Parions qu’en 2015, l’UDC lancera une initiative sur l’immigration. Désormais, le plus grand parti de Suisse ne saurait se passer de cette «gonflette»: récolter des signatures sur son sujet totémique en année d’élections fédérales. C’est ainsi qu’il a opéré en 2007, et le peuple lui ayant donné raison l’an passé en acceptant son texte sur les moutons noirs, il aurait tort de se priver. Ce sera rebelote en 2011 et nous prenons donc le pari pour 2015.
CONTINGENTER GÉNÈRE UNE BUREAUCRATIE QUE L’ON CROYAIT HONNIE.
Sauf que le remake annoncé lundi n’a pas le potentiel de soufre du précédent. Si les constats des chefs de l’UDC ont été musclés, leurs solutions restent vaseuses. Contingenter la main-d’œuvre étrangère paraît besogneux, gagne-petit et sans allure après avoir brandi l’arme tranchante de l’«expulsion» des indésirables.
L’UDC propose le retour à l’ancien système, qui prévalait avant l’accord sur la libre circulation des travailleurs avec l’Union européenne, un système qui a largement prouvé son inefficacité. Dès les années 60, la Suisse a tenté d’édicter des contingents sans jamais parvenir à faire diminuer le nombre d’immigrés réclamés par l’économie. Seul le choc pétrolier (et la récession qui suivit) y parvint…
Le contingentement a un autre gros défaut, il génère une bureaucratie que l’on croyait honnie par l’UDC. Il faut planifier les besoins. Une pratique bien moins souple que l’actuelle, et très aléatoire, peu en phase avec les flux tendus des industries modernes.
Les blochériens entendent limiter le regroupement familial et réintroduire le statut du saisonnier. Ils devraient investir dans le développement de robots. On peut douter que les immigrés hautement qualifiés recrutés dans l’UE acceptent de venir chez nous sans femme et enfant.
Ou alors l’UDC veut-elle en faire des pendulaires internationaux pas vraiment domiciliés ici et ne payant pas leurs impôts là où ils travaillent puisque n’y habitant pas vraiment? Les riches nomades globalisés n’accepteront pas ce que les pauvres d’Europe du Sud ont subi naguère.
le montrait le récent sondage Sophia*, près d’un Suisse sur deux pense qu’il est plus difficile pour les étrangers de s’intégrer aujourd’hui qu’il y a trente ou quarante ans. De fait, la mémoire collective a zappé le souvenir des dures années Schwarzenbach.
Mêlant déjà inquiétude environnementale, sacralisation du sol et xénophobie, le cocktail de feu l’Action nationale, soumis par deux fois en votation, souleva les passions, l’écœurement des immigrés visés, mais ne trouva jamais une majorité du peuple. On ne pariera pas que le texte de l’UDC, vague et bien moins efficace que les mesures avancées par les autres partis ou les syndicats pour accompagner la croissance actuelle, connaisse le même sort.
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