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IMPUISSANCE A l’image des «Indignés» espagnols, les Grecs multiplient les manifestations contre les mesures d’austérité.
Kostas Tsironis / Keystone

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Dette grecque
L’impossible faillite

Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 08.06.2011 à 15:27

Face à la catastrophe engendrée par le défaut de paiement d’un pays de la zone euro, les Européens cherchent désespérément la meilleure solution.

Des dizaines de milliards d’euros supplémentaires pour empêcher que la Grèce ne tombe en faillite? Contrairement à un particulier ou à une entreprise, un Etat ne peut pas être saisi de ses biens et contraint à mettre la clé sous le paillasson. Aucune autorité dans le monde n’a la capacité de prononcer sa liquidation judiciaire.

L’idée avancée il y a quelques mois par le magazine Der Spiegel de confisquer quelques-unes des îles du Péloponnèse pour se faire rembourser la dette publique grecque de 340 milliards d’euros tient du gag. Est toutefois considéré comme une «faillite» le fait, pour un Etat, de ne pas pouvoir faire face à ses obligations financières à leur échéance. Ce qui est aujourd’hui le cas de la Grèce.

Comme le relève l’historien Nicolas Bloudanis, à trois reprises déjà, la République hellénique s’est trouvée dans l’impossibilité d’honorer les intérêts et le remboursement de sa dette: en 1893, 1932 et en 2010. Mais c’est la première fois que des gouvernements, en l’occurrence ceux de la zone euro, s’impliquent aussi fortement dans un programme de soutien indirect aux banques créancières d’un Etat avec le concours du Fonds monétaire international (FMI).

La Russie en 1998 et l’Argentine en 2002, balayées par une grave crise financière, ont fait leur ménage à l’interne, au prix de l’effondrement du système bancaire russe et du reniement partiel mais substantiel de la dette publique argentine. Il y a donc bien une exception européenne.

01. La crainte de l'effet domino

Si la Grèce ne faisait pas partie de la zone euro, elle aurait pratiqué une série de dévaluations dites compétitives de sa monnaie, la drachme, de manière à rendre ses exportations moins chères et à faire fondre quelque peu sa dette. Un brin d’inflation supplémentaire aurait aussi contribué à diminuer le poids de son endettement. Pour les Grecs, cela aurait été moins dur à supporter que les effets des plans d’austérité.

Seulement voilà: depuis 2001, avec maintenant seize autres pays, la Grèce partage une monnaie unique et doit composer avec la politique monétaire rigoriste de la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci veille à maintenir le taux d’inflation au-dessous mais proche de 2% par année dans l’ensemble de la zone euro et loge tous ses pays membres à la même enseigne monétaire, empêchant désormais toute dévaluation d’une monnaie nationale aujourd’hui disparue.

La Grèce n’a donc d’autre solution que de crier au secours auprès de l’UE et du FMI, qui ont décidé, l’an dernier, un plan ambitieux de sauvetage comportant un financement de 110 milliards d’euros étalé sur trois ans, suivi, en ce début de juin 2011, d’une piqûre de rappel de quelques dizaines de milliards.

Avec, en contrepartie, l’obligation pour la Grèce de réduire sensiblement son déficit budgétaire par des mesures d’austérité d’une ampleur inégalée (lire Affaires à suivre, en page 41). L’an dernier, l’Irlande, autre grand malade, a aussi bénéficié d’une aide – de 85 milliards d’euros. Si rien n’avait été entrepris, l’euro se serait effondré sans que la BCE puisse intervenir efficacement pour le sauver.

02. Une confiance sérieusement ébranlée

En dépit des efforts de réajustement très sévères imposés aux mauvais élèves de l’Euroland, les économistes et les marchés ne font plus vraiment confiance à la capacité de ces Etats à honorer leurs dettes. Preuve en est le niveau extrêmement élevé des Credit default swaps (CDS), ces contrats d’assurance contre le défaut de paiement d’un émetteur de dette publique ou privée, en l’occurrence de la Grèce et, dans une moindre mesure, de l’Irlande et du Portugal.

Hélas, les plans de sauvetage qui se suivent attisent encore plus la défiance. La BCE, elle aussi, qui a pour doctrine de ne pas racheter – ou le moins possible – des dettes publiques en faisant marcher la planche à billets, affiche une extrême prudence. Pas question pour elle d’entendre parler de rééchelonnement de la dette.

Se montrer trop large à l’égard de la Grèce, ce serait donner un signal de laxisme à l’Espagne et dire à l’Allemagne qu’elle est bien cruche de jouer aux élèves modèles, alors que, à l’approche des élections, son gouvernement ferait mieux d’augmenter la dépense publique pour diminuer le chômage à travers le pays.

Comme le souligne Sergio Rossi, professeur d’économie à l’Université de Fribourg, «quand la Russie et l’Argentine en crise n’étaient plus en mesure de se financer sur les marchés, car ceux-ci avaient fermé le robinet, leurs banques centrales respectives les ont soutenues provisoirement, agissant comme prêteurs en dernier ressort. Cela a permis à leurs économies nationales de redémarrer.»

03. Tout le monde à la caisse

Comme il est exclu de laisser tomber la Grèce, il faut bien se partager l’ardoise. Plans d’austérité, privatisations à la chaîne, augmentation des impôts, réduction du nombre et du salaire des fonctionnaires, les Grecs n’en ont pas fini de tirer la langue. Le prix à payer après des années de gaspillage, d’évasion et de fraude fiscales ainsi que de falsification des écritures comptables. Las, déplore l’économiste français Bernard Maris, «en voulant forcer les gens à rembourser, on les ruine encore un peu plus, donc ils peuvent encore moins rembourser!».

Les autres qui devraient passer à la caisse sont les bailleurs de fonds qui n’ont pas veillé à ce que les emprunteurs soient solvables à l’échéance. Visà- vis de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne et de l’Irlande, les banques les plus exposées sont allemandes et françaises (respectivement environ 390 et 300 milliards d’euros de créances sur des débiteurs privés ou publics).

Selon la Banque d’Angleterre, si la dette publique de ces quatre pays était arbitrairement réduite de moitié, 70% du capital des banques grecques, la moitié de celui des banques portugaises et espagnoles et 10% du capital des banques françaises et allemandes seraient gommés! In fine, tous les contribuables européens finiront par boire ce qui reste du bouillon.

04. En attendant 2013

De nombreux regards se tournent désormais vers juillet 2013, date à laquelle est prévue la mise en œuvre du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui prendra le relais de la Facilité de stabilité financière européenne, créée le 7 juin 2010. Doté d’une capacité financière de 500 milliards d’euros, le MES, qui associera les créanciers à la solution des crises financières, est la matrice d’un futur Fonds monétaire européen.

Mais il serait naïf de croire que le MES résoudra tous les problèmes. A la racine du mal, ce sont les comportements qu’il convient de changer. A commencer par cette manie de vivre continuellement au-dessus de ses moyens et à crédit, à l’image des Nord-Américains, champions du monde de l’endettement protégé par un dollar encore considéré comme l’étalon monétaire international.

A la faveur de cette crise, les Européens parviendront peut-être à parachever la construction monétaire de la zone euro par la mise en commun des politiques fiscales, budgétaires et sociales de ses pays membres. «Avec son système de péréquation financière entre la Confédération et les cantons, note Sergio Rossi, la Suisse pourrait inspirer l’UE à cet effet.» Reste, pour y parvenir, à développer «l’esprit européen» de la population du Vieux Continent.


Refuge suisse

«Depuis dix-huit mois, les comptes courants en Grèce ont perdu 38 milliards d’euros, transférés en majorité vers la Suisse.» C’est ce qu’a récemment déclaré Dimitris Kouselas, secrétaire d’Etat au Ministère grec des finances, au quotidien économique allemand Handelsblatt. Et celui-ci d’estimer à 280 milliards d’euros, soit 120% du PIB grec, les fonds helléniques déposés dans les banques helvétiques.

Il est quasiment impossible de vérifier l’exactitude du montant de ces fuites de capitaux. Mais il ne fait aucun doute que, pour les grandes fortunes grecques, la Suisse est traditionnellement une destination privilégiée. Taxer les fonds grecs déposés dans les banques suisses est au menu de pourparlers entre les deux pays concernés.


La dette dans tous ses états

L’annulation de la dette d’un pays est une action politique ou financière qui demande sa levée partielle ou totale. Moins radical, son rééchelonnement implique des négociations compliquées sur les échéances, les intérêts, la monnaie de paiement, etc. Entre ces deux formules, un nouveau vocabulaire a fleuri concernant la Grèce: le reprofilage, ou la restructuration douce de la dette, qui prévoit notamment un léger allongement de la durée des emprunts.




Tags: Grèce, dette, zone euro,

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