L’UDC s’est lancée dans un combat original contre les étudiants étrangers. Le 1er décembre, son groupe parlementaire a déposé une interpellation urgente, dénonçant une «invasion» dans les universités suisses.
Outre-Sarine, le débat a fait son chemin: les étudiants allemands sont systématiquement pointés du doigt. En plus de ruiner l’Etat, l’UDC affirme que le niveau de formation des étrangers dégrade la qualité des établissements suisses.
C’est dans ce climat que le Conseil des Etats a accepté, le 2 décembre, un postulat d’Ivo Bischofberger (PDC/AI) qui charge le Conseil fédéral de se pencher sur la question.
Mais, en réalité, combien d’étrangers étudient en Suisse? Font-ils baisser la qualité de l’enseignement? Tour d’horizon.
Surestimé. Si l’UDC affirme que 40 300 étrangers étudient dans les universités suisses, sans citer de source, l’Office fédéral de la statistique (OFS) en recense 27 000. Ce qui représente environ 20% de la population estudiantine.
Excepté l’Université du Tessin qui accueille 60% d’étrangers au nom de sa «politique d’ouverture», la plupart des établissements en comptent une proportion raisonnable.
En Suisse alémanique, force est de constater que le phénomène n’est pas ingérable. A l’Université de Zurich, les étudiants étrangers – qui paient leurs impôts dans leur pays d’origine – représentent 11% des effectifs.
Ce chiffre est de 21% à Bâle et de 19% à l’EPFZ, ou encore de 13% à Berne. Comparativement, ils sont 30% à l ’Universi té de Genève. Quant aux Allemands, source de l’émoi, ils sont 7% à l’Université de Zurich, 14% à l’EPFZ et à Bâle.
Malheureusement, les chiffres sont lacunaires et il n’est pas possible de savoir s’ils paient leurs impôts en Suisse, mais une chose est sûre: cet afflux est loin de constituer une menace pour le pays.
La rectrice de l’EPFZ, Heidi Wunderli-Allenspach, exprime d’ailleurs son incompréhension: «Je ne comprends pas pourquoi les gens se focalisent sur les Allemands, nous n’avons aucun problème avec eux. Ceux qui sont admis sont d’ailleurs d’excellents étudiants.»
Sélectionnés. Dans son postulat, Ivo Bischofberger affirme que les étudiants étrangers nuisent à la qualité de nos établissements, «car notre maturité est incomparablement meilleure que les diplômes équivalents dans les pays voisins». Cet argument n’a pas lieu d’être.
L’écrasante majorité des étrangers sont inscrits dans des programmes de master (30% des effectifs totaux), ou mènent un doctorat (48%). A ce niveau, l’admission ne se fait pas à la légère et seuls les meilleurs sont acceptés.
L’EPFL donne un exemple concret. «La présumée invasion de l’UDC ne peut avoir lieu que si l’institution est obligée d’accepter tout le monde. Nous n’avons pas ce problème, car nous sélectionnons les candidats.
Cette année, près de 2000 personnes ont postulé pour suivre nos masters, nous en avons admis 178», explique Patrick Aebischer, le président de la haute école, qui se satisfait de la situation actuelle.
D’autres établissements, à l’image de l’EPFZ, souhaitent une clarification et un renforcement des outils de sélection. «Lorsque plus de 2600 personnes de l’étranger postulent pour un master, cela prend du temps et des ressources pour examiner chaque dossier.
Nous avons besoin d’une base légale pour sélectionner plus efficacement et être certains de conserver la qualité de notre enseignement à long terme. Cela signifie aussi la possibilité de réclamer des limites de capacité le cas échéant», dit Heidi Wunderli-Allenspach.
Atout. Ambassadeurs de la Suisse une fois leurs études terminées, plus-value dans les classements internationaux, créateurs de liens économiques, les étudiants étrangers présentent pléthore d’avantages.
Daniel Borel, fondateur de Logitech, en est persuadé: «L’arrivée de jeunes étrangers avec une nouvelle manière de voir le monde ne peut faire que du bien. En plus, ces étudiants étrangers, qui font l’effort de venir chez nous, sont spécialement motivés. Loin de baisser le niveau, ils le haussent! Prenez l’EPFL, où au moins 50% des prix d’excellence leur sont attribués.»
Part de la population étrangère dans les universités suisses alémaniques

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