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La chronique de Jacques Pilet
Face aux tempêtes

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 10.08.2011 à 14:05

Est-ce la fin de l’euro? La fin du dollar? Le chaos mondial? L’effondrement du capitalisme? L’outrance noire s’emballe. La panique des marchés s’offre en spectacle sur les télés: les traders tirent des mines d’enterrement, se rongent les ongles devant leurs écrans.

Ceux qui rêvent de «renationaliser» la vie politique et économique n’apportent aucune solution et préparent le pire.

Du coup, on cherche, parmi les acteurs de ce psychodrame mondial, des visages plus sereins. Il y en a. Entre autres celui de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, qui mène au mieux la barque continentale.

Et les chefs d’Etat? Dans notre voisinage, ils ne brillent pas par leur détermination et leur cohérence. Mais ils agissent. Avec énergie ici, mollesse là, avec retard peutêtre, hésitations souvent, parfois en désaccord momentané, mais les gouvernements européens reconnaissent tous – c’est nouveau! – l’impasse de l’endettement et sont décidés à remonter la pente.

Les coups de tonnerre à répétition aveuglent et assourdissent. Nous perdons de vue une réalité: il existe une Union européenne qui, si ses membres s’en donnent les moyens, peut à la fois se sortir de son propre marasme et même prendre le relais de l’Amérique blessée. Il est vrai que ses outils institutionnels sont boiteux. Vrai aussi que les consensus sont difficiles à obtenir. Mais la machine peut repartir. Seule une gouvernance économique renforcée peut éviter le pire.

Les Européens devront choisir: soit ils resserrent leurs liens, soit ils commencent à les défaire. Où mènerait le détricotage? A une cacophonie monétaire inouïe. A l’affrontement des nations entre elles. Aux émeutes sociales. Et au bout de l’empoignade, à la guerre.

Dans un enchaînement que l’économiste Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de haute finance à Paris, décrit dans son livre cruel: Le monde s’en va-t-en guerre*. Qui entrevoit cette perspective? Sûrement pas les hyènes qui jubilent à l’idée de dépecer la monnaie commune. Les dirigeants européens, eux, ont compris. Quoi qu’on en dise.

Ce week-end à Locarno, le traditionnel raout du journaliste Frank A. Meyer a permis à ses invités de rencontrer quatre sommités allemandes: l’ex-ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, l’homme de la réunification, l’un des artisans du traité de Maastricht, vieux sage, visionnaire géostratégique, Guido Westerwelle, le chef actuel de la diplomatie, Günther Oettinger, commissaire européen à l’énergie, et un animal politique resté en grande forme, l’ex-chancelier Gerhard Schröder.

Tous firent passer le même message. Avec une force impressionnante. Les Etats doivent certes discipliner leurs budgets, mais ils doivent aussi accepter de se donner une autorité économique commune. De partager entre eux le poids de la dette des pays menacés. Les Allemands ont eu de la peine à se faire à cette idée, mais ils y viennent.

Beaucoup de voix décrient l’Allemagne, désignée comme l’égoïste tentée par la voie solitaire. Faux! A la différence de la France, aucun parti, chez nos voisins du nord, ne revendique la sortie de l’euro, aucun leader ne parle de «démondialisation». Tous les dirigeants allemands savent que la prospérité relative de la RFA dépend de la santé des autres. Ils sont parfois plus réservés et prudents que leurs collègues, mais tous sont d’accord sur le but: renforcer l’Union.

Face aux soubresauts des Etats-Unis, face à l’émergence des géants asiatiques et sud-américains, les nations européennes ne peuvent s’affirmer qu’ensemble, dans un dynamisme commun. Ceux qui rêvent de «renationaliser» la vie politique et économique n’apportent aucune solution et préparent le pire.

Les hôtes allemands de Locarno, il faut le dire, furent stupéfaits par le commentaire de notre ministre des Affaires étrangères pour qui «cette discussion sur la politique intérieure de l’Union ne nous concerne pas». Micheline Calmy-Rey préfère évoquer les défis mondiaux de la faim, de l’écologie, des inégalités, plutôt que de considérer l’avenir de la construction européenne.

Comme si la Suisse pouvait rester indifférente au succès ou à l’échec de nos voisins, avec qui nous vivons en symbiose économique et culturelle.

Les répercussions déjà spectaculaires qu’ont sur nous les tempêtes européenne et américaine finiront par ouvrir les yeux des helvético-centristes invétérés.

* «Le monde s’en va-t-en guerre». De Philippe Dessertine, Ed. Anne Carrière, 294 p.




Tags: marchés, gouvernements,

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