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Extraterrestres : ils ont conquis le monde

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 29.09.2010 à 15:59

Confrontant pulp magazines et exobiologie, «Le dictionnaire des mondes extraterrestres» fait la part du rêve et des faits à propos des ovnis, petits gris et autres E.T. grouillant dans l’imaginaire occidental. Le plaisir des yeux s’accompagne d’un vertige métaphysique.

Apeine sorti du limon originel, levant son mufle velu, l’homme a peuplé les cieux de créatures «inumérables». Divinités ou simples Extraterrestres. Tiens, juste pour Mars, écrivains et scientifiques ont imaginé des écosystèmes plus fabuleux les uns que les autres.

En 1877, l’astronome Schiaparelli croit distinguer des canaux; il en déduit que la planète rouge recèle de l’eau, donc de la vie. Mais les canaux sont asséchés et les Martiens déshydratés, des poulpes juchés sur des tripodes d’acier, viennent ponctionner la Terre dans La guerre des mondes (1897), de Herbert George Wells.

Dans Le prisonnier de Mars (1908), Gustave Le Rouge révèle que ce sont les Roomboo, des taupes à six pattes pleines de griffes, qui ont creusé les canaux. En 1911, Edgar Rice Burroughs lance Le cycle de Mars, un space opera en onze romans dans lequel le brave John Carter soumet à sa loi les hommes verts, des colosses dotés de quatre bras, de défenses éléphantesques et d’yeux pédonculés.

Dans Les navigateurs de l’infini (1925) J.H. Rosny aîné décrit des «pieuvres dénitrès plates avec des tentacules en éclair» et une sorte de «belette à la gueule en hélice». Le très respectable C.S. Lewis invente dans Au-delà de la planète silencieuse les hross, loutres férues de poésie épique, les pfifltrigg, batraciens bricoleurs, les sorn filiformes et les eldil invisibles…

Ils sont partout. Le vaste univers s’étend bien au-delà de Mars. Il a engendré des créatures épatantes comme Chewbacca le Wookie, véritable yéti des étoiles, le petit E.T., messie caoutchouteux nommé «homme de l’année» en 1982, la belle Neytiri, guerrière Na’vi de Pandora et mille autres stars de la culture populaire.

A défaut d’avoir fourni une preuve de leur existence, les Extraterrestres sont partout. A la télévision (X-Files), dans la publicité («Reviens Léon, on a les mêmes à la maison!»), dans la littérature (Le Petit Prince)...

Le dictionnaire visuel des mondes extraterrestres vient mettre un peu d’ordre dans cette faune protéiforme. Ce magnifique ouvrage a été rédigé à quatre mains par Yves Bosson et Farid Abdelouahab. Le premier, photographe de formation, dirige l’Agence martienne, photothèque spécialisée dans l’imaginaire, dont le fonds compte plusieurs dizaines de milliers d’images ayant trait à la science-fiction ou à l’observation des phénomènes étranges – ovnis, cryptozoologie, paranormal.

Le second, écrivain, historien de l’art et commissaire d’expositions a publié de nombreux beaux livres comme L’Aventure des pôles: carnets de voyages de grands explorateurs ou En mer, voyages photographiques.

Yves Bosson a rencontré ses premiers Extraterrestres quand il avait 14 ans, vers 1973, à travers l’ufologie. Farid Abdelouahab a commencé son éducation culturelle avec de la science-fiction. Il allait traîner à la rédaction de Métal Hurlant et déni chait aux Puces des bouquins à 50 centimes.

Lovecraft ou Dick le plongeaient dans des sortes de vertige. Il est catégorique: la science-fiction dispense une profondeur métaphysique dépassant aisément les grands pontes de la philosophie.

Bouge ton tentacule. L’envie de consacrer un livre aux Extraterrestres naît d’une discussion il y a cinq ans. L’idée de traiter du sujet sous forme de dictionnaire s’impose toute seule: cette forme évite les hiérarchies entre sujets, «du plus frivole au plus sérieux».

Elle permet de faire cohabiter Louis de Funès et Galilée. Le premier parce qu’il s’est frotté aux aliens, dans Le Gendarme et les Extraterrestres et dans La soupe aux choux qui, à défaut d’être des chefs-d’œuvre du cinéma, font exploser l’audimat à chaque rediffusion; le second parce qu’il met au point une lunette astronomique et marque le début de l’astronomie moderne en observant les reliefs de la lune.

Sans souci d’exhaustivité, les complices ont imaginé 170 entrées par thèmes (Archéologie fantastique, SETI, Tintin et Bergier...), œuvres (Planète des singes, Dune, Mars Attacks!) ou personnalités (Fontenelle, Cyrano de Bergerac, Poe...).

Les intitulés sont parfois saugrenus – comme «Tentacules», parce que la pieuvre décrite par Victor Hugo dans Les travailleurs de la mer a marqué si durablement les imaginations que les habitants des autres mondes se ressentent volontiers de la morphologie du mollusque céphalopode. Ou alors «Sexualité et amours», car le charme des belles Terriennes (voir «Pinup») ne laisse pas de marbre les xénomorphes d’outre-espace.

Tiens? Un ovni... Le livre fait la part du rêve et de la réalité, de la littérature et de la science, «passe de l’imaginaire à la découverte scientifique, selon Farid Abdelouahab, et inversement, puisque «la science-fiction a copyrighté tous les motifs de l’ufologie», selon Yves Bosson. Fondateur de la Maison d’Ailleurs, Pierre Versins résume ce va-et-vient continu entre spéculations et observations d’une formule: «La science-fiction est un univers plus grand que l’univers connu. Elle invente ce qui a peut-être été, ce qui est sans que nul ne le sache, et ce qui sera ou pourrait être».

Le livre se base d’abord sur l’iconographie, retenue pour son pouvoir informationnel et esthétique. Des gravures du XIXe siècle aux couvertures pétaradantes des pulps, des dessins de Robida aux instantanés plus ou moins douteux d’ovni, des planches astronomiques aux photos de séries Z, l’ensemble s’avère visuellement splendide.

Si les petits hommes verts ou les poulpes cannibales stimulent les inventions graphiques, certaines créatures excèdent les possibilités graphiques. Comment représenter des entités conscientes qui auraient la taille d’un virus ou d’une galaxie, l’océan pensant de Solaris ou encore les «Hypothétiques» de Robert Charles Wilson (Spin) qui s’expriment par essaims nanotechnologiques programmés pour former un réseau neuronal à l’échelle cosmique? «On atteint aux limites de l’impalpable, de l’invisible, aux frontières de la matière.

C’est hallucinant», s’enflamme Farid Abdelouahab, évoquant les trous noirs, ces puits dévorateurs de matière, et se réjouissant des «très grands mystères» que recèle l’astrophysique.

Moi y en a bon Martien. A quoi servent les Extraterrestres? Sont-il des avatars des dieux déchus? «Ils s’adressent clairement à nous», estime Yves Bosson. Rejetons du darwinisme et du colonialisme, ils évoquent l’homme par le biais de la métaphore et épinglent ses tares.

Pendant la Guerre de 14-18, les caricaturistes représentent des Séléniens observant la Terre embrasée. H.G. Wells estimait que les exactions de ses «Marsiens» n’avaient guère à envier en terme de «barbares destructions» à celles commises par l’homme, exterminateur du bison, du dodo ou du Tasmanien.

Pour Farid Abdelouahab, un film comme District 9 pose la question de l’immigration clandestine comme les œuvres du passé évoquaient le colonialisme: «Les explorateurs débarquaient sur Mars ou sur la Lune comme ils débarquaient en Afrique. Certain portaient même le casque colonial. Venu apporter la civilisation à coups de trique, l’homme blanc est débordé par des foultitudes agrippantes.

La science-fiction, ce n’est pas que de l’imaginaire qui part en vrille. Elle propose des reportages à travers le filtre de l’imaginaire. Et quoi de mieux que l’Extraterrestre pour surprendre l’homme en flagrant délit de bêtise, de violence, de bassesse?»

Fondamentalement géocentriste, l’homme a dû ravaler son orgueil, encaisser bien des rebuffades philosophiques, à commencer par la révolution copernicienne, pour accepter l’idée de n’être pas l’enfant chéri de Dieu, posé au centre de la Création.

Pour admettre le «principe de banalité», posé par le journaliste scientifique Aimé Michel selon lequel «l’homme n’est pas un être miraculeux, mais seulement le roi trop banal d’une planète banale tournant autour d’un soleil banal, dans un coin banal de notre galaxie».

La théorie de la pluralité des mondes a entraîné des excommunications, des exécutions capitales, comme celle de Giordano Bruno, brûlé à Rome en 1600 pour avoir soutenu la thèse d’un univers infini peuplé de mondes innombrables. Aujourd’hui, l’Eglise reconnaît qu’«il pourrait y avoir d’autres êtres, également intelligents, créés par Dieu». Et même qu’ils n’auraient pas commis le péché originel.

Dilemme cosmique. Les auteurs du dictionnaire relèvent que l’imagerie extraterrestre se fait moins profuse ces temps. Parce que les dérives de l’ufologie (théories conspirationnistes) inspirent une légitime méfiance. Et aussi parce que les exoplanètes susceptibles d’abriter la vie que l’on découvre tous les jours donnent l’impression que la preuve d’une vie extraterrestre est imminente.

Selon Arthur C. Clarke, l’auteur de 2001, l’Odyssée de l’Espace, il existe «deux possibilités. Soit nous sommes seuls dans l’univers; soit nous ne le sommes pas. L’une est aussi terrifiante que l’autre».Puissent les petits hommes verts recensés par le Dictionnaire visuel des mondes extraterrestres nous aider à prendre notre mal en patience.

Table ronde avec Yves Bosson et Frédéric Jaccaud, modérée par David Spring. Yverdon. Maison d’Ailleurs. Je 7 octobre, 19 h 30.


Sondage Minute

Au panthéon des aliens

Yves Bosson et Farid Abdelouahab, les deux auteurs du «Dictionnaire des Mondes extraterrestres» confessent leurs préférences en matière d’extraterrestres.

LE PLUS BEAU DES EXTRAT ERRESTRES?

YB: Ceux de HG Wells.

FA: Celui qu’on va inventer.

LE PLUS TERRIFIANT?

YB: Celui qu’on n’a pas encore inventé.

FA: Celui qui est en moi.

LE PLUS INCOMPRÉHENSIBLE?

YB: Celui qu’on ne voit jamais.

FA: L’homme.

LE PLUS DRÔLE?

YB: E.T.

FA: L’homme…




Tags: Extraterrestres, dictionnaires, E.T., Mars, aliens,

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Réaction de crocus
le 11.11.2011 à 07:21
heureusement qu'il y a les articles écrits en 2010 pour...
 
Réaction de LAURIE
le 10.11.2011 à 13:51
NE PAS CONFONDRE SCIENCE FICTION???ET REALITE./.??CELA FAIT PLUS DE 70.ANS??QUE...
 
Réaction de caramel
le 23.09.2011 à 17:52
Luxpo,sans doute est-ce le message du fameux extraterrestre de Roswelt!
Réaction de LUXPO
le 23.09.2011 à 08:15
VOS DIEUX SONT DES SINGES EXTRATERRESTRES???QUE VOUS ADORE TOUS LES...
 
Réaction de futefuteland
le 01.10.2010 à 22:04
LE PLUS BEAU DES EXTRAT ERRESTRES? -pas encore vu LE PLUS TERRIFIANT? -l'humain,...
 



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