Ecartelée entre un instinct philosophiquement mortifère – capturer, enfermer le temps – et une aspiration à dépasser la condition humaine – dire la précision du temps au millième et sur des décennies – mais également tiraillée entre sa condition d’industrie et sa vocation à n’offrir que des objets intimes: ma montre, ta montre, sa montre, l’horlogerie adore les paradoxes. C’est son charme, sa force, sa magie. C’est sans doute dans cette quadrature qu’il faut comprendre sa fascination pour l’au-delà, l’extraterrestre, et notamment la conquête spatiale. Se souvenir ainsi de Breitling, TAG Heuer et Omega «s’affrontant» pour convaincre la NASA d’être la marque embarquée dans la conquête de la Lune. Rappeler aussi l’usage régulier de fragments de météorites enchâssés dans des boîtiers (Louis Moinet), sculptés en tour d’heure, en platine (Badollet) ou alors utilisés en cadran comme chez Rolex, Jaquet Droz, Golay Spirer, Hublot, Bovet Fleurier ou Omega. Dire aussi la multiplication des montres «référentielles» aux missions hors l’atmosphère telle par exemple la récente Halda Space Discovery (embarquée par l’astronaute Christer Fuglesang dans un vol Discovery à l’été 2009), les futures RJ Watch Moon Invader rendant hommage au LEM de la mission Apollo 13 ou à la toute nouvelle Omega Apollo-Soyuz, éditée à 1975 pièces en référence au 17 juillet 1975. Ce jour-là, les Américains emmenés par l’astronaute Thomas P. Stafford et les Russes par le cosmonaute Alexeï A. Leonov se serraient la main là-haut dans les étoiles. A leur poignet, et au grand dam alors des manufactures russes, deux Omega Speedmaster Professional... Trente-cinq ans plus tard, la manufacture biennoise ne pouvait manquer de commémorer l’événement, histoire au passage de rappeler son emprise sur l’aventure spatiale.
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