A 25 ans, son master en relations internationales de l’Institut des hautes études internationales et du développement en poche, Maya* part un an aux Etats-Unis. Elle participe sur place au développement marketing et commercial de deux sociétés. Une expérience linguistique et pratique qui aurait, a priori, dû faciliter la recherche d’un premier emploi lors de son retour à Genève, au début de 2010.
«LES JEUNES APPRENNENT AVEC JEUNES@WORK À SE PRÉSENTER AUX ENTREPRISES COMME UNE RESSOURCE.» Christine Théodoloz-Walker, directrice générale d’Intégration pour tous (IPT)
Elle entame pourtant de longues semaines de démarches aussi infructueuses que décourageantes. Le module de formation «Objectif premier emploi» du programme Jeunes@Work, intégré en juin, change rapidement la donne: elle effectue depuis le 1er septembre un stage en tant qu’assistante communication au sein de l’agence de relations publiques Media Impact à Genève, créée par Gérard Sermier. Et espère y être ensuite embauchée.
«Ce programme met l’accent sur le fait que, avant de rechercher un emploi, il faut définir un projet professionnel clair», souligne-t-elle. Une fois l’objectif professionnel défini, encore faut-il s’assurer – avant de contacter des entreprises – qu’il correspond réellement à ses goûts et que sa formation et autres expériences répondent, elles, aux attentes des employeurs.
Une phase de recherche d’informations intensive, prévue par Jeunes@Work, avant les démarches, tout aussi intensives, menées pour décrocher entretiens et premier stage. Lorsqu’il a reçu l’offre spontanée de Maya*, son employeur n’a pas réagi. C’est le coup de fil de relance qui l’a incité à fixer un rendez-vous. Et le premier entretien qui l’a convaincu de proposer un stage. Autant d’étapes pour lesquelles les jeunes sont bien préparés.
Le programme facilite aussi la vie des employeurs: «J’embauche chaque année un ou deux stagiaires, explique Gérard Sermier. Pour cette jeune femme, le chômage prend en charge le salaire et Jeunes@Work les démarches administratives.»
Des atouts facilitant l’insertion de jeunes diplômés dans un marché du travail qui s’est brutalement durci pour eux. Entre avril 2008 et avril 2009, le nombre de chômeurs qualifiés de moins de 25 ans a augmenté de 21,4% à Genève, contre une progression de 11,7% pour l’ensemble des chômeurs.
Bilan. Des chiffes présentés lors du premier bilan public, au printemps 2009, de la phase exploratoire de Jeunes@Work. Un projet pilote lancé à Genève, le 1er avril 2008, à l’initiative du banquier privé Patrick Odier. Il finance 70% d’un budget de quelque 500 000 francs, le solde étant pris en charge par l’Office cantonal de l’emploi (OCE). «Notre contribution représente moins de 1% du montant global des MMT (Mesures du marché du travail) à Genève», précise Patrick Schmied, directeur de l’OCE.
Même s’il est difficile de chiffrer l’économie pour l’Etat d’une insertion plus rapide des jeunes diplômés, les caisses de chômage ont dû bénéficier de cette expérience genevoise qui va être étendue sous peu à l’arc jurassien et aux cantons de Vaud et du Valais.
«Des jeunes qui ont fait l’effort d’obtenir un diplôme ne devraient pas passer par le chômage. Ils ont droit à ce qu’on leur donne une chance d’obtenir rapidement leur premier emploi», indique Patrick Odier. D’où son engagement avec Jeunes@Work.
Taux de placement de 76%.Dans les faits, «quelque 8% des jeunes diplômés éprouvent de réelles difficultés à s’insérer dans le marché du travail», indique Werner Blatter, conseiller en investissement social qui a épaulé le banquier privé dans la phase d’élaboration du programme.
Souvent parce qu’ils ne maîtrisent pas les comportements et outils de présentation attendus des employeurs. Jeunes@ Work contribue à leur permettre de les acquérir.
L’organisation a été confiée à Intégration pour tous (IPT): une agence de placement à but non lucratif active depuis 1972 dans l’insertion professionnelle de personnes atteintes dans leur santé. Présente dans les cantons de Genève, Vaud, Valais, Fribourg, les deux Bâle, Zurich, et bientôt l’arc jurassien, elle a développé des relations de confiance avec les employeurs, notamment avec la FER (Fédération des entreprises romandes).
Sa directrice générale, Christine Théodoloz-Walker, indique que «les jeunes apprennent ici à définir ce qu’ils souhaitent et à se présenter aux entreprises comme une ressource.» Avec un succès certain: depuis 2008, une centaine ont trouvé un emploi. «Pour 2010, le taux de placement est de 76%.»
Le public est varié: «En 2009, sur 124 jeunes suivis, 34 avaient un diplôme universitaire, 45 un CFC, 12 un diplôme HES, 4 une maturité et 29 un autre diplôme.» L’expérience va essaimer: «Grâce à un financement global de 6,78 millions de Credit Suisse pour IPT, Jeunes@Work sera prochainement étendu à l’arc jurassien, ainsi que dans les cantons de Vaud et du Valais.»
Le Seco, qui a consenti une exception à Genève pour que l’OCE participe au financement d’une expérience qui ne relève, au sens strict, pas des mesures destinées aux jeunes dites de Transition 1 (école, formation) ou Transition 2 (formation, accès au marché du travail), «observe avec intérêt ce programme qui pourrait servir de prévention au chômage si les jeunes en bénéficiaient dès la fin de leurs études», indique Tony Erb, chef du secteur Mesures du marché du travail.
Collaboration. A Genève, le directeur de l’OCE, Patrick Schmied estime que le bilan de l’expérience est largement positif, peut-être en raison de l’excellente collaboration dans ce canton entre tous les acteurs impliqués. Le Département de l’instruction publique a ainsi décidé d’informer les jeunes de l’existence de ce programme qui leur est destiné.
Des jeunes qui – révision de la LACI oblige – devront désormais attendre 120 jours après leur diplôme de fin d’études avant de pouvoir percevoir des indemnités de l’assurance chômage. Un coup de pouce pour trouver rapidement leur premier job sera d’autant plus bienvenu.
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