Rigoler! C’est la raison qui pousse Fathi Derder, rédacteur en chef de la chaîne valdofribourgeoise La Télé, à faire son métier: «Etre journaliste, c’est rigolo. J’appelle ça un loisir rémunéré.» L’hédoniste citant Nietzsche et célébrant Les nourritures terrestres prendrait- il sa fonction à la légère? Au contraire: le plaisir et la passion sont ce qui pousse ce «Suisse méditerranéen» à dépenser son énergie – il en a à revendre – quatorze heures par jour pour faire vivre une chaîne régionale au rythme de huit talk-shows et débats par semaine. Un défi ambitieux, mais qui en valait la peine puisque Fathi Derder vient d’être désigné «Meilleur journaliste suisse romand» en 2009, par la revue Schweizer Journalist.
Celui qui avait créé le Grand 8 sur la RSR se dit «content» de son nouveau bébé, «même s’il y a plein de trucs à corriger, c’est évident». Ce dont il est fier? Les émissions de direct qu’il anime, Le talk et Le débat: «On me reproche de faire de la radio filmée. Et alors? Une radio bien filmée, ça fait de la bonne télé.» Volubile et enthousiaste, Fathi Derder a un but précis: donner du sens à l’actualité, rendre son public plus intelligent. Et si, dans la foulée, cela permet de s’amuser...
SES REFUGES
SA FAMILLE De mère valaisanne et de père algérien, Fathi Derder aime la famille: «Cela fait 14 ans que je suis dans les couches!» Il n’a d’ailleurs pas le temps d’avoir d’autres refuges que ses quatre enfants (âgés de 1 à 13 ans) et sa femme, l’écrivaine Mélanie Chappuis, également journaliste à la RSR.
LE HOCKEY Un faux refuge: «Plutôt une source d’énervement!» Même s’il n’arrive pas à regarder les matchs calmement, Fathi Derder aime être dans les patinoires, pour regarder les pros ou son fils, qui joue au Lausanne Hockey Club.
SES INSPIRATEURS
NIETZSCHE Le penseur allemand lui a été un «inspirateur monstre: j’ai trouvé chez lui la passion sensuelle, l’envie de vivre, de flairer. J’aime son obsession des narines.»
LES TALKS FRANÇAIS Fathi Derder a trouvé en Frédéric Taddeï et son émission Ce soir ou jamais sur France 3 un «bon exemple» de talk «très scénarisé, avec des caméras qui bougent, mais qu’on peut aussi juste écouter». Un autre modèle de «radio filmée» est pour lui C dans l’air d’Yves Calvi, sur France 5.
HUNTER THOMPSON L’auteur de Las Vegas Parano et père du journalisme gonzo l’a séduit vers 19 ans: «Je dévorais ses reportages déjantés, frappadingues, mais en même temps très sérieux. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il remettait en question les codes journalistiques établis.»
SES «SPIN DOCTORS»
STÉPHANE GARELLI Parmi les «pourvoyeurs d’idées», le professeur de l’IMD à Lausanne «a énormément apporté avec sa capacité à vulgariser l’économie. Quand on arrive à faire une émission simple sur un sujet complexe, les gens en ressortent plus intelligents, alors qu’ils n’ouvriraient pas le cahier «Economie» du Temps.»
CHARLES PONCET «Un type extraordinaire: rigolo, sympa, il bouffe, il boit, il déconne… et surtout il est brillant. J’adore, même si parfois il provoque trop et que ça tue l’intelligence du propos.» En bonne place dans le réseau de chroniqueurs qu’il s’est constitué grâce au Grand 8, l’avocat genevois voit en Fathi Derder «une espèce en voie de disparition: les vrais journalistes. Il prépare ses sujets à fond. Quand on pense au “melon” que certains de ses confrères arborent, Derder gagne vraiment à être connu.»
LIONEL BAIER Le cinéaste est devenu omniprésent sur les ondes romandes grâce au Grand 8. «Ça a été une révélation. Il a un avis sur tout et pose des questions intelligentes.»
MARC COMINA Ancien journaliste, le directeur de Farner en Suisse romande est un véritable consultant pour Fathi Derder. Marc Comina salue «sa capacité à penser en dehors du mainstream et à créer le débat. Il a l’intelligence, le bagou et la gueule pour réussir dans les médias audiovisuels.»
SES CONFRÈRES
LA TÉLÉ De son équipe du Palais de Beaulieu à Lausanne, Fathi Derder mentionne spécialement «la petite famille»: ses coanimateurs Alexis Favre (Le Débat) et Maurine Boutin Mercier (Le Talk). Cette dernière confirme qu’ils passent leur vie ensemble: «C’est la personne que je vois le plus! Il est complètement siphonné, mais c’est un pur plaisir de s’aligner sur sa folie. C’est le chef le plus ouvert que j’aie jamais eu.» De son directeur Christophe Rasch, le rédacteur en chef apprécie la confiance: «Il m’a donné carte blanche.»
PATRICK NUSSBAUM Le rédacteur en chef de la RSR a été, «loin devant tous les autres», son moteur professionnel: «Il m’a toujours fait confiance de manière extraordinaire. Le plus dur, en partant, a été d’arrêter de bosser avec lui.» Comment Patrick Nussbaum voit-il son ex-adjoint? «Il est rapide comme un chat et le mot “impossible” ne fait pas partie de son vocabulaire. C’est un allié précieux pour faire changer les choses.»
ISABELLE FALCONNIER Avec la mère de ses deux premiers enfants et rédactrice en chef adjointe de L’Hebdo, Fathi Derder (remarié à Mélanie Chappuis, à g.) a des discussions professionnelles «quasiment tous les jours. Dès que j’ai un doute sur un sujet culturel, je l’appelle. C’est avec elle que j’ai démarré la profession et on a toujours pratiqué ce ping-pong de journalistes.»
PASCAL DÉCAILLET L’animateur de la chaîne Léman Bleu loue lui aussi la rapidité de son ancien chef, avec qui il coanime Le Grand Oral: «C’est sa vertu cardinale, qui compte énormément dans l’audiovisuel. Et nous avons une bonne complicité, une convergence d’idées.» Mis à part le clash qui marqua le départ de Pascal Décaillet de la RSR, Fathi Derder s’est toujours bien entendu avec son collègue et se dit ravi de le retrouver pour l’interview du dimanche soir, source de «grosses rigolades» en coulisses.
SES CONCURRENTS
«COULEURS LOCALES» Même s’il ne positionne pas ses programmes contre la TSR, Fathi Derder reconnaît qu’il y a «inévitablement de la concurrence» avec l’émission régionale de la chaîne publique, diffusée en même temps que Le Talk et animée par Carine Jaggi et François Egger. Se voit-il un jour à la TSR? «Pourquoi pas? Nous ne sommes pas du tout en guerre. Cela reste le média de référence en Suisse romande.»
SES DÉTRACTEURS
LES FEMMES DE GAUCHE Fathi Derder réfute l’image de «macho de droite» que lui attribuent les politiciennes socialistes, comme Maria Roth-Bernasconi: «Au Grand 8, il n’invitait que des hommes. Dans un média de service public, on doit respecter un certain équilibre. Il est sympa, mais clairement d’un autre bord politique: c’est un peu un macho caché!»
CERTAINS LECTEURS DE «24 HEURES» Ses chroniques hebdomadaires dans le quotidien vaudois ont pour but de «susciter le débat». Pari réussi, si l’on en juge par les réactions, souvent virulentes, qui se succèdent dans le Courrier des lecteurs. L’auteur s’est ainsi vu traiter de M. Bling-Bling des médias romands, mais sourit de voir les gens prendre «au premier degré» ses provocations.
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