Fabrice Welsch: «La force de la Suisse tient surtout à son pragmatisme»
Assurances sociales. Même si la croissance est au rendez-vous des vingt prochaines années, il faudra multiplier les solutions pour consolider la prévoyance vieillesse.
Les assurances sociales sont confrontées au double défi du vieillissement démographique, avec une diminution du nombre d’actifs pour un rentier, et du rendement à venir des placements des caisses de pensions. Le système des trois piliers atténue les risques propres à la répartition et ceux liés à la capitalisation. Il offre par ailleurs une grande souplesse qui devrait permettre les adaptations nécessaires pour maintenir un bon niveau de revenu à la retraite. Quelques pistes de réflexion avec Fabrice Welsch, responsable du département prévoyance et conseils financiers à la Banque cantonale vaudoise, qui souligne que, dans le domaine de la prévoyance aussi, la force de la Suisse tient surtout à son pragmatisme dans la recherche de solutions.
Quels sont les principaux risques auxquels est confronté le système de prévoyance?
L’espérance de vie augmente et, pour l’heure, aucune donnée scientifique ne permet de prévoir si le rythme actuel d’allongement de la durée de vie va se maintenir, s’accélérer ou se ralentir. La solidité à venir tant des systèmes de retraite par répartition que de ceux par capitalisation dépendra grandement de la future croissance économique. Pendant toutes les années 90, la Suisse a été le seul pays de l’OCDE qui n’a pas enregistré de croissance du PIB réel par habitant. Depuis, la situation s’est améliorée. Le pays est en bien meilleure situation économique que ses voisins européens, avec une reprise plus sensible de la croissance et un endettement public plus faible. L’un des défis de la BNS est maintenant de ne pas monter les taux d’intérêt trop tôt pour ne pas amplifier la hausse du franc, car l’économie est très dépendante du commerce.
La libre circulation des personnes a contribué à la croissance. Mais à long terme, en Suisse comme ailleurs, l’immigration ne sera-t-elle pas la solution miracle?
Les personnes qui sont venues travailler en Suisse ces dernières années et s’y sont installées étaient majoritairement qualifiées. Cet apport a contribué tant à la croissance économique qu’à l’augmentation de la population. A long terme, l’immigration sera toutefois nécessaire mais pas suffisante pour stabiliser la proportion entre actifs et rentiers, toutes autres choses égales par ailleurs. Une étude menée en 2005 dans l’Union européenne à l’horizon 2060 a montré qu’il faudrait chaque année 900 000 nouveaux immigrés pour empêcher une diminution de la population totale, 1,4 million pour maintenir l’effectif des actifs et 12,7 millions pour stabiliser le rapport démographique. Soit un total de 700 millions d’immigrés d’ici à 2060 pour une population initiale de 372 millions… Une des chances de la Suisse, dans ce contexte général, est d’être un pays de taille modeste avec trois grands voisins – l’Allemagne, la France et l’Italie – dont les habitants pratiquent une de ses langues nationales et seraient susceptibles de lui apporter de la maind’œuvre, dès lors qu’elle réussira à maintenir de meilleures conditions sociales et fiscales.
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