Favrod, la photo de vive voix
Le journaliste Christophe Fovanna publie un passionnant livre d’entretiens sur la photographie avec l’ancien directeur du Musée de l’Elysée, à Lausanne.
Au début de 1839, le naturaliste et géographe Alexander von Humboldt se rend à Paris d’où il écrit à son ami Carus, resté à Berlin, pour le traiter d’imbécile: pourquoi n’est-il donc pas venu lui aussi en France? Il a raté ainsi l’occasion d’assister à un événement d’une portée considérable. Le très savant von Humboldt ne sait pas s’il doit en croire ses yeux: il est parmi les premiers à voir cette chose nouvelle, la photographie, et le travail de Monsieur Daguerre le bluffe complètement.
Il faut imaginer la stupeur d’Alexander von Humboldt. Le réel a été capturé. Le temps s’est immobilisé sur une plaque sensible. Cela semble un prodige dont nous avons perdu la saveur et le souvenir dans nos sociétés saturées d’images: en moins de deux siècles, nous sommes passés de l’éblouissement primitif à la fatigue oculaire devant ces images qui rivalisent pour accrocher notre attention et occuper notre temps de cerveau disponible.
Hors des limbes. C’est pourquoi il faut lire le livre d’entretiens sur la photographie que le journaliste Christophe Fovanna a réalisé avec Charles-Henri Favrod. Comme dans un miroir est un ouvrage subtil, pénétrant, jamais compassé et très intelligemment illustré. Mais il a aussi le mérite de réveiller notre capacité d’étonnement devant l’image photographique: en creusant son mystère, le fin connaisseur Charles-Henri Favrod trouve les mots capables de faire éprouver la fraîcheur qui devait être la sienne au moment où elle sortait des limbes.
L’entretien remonte le fil d’une passion. Charles-Henri Favrod y évoque son enfance montreusienne. Il se rappelle les magazines illustrés qu’achetait son père, mais aussi ses deux années de sanatorium, pendant la guerre, où le jeune tuberculeux trompait son ennui en explorant la collection complète de L’Illustration. A petites touches, sa vie défile. L’époque où il était correspondant de guerre durant la première guerre d’Indochine. Sa collaboration avec l’éditeur Albert Mermoud à la fin des années 50. Ses rencontres avec des géants de la photographie, comme John Phillips, Robert Capa ou Henri Cartier-Bresson. Et bien sûr la création à Lausanne, en 1985, du Musée de l’Elysée que Charles-Henri Favrod va diriger jusqu’en 1996. Il qualifie de «rudes», les conditions de son départ, mais sans s’appesantir. Depuis lors, il a pris ses cliques, ses claques et sa collection personnelle pour aller fonder, à Florence, un nouveau Musée de la photographie qui a ouvert ses portes en 2006.
Tags: Charles-Henri Favrod, "Comme dans un miroir", Christophe Fovanna,
|
|