seule limite qu’il se fixe, c’est ce que «supporte» son corps. Dans la rue, on l’arrête, on le prend en photo. «Les gens sont plutôt sympathiques. Surtout les vieux: comme ils se sentent exclus, ils font preuve d’empathie envers ceux qu’ils pensent dans les marges. Et il y a eu un bond dans l’acceptation, ces dernières années.» Son aspect lui «simplifie» même la vie: «A la douane, on me laisse passer. Ceux qui ont des choses à cacher ne se font pas remarquer comme moi.» Il s’en amuse: «C’est le triomphe des apparences. Ces tatouages, c’est moi et pas moi. C’est comme un pseudonyme. Mon corps est en représentation, pas moi.»
En effet, même sans, le critique impitoyable qu’il est, journaliste tout-terrain ayant survécu à sept rédacteurs en chef en se taillant à chaque fois la réputation d’enfant terrible de la rédaction, aurait gagné ses lauriers. Asocial endurci, célibataire, il vouvoie ses collègues qu’il ne «supporte pas» et qui le lui rendent bien. Mais son immense talent sauve la mise de cet enfant d’Hermance, fils d’un historien genevois et d’une chimiste neuchâteloise, aujourd’hui disparus. «C’est une chance. La famille est un tribunal. Je n’ai pas de comptes à rendre.» Ses parents divorcent lorsqu’il est enfant. Il reste avec sa mère, mais préfère son père. «Il était excentrique, prenait la vie comme une vaste comédie. Ma mère était dépressive et hystérique et m’utilisait comme public.»

Bourgeois toujours. Son père était collectionneur – «entasseur, plutôt». Etienne Dumont collectionne, à son tour: le dessin, la verrerie de Venise du XXe siècle, la céramique genevoise des années 20 à 60. Son milieu bourgeois d’origine ne l’a jamais rejeté, il fréquente toujours la bonne société de ses parents. «Je suis antisocial, mais embobineur. Il faut séduire. J’aime séduire.»
Foin de papa-maman: «Je n’ai aucune explication psy à donner, ni spiritualisante comme beaucoup de tatoués. Je m’amuse, c’est tout. Je ne fais pas de body art non plus, désolé. Et je n’avais pas un physique à ce point exceptionnel qu’il faille le préserver.» Il n’a jamais regretté. Il voudrait juste parfois tout recommencer, se retrouver face à une page blanche, une peau vide qu’il pourrait à nouveau remplir. «Finir, c’est mourir un peu.»

«Etienne Dumont. 60 ans. 12 photographes.» Ve 23 de 18 à 21 h, sa 24 de 10 à 18 h, di 25 de 14 à 17 h. Galerie Krisal, rue du Pont-Neuf 25, Carouge-Genève. www.krisal.com.




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