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Par Christophe Passer - Mis en ligne le 25.07.2012 à 13:11 |
Il dégage la vibration du gars qu’il ne faut pas trop chercher, Jean-Claude Henguely. L’homme est aux aguets aussi, attentif à ne pas se laisser faire: une drôle de fragilité affleure pourtant, immédiate, livrée sans détour. Quand il parle de son enfance, il dit les mots «craintif», «instable». Il dit des duretés ordinaires, et aussi une cicatrice de gosse de divorcés qui se faisaient la guerre. Il avait 10 ans. C’était un temps où ce genre de chose marginalisait les enfants. Il dit une solitude.C’est un Bolze, un d’en dessous, à Fribourg. Il est né il y a soixante-trois ans dans la Basse-Ville, rue des Forgerons. Aujourd’hui, c’est un coin bobo. En 1949, c’était un quartier de pauvres gens. Depuis quelques semaines, il est au cœur d’une polémique. Les autorités de la ville de Fribourg lui donnent l’autorisation d’organiser chaque année, en juillet, la Jazz Parade au centre de la cité. Et se demandent désormais s’il faut la lui redonner pour la 25e édition, l’an prochain. D’autres projets d’animation se chuchotent. Un nouveau cahier des charges concernant l’animation du centre-ville est en mijotage, et devrait être terminé fin août sous la houlette de la conseillère communale Madeleine Genoud-Page. Mais la conseillère est en vacances, son groupe de travail fantôme ou opaque: elle refuse même de dire qui le compose. Ensuite, il s’agirait de lancer une soumission pour des projets. Le timing semble très court pour 2013. A l’énergie. La Jazz Parade fut lancée en 1989. Elle a valeur d’habitude, si ce n’est d’institution. Des seigneurs du jazz et de la chanson furent programmés ici, pour des concerts gratuits, ou à tarifs bas, entre 5 et 10 francs: Mehldau, Petrucciani, Phil Woods, Nougaro, Michel Legrand ou Bécaud, Ahmad Jamal et Hiromi cette année, des centaines d’autres.Si l’affaire attire des dizaines de milliers de personnes, c’est à l’énergie et grâce aux recettes générées par les stands de nourriture et de boissons qui entourent la place Georges-Python. L’apport public reste modeste, pour un budget de moins de 800000 francs. Les dix jours de cette année furent un défi à la pluie et chaque édition est un combat.Et puis, il y a lui, Henguely, l’homme à tout faire de «la Jazz». Une force de travail et une grande gueule, qui a appris à aimer le jazz à partir de la fin des années 60, dans les bars de Genève où il travailla un temps et croisa Louis Armstrong. Henguely, c’est aussi des histoires au tribunal pour injures, désagréments sonores, invectives, factures en souffrance, des concordats pour sauver le festival. Un ours, un hableur. Le genre à monter les tours, pas celui à se mettre en cravate pour jouer les notables. Il agace le bourgeois et une partie du Conseil communal: on y trouve encore des dames à particules qui n’aiment pas ce style de mal élevé. Ou des férus d’écologie qui pensent que la musique, c’est du bruit, et la fête une nuisance.En 2010, Jean-Claude Henguely a eu un cancer. «Le matin, passant en bus pour aller à l’hôpital, mon toubib me voyait en train de monter des échafaudages. Ensuite, j’allais faire ma chimio. Quand il repassait le soir pour rentrer chez lui, il me revoyait au boulot pour la Jazz, sur un élévateur.» Tout le monde le donne pour mort. Il s’en sort. C’est alors que naissent pourtant quelques ambitions aux vagues airs de cabale. Des étudiants de l’Université proposent un projet, sans suite. Fri-Son réfléchit. Karl Ehrler et Jean-Christophe Despond, responsables de Fribourg Plage et d’un bar-club de la ville, évoquent des idées, n’ont déposé cependant aucun dossier, parlant plutôt d’animations à d’autres moments de l’été, utilisant aussi la nouvelle salle de l’Equilibre. Mais ils manquent terriblement d’expérience. Ces successeurs éventuels et les autorités ont peur de Henguely, de la sympathie populaire autour de lui. Il a beau être contesté, il demeure difficile de le remplacer. Un de ses amis souligne ainsi ce qui ressemble désormais à un malaise: «La Jazz Parade, c’est sa vie depuis vingt-quatre ans. La lui prendre maintenant, ce serait le tuer.» La situation se décantera à l’automne. |









