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Mais les bonnes questions de Christophe Fovanna invitent surtout son interlocuteur à éclairer le sens de l’aventure photographique. Charles-Henri Favrod retrace son histoire, commente les relations de plus ou moins bon voisinage qu’elle a entretenues avec la peinture, examine le sort que lui ont réservé les écrivains, médite les nouveaux rapports à soi et au monde qui sont sortis de la chambre obscure. Il cerne ainsi ce qui lui appartient en propre: la photo, dit-il, «c’est du temps et de la lumière coagulés».
La photo nous a changés, explique Charles-Henri Favrod. Elle nous a permis de nous voir tels que nous sommes, sans l’inversion du miroir. Elle a parfois rendu visible ce que l’œil ne voit pas: l’avènement de l’instantané a révélé ainsi le mouvement du cheval, de l’oiseau ou de l’homme. Mais elle a surtout contribué à transformer notre expérience du temps.
Commentant la photo d’un condamné face au peloton d’exécution, Roland Barthes notait que, pour celui qui la regarde, cet homme va mourir et il est déjà mort: «Cela sera et cela a été», la photographie nous introduit à ce curieux régime temporel où la conscience se dédouble. Tout en souscrivant à l’analyse de Barthes, Charles-Henri Favrod déchiffre aussi les autres formes de temporalité que la photo met en jeu. Le temps de pose, qui n’est pas seulement une affaire technique. L’expérience intime du «temps retrouvé», telle qu’il l’a lui-même vécue, enfant, devant un portrait de famille. Et le temps de l’histoire, qui l’intéresse pardessus tout. Comme Charles-Henri Favrod le résume d’une formule, l’histoire de la photographie serait d’abord la photographie de l’histoire: «J’ai la profonde conviction que ce que la photographie a apporté de plus important, c’est une histoire des hommes parmi les hommes, cet inventaire du monde qui a contribué à faire peu à peu comprendre que nous étions des semblables.»
Comme dans un miroir. Entretiens sur la photographie. De Charles-Henri Favrod et Christophe Fovanna. Infolio, 415 p.
RÉÉDITION
Quand Nicolas Bouvier racontait les Boissonnas
Le livre était épuisé depuis une quinzaine d’années et il ne figure pas dans le gros volume de la collection Quarto consacré à Nicolas Bouvier (Gallimard, 2004): en le rééditant, les Editions Héros-Limite nous permettent de le redécouvrir, et c’est un pur enchantement à chaque phrase de cette prose légère, ensoleillée, d’une douceur radieuse. Ayant obtenu la faveur de dépouiller les archives de la famille Boissonnas, Nicolas Bouvier en avait tiré cette délicieuse saga d’une dynastie de photographes en terre genevoise publiée en 1983. Plusieurs générations se succèdent ici. Nicolas Bouvier s’attache en particulier à Henri-Antoine Boissonnas, le fondateur, qui bifurque à l’aube des années 1860 «vers une profession qui, pour beaucoup de Genevois, sent la roture et un peu le fagot». Et à son fils Frédéric qui deviendra, sans le savoir, un des pionniers de la «photo ethnologie» grâce à son travail sur la Grèce. MA
Les Boissonnas. De Nicolas Bouvier. Editions Héros-Limite, 220 p.
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