Pour présenter mardi 12 août leurs très attendus résultats du second trimestre, les dirigeants de l’UBS ont choisi les locaux aussi froids que rassurants de la Bourse, à Zurich. Le ton était donné. Les dirigeants de la banque, le président du conseil d’administration Peter Kurer et le CEO Marcel Rohner se sont livrés à un exercice désormais coutumier: rassurer. Mardi matin, la Bourse suisse a salué cet exercice-vérité: le titre a bondi de 4%. Mardi soir, les mauvaises nouvelles qui ont frappé plusieurs banques américaines, également engluées dans la crise immobilière locale, ont entraîné le cours UBS vers les chiffres rouges.
Au-delà de ce yo-yo boursier, l’UBS a détaillé ces 43,8 milliards de francs qui, en l’espace – vertigineux – de trois mois, entre mars et juin, sont allés se faire gérer ailleurs. 16,1 milliards ont été retirés par des intermédiaires de la finance et 8,4 milliards par des institutionnels (par exemple: votre caisse de pension). Quant aux fortunes privées, regroupées sous le vocable «Global Wealth Management & Business Banking», elles ont transféré chez la concurrence 19,3 milliards de francs.
Ces 19,3 milliards se divisent en 9,3 liés à la gestion de (grosses) fortunes internationales et suisses, en 8 milliards pour les seuls Etats-Unis, là où la banque compte 20 000 clients dont 19 000 pourraient devoir expliquer au fisc l’origine de leurs fonds, et 2 milliards liés au marché suisse (la masse des 2,7 millions de petits clients qui font encore confiance au géant aux trois clés).
Juguler l’hémorragie. Le coffre-fort est-il en train de se vider? Non: le groupe helvétique devrait rester le premier gestionnaire de fortune du monde. Après ces retraits totalisant 43,8 milliards de francs, sa masse sous gestion pèse encore 2763 milliards de francs, plaçant sans doute l’UBS juste avant l’Américain Citigroup, qui la talonne – et ne cesse de publier des rapports alarmants sur elle – et un autre groupe américain, Merrill Lynch. La quatrième place est occupée par le Credit Suisse. Mais l’UBS doit juguler cette hémorragie: la gestion de fortune, c’est la matière première de la banque – et d’une partie de la Suisse –, c’est sa raison d’être. «Nous avons partout perdu des parts de marché», a reconnu le lucide Marcel Rohner. Sans sa gestion de fortune, l’UBS n’est qu’une banque parmi mille autres, proposant des produits d’épargne, des hypothèques et d’autres crédits.
«Nous ne sommes pas à vendre.» Mardi à Zurich, une question était aussi sur toutes les lèvres: l’UBS va-t-elle vendre sa banque d’affaires américaine, source de la plupart de ses déboires? «Nous ne sommes pas à vendre», a mis au point Peter Kurer. Il a ensuite ajouté «n’avoir reçu aucune offre qui augmenterait la valeur de l’action». Donc, on se presse effectivement au portillon, mais les dirigeants de l’UBS résistent. Ils ne veulent pas solder la banque, ni aucune de ses unités. Car leur job, c’est de défendre des actionnaires qui ont été priés d’avaler une nouvelle couleuvre: une perte de 358 millions de francs au second trimestre.
Le 2 octobre prochain, à l’occasion d’une assemblée générale, les actionnaires auront tout loisir de critiquer à nouveau leurs dirigeants. Avant d’accepter sans doute les nouveaux membres du conseil d’administration proposés: Bruno Gehrig, 62 ans, proche du PDC et candidat malheureux à la direction générale de la Banque nationale suisse (le radical Jean-Pierre Roth lui avait soufflé la politesse); Rainer-Marc Frey, 45 ans, étoile montante de la finance helvétique; William Parrett, 63 ans, ancien CEO du cabinet fiduciaire Deloitte; Sally Bott, 59 ans, cheffe des ressources humaines du pétrolier BP. Cette dernière aura la lourde tâche, avec Marcel Rohner, de conduire l’exercice maigreur du groupe. Qui continue: de mars à juin, l’effectif de la banque a reculé de 2387 personnes pour s’établir à 81 452. Et ce n’est pas fini.
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