La place financière suisse a globalement bien résisté à la crise, en termes de poids relatif par rapport aux autres grands centres financiers. La Fondation Genève Place financière relevait lors de sa conférence de presse annuelle, le mois dernier, que la part de la Suisse dans la gestion de fortune de fonds transnationaux est de 27%, avec 2000 milliards de dollars de fonds sous gestion sur un total mondial de 7400 milliards.
Zurich et Genève se situent respectivement aux 8e et 9e rangs du classement 2010 des places financières globales établi chaque année par le Global Financial Centres Index. Elles sont même 2e et 3e en Europe, derrière Londres. Plusieurs études récentes ont toutefois mis en évidence que la gestion de fortune, activité phare de la finance en Suisse, est confrontée à une baisse brutale de ses marges. PWC a chiffré cette chute rapide.
Son étude sur le Private Banking en Suisse affirme qu’entre 2006 et 2009 la rentabilité des actifs sous gestion a diminué de 29% dans les petites banques, de 37% dans les grandes banques et de 46% dans les banques de taille moyenne. Et de relever: «Avec un coût des fonds propres estimé à 10%, de nombreux établissements n’ont pas été en mesure, ces deux dernières années, de générer une plus-value économique positive.»
Analysant le futur du Private Banking en Suisse, KPMG affirme de son côté que 78% des établissements concernés s’attendent à une consolidation du marché suisse. En outre, 78% des banques ayant une activité de Private Banking réexaminent actuellement l’efficacité de l’informatique dans le conseil à la clientèle.
Décomposer la chaîne de valeur pour réduire les coûts pourrait les amener à externaliser leur fonctions IT et les emplois connexes, à haute valeur ajoutée. Daniel Bardini constate que ce mouvement s’accentue rapidement.
Vous proposez aux banques de gestion de fortune une solution clés en main: en quoi consiste-t-elle?
SunGard a lancé une suite de solutions bancaires privées basée sur l’ASP (Application Service Provider) qui permet, entre autres, la gestion des portefeuilles et des informations destinées aux clients.
L’activité de Private Banking est très soucieuse de la protection de la sphère privée de ses clients. Est-ce compatible avec l’externalisation de l’informatique?
Absolument: la protection des données des clients est une prestation clé des fournisseurs de services informatiques. Nous avons développé il y a une dizaine d’années un module qui permet de séparer les données confidentielles des clients des données opérationnelles traitées par le système informatique.
Que pourrait déléguer une banque qui opterait pour votre service le plus complet?
En premier lieu, les infrastructures: le matériel informatique et les procédures de back-up prévues en cas de catastrophe. Puis le fonctionnement des applications déléguées: cela comprend du hardware, du logiciel et des réseaux. Il est possible de déléguer la partie des ressources humaines liée aux applications IT. Il s’agit souvent d’ingénieurs spécialisés de haut niveau qui ont parfois du mal à se sentir à l’aise dans de petites structures ne leur offrant pas assez de défis professionnels.
Prenez-vous également en charge le «reporting» fiscal de clients domiciliés à l’étranger?
Oui, nous le faisons déjà pour les clients allemands ou anglais de certaines banques. Nous leur fournissons un formulaire à remettre aux autorités fiscales du pays de résidence.
Quelle réduction de coûts peut espérer une banque délégant la totalité de son informatique et des fonctions liées?
En théorie, 20 à 30% des coûts jusque-là supportés pour cette activité. Mais la réduction de coûts est souvent étalée dans le temps, car les banques cherchent à conserver leur personnel. Cette réduction n’est d’ailleurs pas le seul objectif d’une externalisation. Il s’agit plutôt de lisser les coûts d’une année sur l’autre et de les voir évoluer parallèlement à la progression de l’activité de la banque concernée. Un prestataire de services externe prend en charge toutes les mises à jour techniques qui s’imposent au fil du temps, mais également celles induites par les évolutions juridiques et fiscales. L’obligation, pour les banques de gestion de fortune, de s’adapter à un environnement en constant changement est un des arguments qui plaident pour l’externalisation.
Vous annoncez 55 banques clientes en Suisse sur les quelque 200 pratiquant la gestion de fortune. Quels sont vos objectifs de développement?
Nous souhaiterions avoir une centaine de banques clientes d’ici à trois ans. Ce marché est en croissance rapide.
Profil
DANIEL BARDINI
COO de Ambit Private Banking depuis 2001. Entreprise du groupe SunGard, installée à Genève, qui propose aux banques de gestion de fortune de prendre en charge tout ou partie de leur informatique .
Elle emploie 85 personnes et revendique 800 banques clientes dans 70 pays.
En Suisse, cette prestation est déjà fournie à 55 banques, dont 12 clientes depuis moins de 18 mois.
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