Lucian Freud, décédé le 20 juillet à l’âge de 88 ans, aurait apprécié la manière dont ont commencé la plupart de ses nécrologies: «Le petit-fils de Sigmund Freud…».
Le peintre britannique, l’un des plus fameux de sa génération, n’était pas du genre à s’encombrer d’un complexe d’OEdipe. Plus simplement, il aimait beaucoup son grand-père, lequel faisait semblant de le mordre avec son dentier, lui racontait des blagues, lui donnait en abondance des gravures et des livres.
Lucian Freud avait alors 10 ans à peine, vivait à Berlin et n’allait pas tarder à s’exiler avec sa famille à Londres sous la pression du nazisme.
En Grande-Bretagne, ou s’est finalement réfugié Sigmund, un an avant sa mort en 1939, la famille Freud a prospéré au-delà de tout ce qu’aurait pu espérer l’explorateur de l’inconscient. Une bonne fortune peut-être due, pardon pour la psychologie de bazar, à l’un des credo de Sigmund: croire dans les vertus de l’indépendance d’esprit et répéter à ses enfants dès leur plus jeune âge qu’ils sont talentueux.
Créativité et sexualité. Mais quelle que soit la méthode freudienne appliquée à la cellule familiale, elle a porté ses fruits. Né en 1922 d’un père architecte qui était le plus jeune fils de Sigmund Freud et d’une mère de la bonne bourgeoisie allemande, Lucian Freud a été un titan de la peinture de la seconde moitié du XXe siècle.
Son style réaliste, cru, frontal, d’une force expressive à peine supportable a excellé dans le genre du portrait et de l’autoportrait (pour Lucian Freud, tout portrait était autobiographique).
Il a été un temps l’artiste vivant le plus cher au monde: 33,6 millions de dollars pour un portrait vendu chez Christie’s en 2008. Le peintre londonien a eu une dizaine d’enfants d’une quantité de femmes différentes, incarnant à lui seul le lien freudien entre créativité et sexualité, mais voilà que l’on s’enfonce à nouveau dans les marécages de l’interprétation simpliste.
Le jeune frère de Lucian, Clement, était une grande vedette des médias britanniques, également comédien, écrivain et membre du Parlement. Le fils de sir Clement Freud, Matthew, dirige un influent bureau de relations publiques à Londres, Freud Communications (le nom fait rêver, non?).
Matthew Freud est marié à Elisabeth Murdoch, la fille de qui vous savez. La sœur de Matthew, Emma, est une productrice et scénariste qui a notamment travaillé sur les films Notting Hill et Quatre mariages et un enterrement.
Mentionnons encore David Freud, lui aussi un petit-fils de Sigmund, aujourd’hui sous-secrétaire d’Etat et ex-banquier de haut vol chez UBS. Ou enfin deux des propres filles de Lucian Freud: Bella, styliste de renom, et Esther, romancière elle guère dotée d’un talent hors norme, mais tout de même réputée.
Peut-être qu’en définitive, ultime tentative de psychologie à l’emporte-pièce, tout tient dans le nom que l’on porte dès la naissance. Cela aide. Ou pas.
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