Eurovision: Il pleut des bides
Malgré une bonne chanson, nouvel échec pour la Suisse, qui interroge sur la logique de blocs des jurys.
Il y avait environ 135 millions de personnes devant leur poste de télé pour regarder, samedi 29 mai, la finale du concours Eurovision de la chanson. Juste pour dire, c’est très nettement plus que pour la finale de la Ligue des champions, une semaine plus tôt, entre le Bayern Munich et l’Inter de Milan. C’est une jeune Allemande, Lena, qui a remporté l’affaire, avec sa chansonnette titrée Satellite, déjà un énorme tube dans son pays où Angela Merkel la voit comme «l’expression merveilleuse de la jeune Allemagne».
Snobisme médiatique. La Suisse, pour la quatrième fois d’affilée, a cependant raté la finale. Michael von der Heide, son représentant 2010, ne ressemblait peut-être pas à l’expression merveilleuse de la jeune Suisse, mais son refrain, Il pleut de l’or, était tout à fait formidable. «Je suis content que vous disiez ça», s’exclame Alain Morisod, spécialiste en airs populaires qui a participé plusieurs fois au concours (candidat, compositeur ou commentateur). «Imaginez cette chanson par un Marc Lavoine: tube immédiat», poursuit-il. La presse alémanique, du Blick à la Neue Zürcher Zeitung, s’est beaucoup interrogée sur cet échec et les logiques de blocs qui semblent présider parfois au vote des jurys nationaux. Alain Morisod n’y croit pas une seconde: «Ils ne donnent pas leurs points en termes géopolitiques, mais en raison d’affinités et de goûts musicaux régionaux: les Balkans, les Scandinaves, les Germaniques, etc. Lorsqu’il y avait 12 pays, ça n’avait pas cette importance. Pour la Suisse, ça ressemble au reste: nous sommes un peu nulle part.» En ajoutant un snobisme médiatique de ce côté de la Sarine: «De ce point de vue, nous sommes une province française. La désaffection de la France pour le concours a déteint sur les Romands.» Qui feraient bien d’oublier tout ça en dansant, l’été venu, sur Il pleut de l’or.
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